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La pression s'accroît sur les migrants enregistrés ailleurs en Europe

tv5 monde

Éloignements en hausse, placements en rétention... Depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur, Gérard Collomb s'emploie à accélérer les renvois des migrants s'étant enregistrés dans un autre pays d'Europe, dans un contexte où leur nombre augmente en France.

Depuis le début de l'année, "40%" des migrants venant s'enregistrer en préfecture pour une démarche d'asile "avaient déjà demandé l'asile dans un autre pays et souvent en avaient été déboutés", a indiqué le ministre de l'Intérieur fin octobre devant une commission de l'Assemblée nationale.

Le phénomène peut être localement plus marqué: à Paris, le centre de premier accueil a vu arriver 70% de ces migrants depuis son ouverture. À Cergy près de Paris, le pourcentage atteint 88% parmi les 250 migrants accueillis depuis octobre, selon le préfet de police de Paris Michel Delpuech.

Les renvoyer vers leur pays d'entrée, comme prévu par le règlement dit "Dublin", est complexe, avec un taux de succès de 10% seulement l'an dernier en France.

La crainte des autorités concernant ces migrants "dublinés" est que le phénomène ne s'amplifie, d'une part venant d'Allemagne qui a débouté "entre 400 et 500.000 migrants" depuis 2015 mais "en a reconduit 80.000" seulement, selon les chiffres de M. Collomb.

Les Afghans notamment peuvent être tentés par la France, où leurs chances d'obtenir l'asile sont plus élevées (80% l'an dernier contre 50% en Allemagne).

Autre inquiétude, la frontière franco-italienne avec un flux de "1.000 à 1.400 migrants" non admis à entrer en France: "vous multipliez (ce chiffre) par le nombre de semaines, cela donne une idée du problème auquel nous pourrions être confrontés", selon M. Collomb.

Même s'ils sont enregistrés dans un autre pays, les demandeurs d'asile "dublinés" peuvent être hébergés et touchent l'allocation pour demandeurs d'asile.

Le raisonnement fait soupirer Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade, pour qui "le gouvernement est en droite ligne d'une pensée unique de supposé appel d'air". Car le gouvernement s'emploie, dans le sillage des demandes d'Emmmanuel Macron, à reconduire plus: M. Collomb a fait état mercredi d'une hausse de 124% des transferts "Dublin" depuis le début de l'année. Pour la seule Ile-de-France, le nombre de transferts a atteint 850, selon M. Delpuech.

- "Assignation à résidence" -

Dans cette démarche, le ministre de l'Intérieur avait reconnu fin octobre qu'un arrêt de la cour de Cassation allait "causer un certain nombre de difficultés", puisqu'il juge illégal le placement en rétention des dublinés en l'absence de définition objective, dans la loi, du risque de fuite.

Une décision largement ignorée dans les faits, assurent les associations d'aide aux étrangers (Cimade, LDH, Mrap...), pour qui nombre de dublinés "sont encore convoqués dans les préfectures pour y être interpellés et placés en rétention".

"Nous allons essayer de présenter juridiquement mieux les procédures", a assuré M. Collomb.

D'une part dans le projet de loi sur l'immigration attendu pour 2018, qui définit le "risque non négligeable de fuite" -- le texte porte par ailleurs la durée maximum de la rétention à 90 jours, voire 135 en cas d'obstruction.

Mais dès le 7 décembre, une proposition de loi déposée par les députés Les Constructifs sera soumise à l'Assemblée pour "sécuriser le placement en rétention" des migrants sous procédure Dublin, via une définition précise du risque de fuite.

Depuis plusieurs mois, les pouvoirs publics cherchent aussi à rationaliser l'accueil des "dublinés", en les regroupant dans les centres d'hébergement. Ce qui n'est pas sans inquiéter les associations. Le défenseur des droits Jacques Toubon s'est récemment dit "particulièrement préoccupé" par le Programme d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile (Prahda), dont "l'un des objectifs de préparer le transfert des personnes sous procédure Dublin".

Le gouvernement pourrait enfoncer le clou, puisque le projet de loi de finances 2018 évoque, dans ses annexes, la création éventuelle de "nouveaux types d'hébergement", notamment "des centres d'assignation à résidence près des aéroports pour les demandeurs d'asile relevant du règlement Dublin".

L'Observatoire de l'enfermement des étrangers voit là une "quête obsessionnelle de l’enfermement des exilés". "La précipitation avec laquelle ce gouvernement expulse et amplifie les dispositions passées (...) mérite la plus ferme dénonciation", a affirmé l'association dans un communiqué.

TV5 Monde, par Claire GALLEN, le 10/11/2017.