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Grand Froid. « Le problème du sans logement, ce n’est pas seulement l’hiver », dénoncent les associations

ouest france

 

Contrairement à ce qu’avait annoncé le président de la République en juillet, il reste toujours de très nombreux sans domicile fixe en France. Même si la plupart dorment au chaud en cette période de grand froid, les associations d’entraide dénoncent des solutions d’hébergement provisoires. Elles réclament au gouvernement la construction d’un grand nombre de logements très sociaux.

 

Des températures froides, voire glaciales en certains endroits. De la neige, parfois beaucoup. Des routes et des trottoirs impraticables parce que glissants… Cette semaine, une bonne partie de la France subit la toute première offensive de l’hiver. Patience, cela devrait durer encore quelques heures, avant que le thermomètre ne se remette à remonter.

Comme tous les ans à chaque grande chute des températures, les regards et les caméras se tournent naturellement vers les personnes les plus fragiles, à la rue, sans domicile fixe. Le gouvernement s’en émeut et déclenche aussitôt le plan grand froid, afin d’offrir un hébergement provisoire à tous.

« 145 000 places d’urgence ont ainsi été ouvertes dans toute la France, dans des salles communes, des gymnases… Soit 10 000 de plus que l’année dernière à la même période », vient d’annoncer le porte-parole du gouvernement.

Les associations d’entraide s’en félicitent, évidemment. « Quasiment toutes les familles et les femmes isolées appelant le numéro de téléphone 115, entre 19 h et 20 h, sont casées provisoirement, explique Eric Pliez, le président du Samu social de Paris. Il reste encore un certain nombre de personnes à la rue, essentiellement des hommes. Mais ce ne sont que les personnes qui appellent le 115. Entre 2 000 et 3 000 personnes sont, actuellement, durablement installées dans la rue. »

Selon l’association Utopia 56, venant en aide aux migrants, plus de 1 000 personnes ont dû survivre à la rue par des températures jusqu’à – 7 degrés à Paris, durant la nuit de mercredi à jeudi. « Parmi elles, on trouve des mineurs isolés de moins de 15 ans, en attente de prise en charge par l’État. »

 

« Les SDF meurent autant l’hiver que l’été »

Cet hébergement provisoire durant le grand froid (pour celles et ceux qui en bénéficient), c’est bien ce qui inquiète les associations d’entraide. « Notre vrai sujet, c’est l’après grand froid, quand le thermomètre va remonter, quand les naufragés de la vie vont retourner à la rue après quelques jours au chaud », poursuit Eric Pliez. Une crainte partagée par Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité.

« L’après, c’est dans quelques jours ou dans quelques semaines. Quand les températures auront de nouveau grimpé, tous ces hébergements d’urgence fermeront leurs portes, mettant encore à la rue des dizaines de milliers de personnes. Nous demandons donc la pérennisation d’une partie de ces logements d’urgence toute l’année… mais sans certitude d’être entendus par le gouvernement. »

Contrairement à une croyance générale, les SDF ne meurent pas de froid aujourd’hui. « Mais plutôt de maladies liées à l’errance », précise Florent Gueguen. La mortalité des sans domicile fixe est d’ailleurs aussi importante l’été que l’hiver. Entre 400 et 600 chaque année, selon des comptages forcément sous-estimés.

 

Un plan quinquennal

Fin juillet, le président de la République avait annoncé ne plus vouloir voir de personnes à la rue d’ici à la fin de l’année. C’était en 2017. En ce début d’année 2018, l’objectif n’est évidemment pas atteint.

Selon les estimations, la France compterait encore dans les 200 000 sans domicile fixe, à la rue ou vivant dans des habitats précaires. Une « population » en forte augmentation (depuis la dernière enquête de l’Insee en 2012) en raison des logements chers, de la hausse des expulsions locatives, des conditions économiques, de l’aggravation de la crise migratoire…

« L’objectif zéro SDF d’Emmanuel Macron, c’est très mobilisateur, poursuit Florent Gueguen, mais c’est totalement infaisable en quelques mois ». Pour lui, une loi de programmation sur cinq ou dix ans serait nettement plus efficace. « C’est un combat que nous menons avec la Fondation abbé Pierre ». Emmaüs est exactement sur la même longueur d’onde, regrettant un manque de moyens financiers et humains. « Il faut une vraie volonté politique d’hébergement, d’hospitalité pour tous ».

Selon les associations, pour mettre un terme au « sans-abrisme », il faudrait construire quelque 65 000 logements très sociaux par an. En septembre, l’État a annoncé un plan quinquennal visant à construire 40 000 logements très sociaux par an, à mobiliser des logements du parc privé et à créer des pensions de famille pour les plus fragiles. Christophe Robert, à la tête de la Fondation abbé Pierre, soutient ce changement de politique. À condition, dit-il, de ne pas fragiliser les bailleurs sociaux, de ne pas baisser les aides au logement.

 

Ouest France, par Yves-Marie Robin, le 08/02/2018.

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