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Réfugiés : deux nouveaux centres en Ile-de-France mais pour quelle politique d’accueil ?

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Le préfet de la région Ile-de-France, Michel Cadot, a annoncé lundi 25 septembre la création prochaine de deux nouveaux lieux de premier accueil pour les migrants. Un accueil soumis à un strict examen des situations administratives, et dont les contours encore flous soulèvent plusieurs questions. Décryptage.

 

A priori, cela semble une bonne nouvelle. Dès le 1er octobre, un nouveau lieu d’accueil doit ouvrir pour les migrants en Ile-de-France, d’une capacité de 200 à 250 places. Un autre suivra au cours de l’hiver, sur le même modèle, dans Paris. C’est ce qu’a annoncé lundi 25 septembre Michel Cadot, préfet d’Ile-de-France, lors d’une conférence de presse. L’objectif est de commencer à remplir la promesse faite par le président Macron qui avait lancé en juillet : « D’ici à la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues. »

Aux abords de la porte de la Chapelle, un millier de personnes campent de nouveau dans la rue, dans l’espoir d’entrer dans le centre humanitaire ouvert par la ville de Paris il y a près d’un an. Dix-sept mille personnes y ont trouvé refuge au cours de ses onze mois d’existence, mais, saturé, il s’accompagne depuis des mois de campements informels aux alentours, où des milliers de personnes vivent dans l’indignité et l’insalubrité, et sous une surveillance policière parfois musclée. Fin août, a eu lieu une énième « opération de mise à l’abri », concernant 2 500 personnes – la 35e depuis l’été 2015. Le fonctionnement du centre, et le rôle qu’y jouent les services administratifs de l’Etat ont provoqué, en septembre, le départ d’une des associations intervenantes.

 

La procédure “de Dublin”

 

Le besoin de places et de structures d’accueil pour les migrants est incontestable. Pour autant, l’annonce du préfet ne rassure pas totalement. Les centres prévus auront pour but la « préorientation » des migrants, qui seront informés par des « maraudes » dans les rues. Pour bénéficier de l’accueil proposé dans les nouveaux centres, ils devront se soumettre à un examen de leur situation administrative, afin que chacun « puisse bénéficier des droits qu’il peut attendre en fonction de sa situation », a précisé le préfet. En clair, les demandeurs d’asile, ou ceux qui entendent déposer une demande, iront dans des centres dédiés, CAO (centres d’accueil et d’orientation) ou CADA (centres d’accueil pour demandeurs d’asile). En revanche, ceux qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays d’Europe avant d’entrer en France, sont sous le coup de la procédure dite « de Dublin », qui les contraint à déposer leur demande d’asile dans ce premier pays d’entrée dans l’Union. Ceux-là seront conduits dans des lieux d’hébergement de la région, et auront « obligation de repartir rapidement », selon le préfet.

 


“Peut-on continuer de prôner des renvois vers la Grèce ou l’Italie, pays submergés et où l’examen serein et équitable des dossiers est impossible”, Pierre Henry (France Terre d’asile)

 

Pierre Henry, directeur général de France Terre d’asile, se réjouit de l’ouverture de centres, dans la mesure où « l’Ile-de-France est chroniquement sous-équipée en lieux d’accueil, alors que dans notre pays très centralisé, toutes les gares, toutes les routes mènent à la capitale ! Mais il faudra être extrêmement vigilant sur les “dublinés”, prévient-il. Renvoyer des gens qui ont laissé leurs empreintes en Suède, en Allemagne ou en Norvège ne me paraît pas scandaleux –d’autant que ces pays sont plus accueillants que la France et que les migrants y auraient de meilleures chances d’obtenir protection. Mais peut-on renvoyer vers les pays d’Europe de l’Est qui ont une politique de rejet [la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque, NDLR] ? Et peut-on continuer de prôner des renvois vers la Grèce ou l’Italie, pays submergés et où l’examen serein et équitable des dossiers est impossible ? Cette question-là est centrale, et personne ne la pose. »

L’an dernier, en 2016, la France a fait 25 963 demandes de réadmission de migrants à d’autres pays européens (contre 11 657 en 2015, selon la Cimade), et malgré un taux d’accord en forte hausse, seulement 1 293 personnes ont été effectivement renvoyées (525 en 2015). « Tout le monde feint de vouloir appliquer le règlement de Dublin à la lettre alors que tout le monde sait très bien qu’il ne fonctionne pas », résume Pierre Henry, qui redoute  « une annonce ayant pour but essentiel d’envoyer un message à l’opinion publique, pour lui démontrer que les pouvoirs publics agissent. » Contactée, la préfecture n’a pas souhaité livrer davantage de détails sur le projet.

 


Ces nouveaux lieux n’ont-ils pas vocation à remplacer le centre de la porte de la Chapelle ?” Dominique Versini (Mairie de Paris)

 

Du côté de la Ville de Paris, à l’initiative en mars 2016 de la création du centre humanitaire de la porte de la Chapelle, l’annonce du préfet a d’abord surpris – les services de la maire, Anne Hidalgo, n’avaient pas été avertis. Dominique Versini, l’adjointe chargée de la solidarité, se dit attentive : « Nous ne savons pas qui gérera ces centres, quel accueil concret ils proposeront, comment s’effectueront les maraudes de rue, comment les “dublinés” seront pris en charge… Et nous nous demandons si ces nouveaux lieux ont vocation à remplacer, à moyen terme, le centre de premier accueil de la porte de la Chapelle… ” Car au printemps prochain, le site doit accueillir le campus de l’université Condorcet. Le précédent gouvernement s’était engagé à déménager le centre humanitaire (modulable, tous ses élements pouvant être déplacés et déposés ailleurs), mais “aucune information claire ni aucune garantie ne nous est donnée aujourd’hui”, regrette Dominique Versini.

Un projet de loi sur la refonte du droit de l’asile et de l’immigration doit être présenté par le gouvernement début 2018. Cet été, Anne Hidalgo avait soumis des propositions détaillées, dont une application souple des accords de Dublin. Qu’en fera le gouvernement d’Edouard Philippe « Plus personne dans les rues, c’est un bel objectif, observe Pierre Henry. Mais pas à n’importe quel prix. »

 

Par Télérama, le 27/09/2017