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Esclavage en Libye : «Un immense défi humanitaire», selon Pascal Brice de l'Ofpra

le parisien

Les victimes des trafiquants en Libye survivent dans des conditions effrayantes selon Pascal Brice, directeur général de l'OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés.  

 

Macron annonce un plan pour évacuer les victimes des trafiquants en Libye. Combien y en a-t-il à évacuer ?
PASCAL BRICE. Globalement, on parle de plusieurs centaines de milliers de personnes qui sont dans l'impasse de la Libye depuis longtemps et qui survivent dans des conditions effrayantes.

Quelle est la proportion des migrants souhaitant être ramenés chez eux ?
Nul ne le sait, mais tout laisse à penser que, parmi ces personnes confrontées à l'enfer, un grand nombre voudra à tout prix s'en échapper en revenant dans les pays d'origine. L'OIM (Organisation internationale pour les migrations) a annoncé que 3 000 à 4 000 personnes étaient prioritaires en termes de vulnérabilité. Mais il ne s'agit là — et c'est l'un des problèmes dans le contexte chaotique de la Libye — que des personnes auxquelles l'OIM a accès.

Concrètement, comment faire pour les sortir de là ?
C'est un immense défi humanitaire, politique et logistique. Le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) a déjà réussi à faire sortir, fin novembre, un premier groupe de 25 réfugiés qui seront accueillis en France. Il faut pouvoir avoir accès aux personnes, les identifier, s'assurer de leur situation, pouvoir les prendre en charge, les évacuer par avion et pouvoir décoller en toute sécurité. Les autorités libyennes ont pris des engagements en ce sens.

Mais qui pourrait aller les chercher ?
Dans sa déclaration, le président Macron appelle à rétablir les conditions de sécurité, notamment pour les migrants victimes d'exaction, et pour lutter contre les trafiquants. D'où l'éventuel recours à une force policière africaine.

Qui prendra en charge les migrants ?
En ce qui concerne le rapatriement, a priori sur une base volontaire, d'une partie de ces migrants vers leurs pays d'origine, la mise en oeuvre relève de l'OIM, qui dépend de l'ONU. Elle organisera ces rapatriements avec les autorités libyennes, l'Union africaine et les pays d'origine des personnes concernées.

Et pour les candidats au droit d'asile en Europe ?
Pour l'instant, l'Ofpra a ouvert une porte pour les personnes qui sont dans l'enfer libyen, qui voudraient aller en Europe et relèveraient du droit d'asile, grâce à ses missions au Niger et au Tchad. L'enjeu pour nous est de développer ces missions en fonction de la poursuite des évacuations réalisées par le HCR depuis la Libye. Notre espoir, après l'appel lancé par le président Macron, c'est que d'autres Européens se joignent à nous afin que le volet réinstallation en Europe des personnes bénéficiant de l'asile puisse s'amplifier. L'engagement du gouvernement français est d'accueillir sous le statut de l'asile 3 000 personnes en deux ans. Nous sommes en contact permanent avec le HCR et notre prochaine mission ne tardera pas.


Le Parisien, propos recueillis par Philippe Martinat, le 02/12/2017.