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Lyon ne sait que faire de ses enfants de la rue

 

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La ville connaît une situation sans précédent avec la présence d’un millier de mineurs étrangers arrivés en 2017 et qui vivent dehors. Les pouvoirs publics sont débordés. Le milieu associatif se mobilise

 

La Métropole de Lyon n’avait jamais connu un tel afflux de jeunes étrangers. Un millier depuis le début de l’année contre 600 en 2016 et 350 en 2014. Une cinquantaine passe la nuit dans ce qui est communément appelé «la plateforme des Africains» tout près de la gare de la Part-Dieu. Un dortoir improvisé où ils se serrent les uns contre les autres sur des matelas de fortune pour ne pas avoir trop froid et se sentir en sécurité.

«Il ne faut pas rester seul ou à deux ou trois à cause des vols et des attaques contre les Blacks», dit Barry, un Ivoirien. Un soir, Françoise Leclerc, une bénévole du Réseau éducation sans frontières (RESF), a compté en une demi-heure une dizaine de gros rats rôdant autour de ceux qu’elle appelle les enfants. «C’est insalubre et dangereux. Il y a là une mise en danger, un mineur à la rue est une cible», argue-t-elle.

Même si les traversées en provenance de la Libye ont diminué cette année, «c’est un passage obligé, explique Françoise Leclerc, ils y travaillent pour payer la traversée, mais en ce moment ils ne s’attardent pas et on les comprend». La côte algérienne, atteinte après des mois de voyage dans le Sahara, est aussi désormais redoutée à cause des agressions racistes qui se multiplient.

Services débordés

 


Depuis juin, les services sociaux lyonnais sont débordés et ne font plus face. Le délai d’instruction entre le moment où un mineur est présenté à la Méomie (Mission pour l’évaluation et l’orientation des mineurs isolés étrangers) et celui où il est reçu pour un entretien est passé de 48 heures à trois semaines, indiquait récemment au mensuel Lyon capitale David Kimelfeld, le président de la métropole.

Les pouvoirs publics se renvoient le lourd dossier. «Pour résumer, la métropole juge que c’est un fait de migration, donc de la responsabilité de l’Etat qui laisse entrer ces jeunes étrangers, tandis que ce même Etat estime que le département a la compétence de gérer ces mineurs qui sont sur son territoire», résume Claude Masson, de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

Le tissu associatif lyonnais, réputé actif et très organisé, s’est mobilisé. Le 8 février, quatre associations ont ouvert une permanence rue Diderot, dans le quartier de la Croix-Rousse. La LDH, RESF, Médecins du monde et la Cimade accueillent ces mineurs dans un local prêté par la mairie du 1er arrondissement. Un petit-déjeuner est offert et les volontaires épaulent ces jeunes dans leurs démarches administratives.

Assistante sociale à la retraite, Françoise Leclerc raconte: «Nous les dirigeons vers les services de la protection de l’enfance pour qu’ils soient pris en charge. On demande l’application de la loi: qu’ils soient mis à l’abri et scolarisés.» Ils ont de 13 à 18 ans, sont parfois sans papiers ou avec des actes de naissance parfois non reconnus ou illisibles. Il faut donc refaire leur état civil, appeler le pays via Skype lorsque Internet fonctionne et se faire envoyer par la poste les documents indispensables. Des avocats prennent le relais, à titre gracieux eux aussi, et défendent les dossiers.

«Certains sont envoyés dans des hôtels, les jeunes filles en priorité afin de les protéger, et il faudrait se contenter de cela. Cela ne suffit pas. Ils n’ont rien à faire et peuvent basculer vers la criminalité. Un cadre éducatif est nécessaire», poursuit Françoise Leclerc. 50% des mineurs sont en provenance de Guinée-Bissau, dixième pays le plus pauvre au monde, soumis à d’incessants coups d’Etat. Viennent ensuite les Maliens, Ivoiriens, Nigériens, Burkinabés.

Passage en Suisse?

 


Alpha, 16 ans, est Guinéen. Il a quitté en juillet son pays caché dans un camion. Il a travaillé un mois au Maroc, a tenté de rallier l’Espagne depuis Tanger dans un bateau gonflable avec une vingtaine d’autres passagers. Un cargo les a secourus et déposés en Espagne. Alpha est monté dans un bus, a rejoint Bilbao, a sauté dans le premier train sans connaître sa destination, s’est caché dans les toilettes, est descendu à Lyon malade (fièvre typhoïde). Il a été hospitalisé.

Il va mieux, est logé dans un foyer et des éducateurs s’occupent de lui. Il se rend encore à la permanence de la rue Diderot pour conseiller les nouveaux, leur donner l’adresse du Secours catholique qui propose des douches, des repas, des vêtements. Alpha souhaite rester à Lyon, étudier. D’autres sont de passage et pensent à Paris, Londres ou la Suisse «parce qu’il y a la Croix-Rouge et pas de chômage», croit savoir Souleymane, un Malien.

Ce jour-là, trois jeunes ont été répartis dans des familles d’accueil. «Il y a un élan incroyable de générosité, des privés abritent ces enfants pendant parfois plusieurs semaines», observe Françoise Leclerc. En octobre, des parents d’élèves ont occupé une école du 2e arrondissement parce que 12 enfants scolarisés étaient remis à la rue sitôt les cours achevés. Une solution provisoire a été trouvée.

Il y aurait 25 000 jeunes migrants isolés en France. Gérard Collomb, ancien maire de Lyon et actuel ministre de l’Intérieur, a annoncé la création rapide de 3500 places d’hébergement partout en France. A Lyon, un schéma métropolitain de solidarité est annoncé pour le 6 novembre. Sous la responsabilité de la Métropole, l’association Forum réfugiés devrait prendre en charge le premier entretien des mineurs et une discussion avec une autre association, Habitat et humanisme, est en cours pour rapidement les héberger.

Le 03/11/17, Le Temps