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Comment répondre aux besoins des personnes âgées réfugiées en Europe ?

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Quand elles sont contraintes à l'exil, les personnes âgées sont confrontées à des défis particuliers. Et au milieu des débats sur les demandeurs d'asile, les besoins de cette population spécifique sont souvent négligés.

La population mondiale vieillit rapidement. Selon l'ONU, d'ici 2050, il y aura plus de personnes âgées de plus de 60 ans que d'enfants de moins de 12 ans. De nombreux débats tournent autour de la manière de faire face à cette population vieillissante, mais beaucoup moins d’attention est accordé aux personnes âgées réfugiés ou demandeurs d'asile.

Les réfugiés plus âgés sont loin d'être aussi visibles que les autres, en particulier les jeunes hommes. La proportion de demandeurs d'asile de plus de 65 ans en Europe est relativement faible, elle est inférieure à 1%.

Besoins spécifiques

Reste que ces réfugiés âgés ont des préoccupations et des besoins spécifiques. Un rapport du "Centre for Policy on Ageing" (le centre de politique sur le vieillissement) du Royaume-Uni a récemment identifié les principaux problèmes auxquels ils sont confrontés comme le manque de revenus, les problèmes d'apprentissage de la langue, la solitude et l'isolement, la perte du statut social et les problèmes de santé mentale.

Faibles revenus

Les réfugiés âgés sont confrontés à des problèmes de revenus encore plus graves que les réfugiés en général. Ils sont en effet moins susceptibles d'obtenir un emploi rémunéré. En Allemagne, tous les résidents, y compris les étrangers ayant le statut de réfugié ou le statut conféré par la protection subsidiaire, ont droit au revenu minimum. Cependant, celui-ci est loin de couvrir le coût de la vie.

La barrière de la langue

Avoir de bonnes connaissances de la langue du pays d'accueil est une condition importante pour une intégration réussie. L'apprentissage d'une langue devient généralement plus difficile avec l'âge.

La solitude

La tendance naturelle des réfugiés et des demandeurs d'asile, comme de nombreux autres groupes minoritaires, est de rechercher la compagnie d'autres personnes de la même communauté. Toutefois, de nombreux pays, dont l'Allemagne, ont tendance à répartir les demandeurs d'asile dans tout le pays, et ainsi d'éviter la ghettoïsation. Cela peut être difficile pour les migrants âgés, qui ont besoin de développer des réseaux sociaux au sein des communautés locales.

La perte du statut social

Beaucoup de réfugiés âgés viennent de cultures dans lesquelles les aînés sont très respectés. En Europe, ils perdent leur statut, en particulier s'ils deviennent dépendants de membres plus jeunes de leur famille qui eux se sont adaptés plus rapidement au pays d'accueil.

Les problèmes de santé mentale

Les réfugiés et demandeurs d'asile âgés peuvent souffrir de problèmes de santé mentale en raison de traumatismes causés par la détention, la torture, la violence et le viol, soit dans le pays d'origine, soit pendant le voyage. Les organisations d'aide aux réfugiés en Europe rapportent que les réfugiés plus âgés décrivent le plus souvent leurs problèmes psychologiques et émotionnels comme étant "l’angoisse" et "l’inquiétude".

 La santé physique

Les problèmes de santé physique sont une préoccupation majeure. Nombreux sont ceux qui souffrent de maladies chroniques et qui n'ont pas les moyens de se payer un traitement ou qui n'y ont pas accès. Certains renoncent au traitement parce que ce serait un fardeau financier pour la famille. Dans les situations où il y a pénurie de nourriture, les réfugiés plus âgés racontent qu'ils ne prennent pas de repas ou qu'ils prennent de plus petites portions afin que les autres membres de la famille en reçoivent une plus grande part.

Dans une étude sur la santé des réfugiés syriens âgés en Jordanie, la chercheuse Sigrid Lupieri affirme que les organisations ne recueillent presque pas de données sur ce groupe et leurs besoins particuliers en matière de soins de santé.

"Il y a cette perception selon laquelle les personnes âgées sont prises en charge par leur famille", explique un conseiller en santé d'une association caritative présente dans la région.

Les réfugiés plus âgés sont un atout

En plus d'être négligés lorsqu'il s'agit de leurs besoins spécifiques en matière de santé, les réfugiés âgés reçoivent peu de reconnaissance pour la contribution qu'ils apportent aux familles et aux communautés, explique Mme Lupieri.

Pourtant, les réfugiés plus âgés pourraient être considérés comme un atout. Dans de nombreuses familles, ce sont eux qui s’occupent des enfants pour que les parents puissent travailler. Ils ont souvent des connaissances et de l'expérience qui peuvent aider les familles et les communautés en exil.

Les personnes âgées sont des transmetteurs de culture, de savoir-faire et d'artisanat qui jouent un rôle important dans la préservation des traditions des personnes déplacées. La résilience des personnes âgées peut aider à renforcer les communautés et contribuer à des interactions positives et pacifiques avec les communautés hôtes locales.

 

Deustsche Welle, Marion MacGregor, traduction Audrey Parmentier, le 10 octobre 2018