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tribune de geneve


Dirigeants européens et africains se sont réunis à Paris pour évoquer la crise migratoire. Emmanuel Macron veut garder l’initiative. Analyse de Pierre Henry, de France terre d'asile.

Les centres pour migrants en Afrique, idée appuyée par Emmanuel Macron à la fin de juillet, pourraient-ils voir prochainement le jour? Les discussions exploratoires, du moins sur la question de la migration, sont au centre du minisommet (à huis clos) organisé par l’Elysée lundi après-midi. Il réunit des Européens (Allemagne, Italie, Espagne, France et UE) et trois pays africains très directement concernés: le Niger, le Tchad et la Libye.

La France veut donner le ton. Pour Emmanuel Macron, le rendez-vous est d’autant plus important qu’il s’adresse mardi à 200 ambassadeurs français réunis à Paris pour exposer les grands axes de sa politique étrangère. Et depuis son entrée en fonction, le jeune président a multiplié les coups d’éclat, avec un certain succès, sur la scène internationale. D’ailleurs, l’Italie, notamment sur la question du rôle de la Libye, s’est agacée de l’activisme du jeune président français.

 

Stabiliser la région

«La Libye n’est le terrain de personne. Pas plus de l’Italie que des autres Etats européens. La Libye est aux Libyens», s’agace Pierre Henry, le directeur général de la très active Association France terre d’asile. Et de poursuivre: «Il n’est pas question de recommencer avec chacun son pré carré. Par contre, les problèmes sécuritaires ici et le désordre là-bas nous concernent tous, Européens.»

Pour ce spécialiste de terrain, la création de «hot spots» en Afrique est un point à aborder, mais se révèle difficilement réalisable en l’état. «Les trois pays ne sont pas dans les mêmes situations. Tout d’abord, la Libye est un Etat failli, aux mains de milices violentes, toute idée de bonne gouvernance sur place est hors critère. Le Niger et le Tchad conjuguent, eux, un taux de pauvreté très élevé et un taux de démographie parmi les plus forts de la planète. Vouloir leur donner un rôle me paraît improbable», s’alarme Pierre Henry.

En effet, depuis 2014, on estime à 14 000 le nombre de migrants morts lors de la traversée de la Méditerranée. L’Italie, en première ligne de cette crise migratoire, a accueilli quelque 600 000 migrants sur ses côtes depuis 2014.

 

Les Africains veulent de l'argent

Ce contrôle et cette gestion maîtrisée des flux migratoires, selon les mots de l’Elysée, doivent passer un soutien de l’Europe au Tchad, au Niger et à la Libye. Du côté africain, on regarderait ces projets de centres d’accueil avec circonspection. Car à la fin de 2015 lors du sommet à La Valette, l’UE avait fait un certain nombre de promesses aux pays africains – dont une aide de 1,5 milliard – qui n’ont encore été entièrement accordées. En résumé, les ONG sur place comme les Etats concernés demandent avant tout davantage de moyens pour poursuivre les efforts déjà engagés.

«Des centres de transit existent déjà et nous travaillons avec le Haut-Commissariat aux réfugiés et l’Organisation internationale des migrations», explique ainsi à l’agence France-Presse un interlocuteur nigérien qui voit dans la volonté française une précipitation due à la volonté d’effacer les campements sauvages de migrants, notamment à Paris.

Certain par contre que pour la plupart, sans stabilisation des régions, les routes légales de l’immigration n’assécheront pas les routes illégales. Ces derniers mois, le nombre d’arrivées diminue en Italie alors qu’il augmente en Espagne. La route vers l’Europe est multiple.

 

Par la Tribune de Genève, le 28/08/2017