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Le navire humanitaire Sea Watch 3 débarque en Sicile, entre soulagement et craintes

france culture

Après 13 jours bloqués en mer, les 47 migrants secourus par le Sea Watch 3 sont autorisés à débarquer à Catane, où l'ONG craint d'être placée sous séquestres.

 

Le navire humanitaire Sea Watch 3 avec 47 migrants à bord a été autorisé à accoster dans le port de Catane, en Sicile.

47 hommes, femmes, adolescents, secourus il y a 13 jours au large de la Libye, nous rappelle ce matin Il Corriere della Serra, et un bateau, affrété par l'ONG allemande Sea Watch, qui était bloqué depuis vendredi dernier dans la rade de Siracuse : les autorités portuaires italiennes lui interdisaient de débarquer, comme elles interdisaient à toute autre embarcation de s'approcher de lui.

 

Mais ce jeudi le Sea Watch 3 va bien accoster dans le port de Catane: le feu vert lui a été donné mercredi soir, mais des avaries techniques, explique Il Giornale, ont repoussé de quelques heures le débarquement tant attendu. Pour arriver à faire céder Rome, et en particulier son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, il a fallu trouver un accord avec 7 pays européens qui vont se partager l'accueil des 47 naufragés. L’Italie va aussi prendre sa part, et c'est une autre brèche dans la ligne de fermeture et de fermeté incarnée par Salvini, même si ce dernier précise que "sur les 47, seul un ou deux migrants pourront rester en Italie".

 

Le quotidien La Sicilia n'est toutefois pas dupe des raisons qui ont poussé Salvini à diriger le Sea Watch 3 vers le port de Catane, plutôt que vers celui de Siracuse où il avait jeté l'ancre : le dirigeant d'extrême-droite envoie les volontaires de l'ONG "dans la gueule du loup", dans cette ville de Catane où est basée le District policier anti-Mafia, celui-là même qui enquêtes sur des crimes tels que l'aide à l'immigration illégale. Et c'est justement sur ce motif que Salvini, il ne s'en cache pas, veut faire poursuivre les humanitaires en Méditerranée. Le risque, selon La Sicilia, c'est donc qu'une fois ses passagers débarqués, le Sea Watch 3 et son équipage se retrouvent bloqués à Catane par décision de Justice et empêché de rependre la mer pour sauver d'autres vies.

Oui mais voilà, c'est l'autre titre de la presse italienne sur ce sujet de l'immigration en Méditerranée : Matteo Salvini pourrait bien être jugé lui-même, pour "séquestration aggravée, arrestations illégales, et abus de pouvoir". Ça concerne le sort réservé par le ministre à un autre bateau de secours en mer : c'était en août dernier, le Diciotti, avec 150 migrants à bord, avait du errer au large de la Sicile pendant une semaine, avant de pouvoir débarquer lui aussi à Catane.

 

On apprend dans La Repubblica que le procureur sicilien d'Agrigente a recommandé le renvoi en procès de Salvini. Il risque en théorie 15 ans de prison, mais il est pour le moment protégé par son immunité de sénateur. Une commission du Sénat décidera de la levée ou non de cette immunité le 23 février, mais à lire Il Giornale ce matin on comprend que la question taraude la majorité :  "faut-il ou non sauver le tyran Salvini ?". Il semblerait que dans les rangs du Mouvement 5 Etoiles, de plus en plus de sénateurs soient tentés par le camp du "non".

 

France Culture par Camille Magnard, le 31 Janvier 2019

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