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Nord de Paris : des dealers proposent des drogues dures aux migrants

info migrant

Plusieurs associations de terrain s’inquiètent de la recrudescence de la consommation de drogue dure chez des migrants dormant dans des camps du quartier de la Porte de la Chapelle à Paris. Des dealers distribueraient des doses gratuites de crack pour les rendre dépendants à cette substance, dérivé puissant de la cocaïne.

 

"De nombreux migrants ont perdu espoir, ils sont en errance depuis longtemps et n’arrivent pas à entrer dans des structures d’hébergement, ils se sentent abandonnés. Des trafiquants tournent autour d'eux. Ils ont décelé qu'il y avait un terrain propice à la consommation de drogues", raconte un bénévole, sous couvert d'anonymat, qui s'occupe des migrants dans le nord de Paris. "Des dealers proposent des doses gratuites, puis progressivement ils demandent de l’argent et augmentent les prix quand la dépendance commence à se faire sentir", poursuit-il. Le phénomène se répand surtout dans le quartier de la Porte de la Chapelle, à Paris où des centaines de migrants dorment à la rue.

 

Les doses se présentent sous forme de petits carrés jaunes appelés "galette", "cailloux" ou "free base". Les toxicomanes inhalent ces doses à l’aide d’une pipe à crack. La drogue peut aussi être ingéré sous la forme de cigarettes ou de joints dans lesquels le crack va être placé pour être fumé.

 

"La consommation de crack par des migrants n’est pas un phénomène nouveau", indique encore la source associative. "Depuis l’installation du centre de premier accueil de migrants (CPA) de La Chapelle, il y avait déjà des cas isolés de consommateurs. Mais depuis la fermeture du centre [en mars 2017], il y a de plus en plus de monde concerné, notamment des demandeurs d’asile dont nous avions croisé le chemin il y a un an et que l’on retrouve à la rue et drogués aujourd’hui".

 

D'autres associations, dont France Terre d'asile, présentes physiquement auprès des migrants dans le nord de Paris, ont rapporté les mêmes informations.

 

Perte de poids, crise cardiaque, hallucinations …

"Plus le consommateur est vulnérable, plus le crack peut devenir un produit addictif", prévient de son côté Magalie, une éducatrice de Coordination Toxicomanies, une association locale qui accompagne les personnes dépendantes vers des projets de réinsertion. "Les symptômes de manque sont avant-tout psychologiques", ajoute-t-elle, précisant que chez ceux qui possèdent un terrain psychologique instable, ou ont été sujet à une pathologie psychiatrique, la consommation de crack peut entraîner de graves problèmes psychiques.

 

Insomnies, perte de poids, violents maux de tête, attaques de panique, crises de paranoïa et hallucinations font partie des effets secondaires de la prise de ce stupéfiant chez certains consommateurs. Des troubles qui peuvent entraîner des situations dangereuses, comme des accidents de la route. Le crack agit aussi sur système nerveux et cardiaque des consommateurs, il augmente les risques de crise cardiaque et d’AVC (accident vasculaire cérébrale).

 

En France, la consommation de stupéfiants est interdite et passible de jusqu’à 3 750€ d’amende et de peines allant jusqu’à un an de prison. Contrairement à d’autres drogues, il n’existe pas de médicaments de substitution au crack. Le processus de guérison est très long, il nécessite d’aller voir un médecin et de passer par une aide psychologique et sociale.

 

Par ailleurs, l’échange de pipes à crack entre les toxicomanes peut être le vecteur de transmission de virus, tels que l’hépatite B ou C.

 

Porosité entre camp de migrants et squat des toxicomanes

Quelque 200 migrants, potentiellement concernés, dorment actuellement autour de la Porte de la Chapelle, dont plus d’une centaine se sont installés sur une esplanade, située sous un pont à l’abri de la pluie. Ce camp informel se trouve juste en face du plus important point d’achat de crack de Paris, surnommé "la Colline du crack" : un terrain en pente, situé entre le boulevard périphérique et la bretelle d’accès à l’autoroute du Nord.

 

Le lieu est très fréquenté par des polytoxicomanes en grande précarité et des dealers y vont et viennent pour vendre leurs drogues 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

 

Cet été, InfoMigrants avait déjà rencontré plusieurs ONG inquiètes de la "dangereuse mixité des populations où la misère côtoie la misère".

 

Info Migrants par Bahar MAKOOI, le 3 Décembre 2018

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