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Immigration. Castaner durcit la chasse aux exilés du côté de la Manche

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Alors que les tentatives désespérées pour traverser le Channel se multiplient ces dernières semaines, le ministère de l’Intérieur répond par une série de mesures sécuritaires et des consignes de fermeté à l’encontre des déboutés du droit d’asile.

 

L’esprit sans doute fatigué d’être continuellement focalisé sur les escadrons de policiers et de gendarmes armés de Flash-Ball, de matraques et de blindés pour mater le mouvement social, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a préféré consacrer ses résolutions de débuts d’année à sa politique migratoire. En l’espace de quelques jours, il s’est ainsi fendu d’une circulaire concernant les déboutés du droit d’asile, d’un décret sur les contrôles d’identité dans les zones portuaires et d’un « plan d’action » à l’intention des exilés en quête d’un refuge outre-Manche. C’est en raccrochant son combiné téléphonique à l’issue d’une conversation, le 30 décembre dernier, avec son homologue britannique, Sajid Javid, que l’hôte de la place Beauvau a décidé d’une série de mesures pour faire face aux tentatives de plus en plus fréquentes de traverser la Manche, à bord de petits esquifs, de la part d’exilés en grande majorité iraniens. Pour le ministère de l’Intérieur français, 504 personnes ont tenté de rejoindre les côtes anglaises l’an dernier et 276 y sont parvenues. À Londres, on dénombre 539 tentatives, dont 80 % entre octobre et décembre et 230 pour le dernier mois de l’année.


Un début d’année répressif

Les initiatives que compte mettre en place Christophe Castaner précèdent donc un « plan d’action conjoint franco-britannique », quelque peu retardé par les tergiversations européennes autour du Brexit, et qui devrait être entériné « à l’occasion d’un déplacement prochain » du ministre français à Londres, indique le communiqué sans en préciser la date. Présenté en fin de semaine dernière, il repose sur « cinq axes ». Il prévoit une meilleure coordination entre les forces de police et de gendarmerie ainsi que le renforcement des douanes, de la marine nationale et de la gendarmerie marine chargées d’« assurer une surveillance 24 heures/24 des espaces maritimes ». Le ministère de l’Intérieur entend également procéder au développement de « la surveillance et (de) la sécurisation » des ports de Boulogne-sur-Mer, de Calais et « des lieux potentiels de mise à l’eau ». Il prévoit aussi « des mesures de sensibilisation » à l’intention des vendeurs d’équipements marins, loueurs de bateaux et gestionnaires de ports ainsi qu’« un renforcement de la lutte contre les filières de passeurs ». Londres, de son côté, vient d’envoyer un navire de patrouille de la Royal Navy dans la Manche et promet, dans le cadre des futurs accords, d’assurer la « prise en charge financière » de drones, radars et appareils de vidéosurveillance dédiés à la sécurisation de la frontière franco-britannique.

L’élan sécuritaire voulu par la place Beauvau s’est également enrichi, pour l’an neuf, d’un tout nouveau décret dicté par les forces de l’ordre d’Ouistreham (Calvados) revendiquant le droit d’exercer des contrôles d’identité à proximité du port. Les policiers, gendarmes et douaniers pourront désormais mettre en œuvre de telles opérations dans un périmètre de 5 à 10 kilomètres des ports français régulièrement confrontés à l’arrivée de femmes et d’hommes souhaitant continuer leur parcours migratoire sur d’autres rivages. Pratique jusqu’ici interdite, à moins de constater une infraction ou un délit de la part des exilés en transit.

Et pour parfaire un début d’année totalement répressif à l’égard des étrangers, le troisième homme de l’exécutif a également fait parvenir, le 31 décembre, aux préfets une missive leur demandant d’appliquer « résolument » les dispositions de la loi Collomb, définitivement adoptée au milieu de l’été 2018. « Vous devrez prendre une obligation de quitter le territoire dès l’intervention de la décision de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides – NDLR) », insiste Christophe Castaner, à propos des déboutés du droit d’asile, précisant que la procédure d’éloignement pourra « être exécutée sans attendre une éventuelle décision de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile – NDLR) ». La nouvelle loi prévoit, en effet, qu’un recours devant la CNDA ne soit plus suspensif à moins que l’intéressé en fasse la demande devant un tribunal administratif mais avec des garanties « très théoriques et (qui) risquent d’être en fait réduites à néant », souligne le Groupe d’information et de soutien des immigrés. Le ministre, pour finir, enjoint aux préfets d’user sans retenue de la rétention, d’une durée allongée à 90 jours par la nouvelle loi, en insistant sur le fait que leur « implication est à cet égard une condition essentielle de la réussite de la réforme ». Bref, pas de trêve des confiseurs pour la chasse aux étrangers.

 

L'Humanité par Emilien Urbach, le 8 Janvier 2019

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