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Dans le Nord, un restaurant éphémère où travaillent migrants et chefs de renom

le parisien

Le grand Recho s’est installé jusqu’au dimanche 14 octobre à Arras. C’est la première version d’un restaurant solidaire éphémère où de grands noms de la gastronomie travaillent avec des migrants.

Bouleversée par la situation des migrants, Vanessa Kryceve, cheffe cuisinière, a décidé en 2016 de « cuisiner ensemble pour restaurer le monde » avec une dizaine de ses amies. Concrètement, c’est avec un food truck, baptisé Le Recho (pour (REfuge, CHaleur, Optimisme), qu’elles sont allées pour la première fois à la rencontre des réfugiés sur le camp de Grande-Synthe (Nord), aujourd’hui démantelé.

Sur place, elles ont cuisiné avec eux et les bénévoles, et invité des chefs étoilés. « En revenant on s’est dit qu’on ne pouvait pas s’arrêter pas là », témoigne la trentenaire, bénévole elle aussi. Et c’est ce week-end des 6 et 7 octobre, à Arras (Pas-de-Calais) qu’a ouvert le Grand Recho, restaurant éphémère et solidaire.

Dans la salle, le petit food truck sert de bar. Les meubles, donnés par des associations de l’Arrageois, sont tous vendus au profit de l’établissement. Chaque convive peut ainsi repartir avec une chaise ou une commode. Partout, flotte une agréable odeur d’épices et les tables se remplissent à vue d’œil. Emilie et Rénald, habitants d’Arras, sont venus en famille : « C’est une belle idée de rassembler les gens par la cuisine. C’est convivial et c’est une façon tellement agréable de faire une bonne action. » Dans les assiettes, les salades de boulgour côtoient houmous et concombre à la menthe, le tout à prix libre.

« C’est inconcevable de voir des gens avoir faim »

Discrètement, Amandine Chaignot, veille. Cette talentueuse cheffe, habituée des palaces du monde entier depuis vingt ans, est l’un des chefs d’orchestre qui partagent cette généreuse partition : « En arrivant à Grande-Synthe j’étais en larmes. C’est inconcevable de voir des gens avoir faim. Je continuerai, les réfugiés m’apprennent beaucoup ». D’autres grands noms de la gastronomie sont présents au Grand Récho, certains étoilés comme aujourd’hui Édouard Loubet et Olivier Roellinger. Florent Layden sera aux fourneaux demain. Michel Troisgros, jeudi.

Concentré, Alsadig réalise une mousse au chocolat. Ce jeune Soudanais, réfugié politique, a un travail, mais sa femme et sa petite fille lui manquent. Au Recho, il trouve du réconfort et peut transmettre ses recettes et en apprendre : « Par exemple, je sais faire la tarte au sucre maintenant, annonce-t-il dans un immense sourire. Et moi, je leur ai montré comment préparer l’Aswada, une salade d’aubergine au beurre de cacahuètes. Ça me fait du bien d’être là ». Le Grand Recho espère maintenant être accueilli partout en France.

 

Le Parisien, Hélène Hannon, le 9 octobre 2018