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La Commission Juncker a officiellement échoué à réformer l’asile

 euractiv

Les ministres de l’Intérieur de l’UE n’ont pas réussi à conclure une refonte de la politique migratoire. Le dossier risque d’occuper une place centrale dans les élections européennes.

Après la proposition d’un paquet législatif visant à réformer le système d’asile européen, cinq des sept lois ont été adoptées.

Mais les États membres de l’UE bloquent depuis plus d’un an sur la plus importante : l’harmonisation des procédures d’asile, et la question des quotas de réfugiés.

« C’est la journée officielle pour conclure qu’il n’y a pas d’accord sur l’asile », a déclaré un diplomate européen aux journalistes à Bruxelles.

Les propositions de la Commission se sont heurtées à une vive opposition de la part du groupe Visegrad.

Le 6 mars, la Commission a dressé le bilan de sa politique migratoire depuis 2014. Le commissaire européen Dimitris Avramopoulos a tenté tant bien que mal de faire bonne figure.

La crise migratoire de l’Europe est terminée, a proclamé Dimitris Avramopoulos, accusant « la désinformation, les contrevérités et les fausses informations » d’obscurcir le débat sur la question.

Cependant, le commissaire grec a averti que l’Espagne était « sous une pression migratoire particulière » et continuerait à avoir besoin d’un soutien d’urgence de l’UE et que « la migration continuera d’être un sujet important » dans l’année à venir.

Pourtant, malgré le recul des arrivées, la perception d’un afflux élevé de migrants demeure. Selon une étude Eurobaromètre, quelque 40 % des Européens considèrent l’immigration comme l’un des deux problèmes les plus importants auxquels l’UE est confrontée.

Les gouvernements européens sont bloqués depuis plus d’un an sur la révision prévue de la politique d’asile de l’Union et sur la question controversée des quotas de relocalisation.

Avant la réunion des ministres, l’Allemagne a proposé que les pays de l’UE s’accordent au moins sur certaines parties du projet avant les élections européennes de fin mai.

« Nous sommes en faveur d’un paquet commun sur l’asile, mais il semble que cette législation ne puisse plus être adoptée par cette législature », a déclaré le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU) avant la réunion et a appelé ses homologues à « détacher certaines parties de cet ensemble de règles et à essayer de faire progresser cette législation ».

Selon Horst Seehofer, les États membres de l’UE devraient se mettre d’accord dès que possible sur la création d’une agence européenne de l’asile, sur des règles pour le stockage de données telles que les empreintes digitales et, éventuellement, sur les exigences en matière de réinstallation des migrants de pays tiers.

Plusieurs États membres et le Parlement européen s’opposent à ces plans. Les pays comme l’Italie, l’Autriche et Malte en particulier, ainsi que les quatre pays du groupe de Visegrad, avec la Hongrie et la Pologne en tête, ne veulent pas être obligés d’accepter des migrants ni de scinder le paquet de réformes en tant que tel.

En vertu de l’actuel règlement de Dublin, le pays où un migrant entre pour la première fois sur le territoire de l’UE est responsable de sa procédure d’asile. Le paquet législatif proposé par la Commission en matière de migration vise à soulager l’Italie et la Grèce et à répartir les responsabilités en matière d’immigration.

Selon les diplomates européens, les pays baltes et l’Autriche étaient prêts à faire des compromis, tandis que l’Espagne n’a pas encore adopté de position.

Les ministres de l’Intérieur ont donc conclu leur dernière session du Conseil avant les élections européennes de mai sans progrès tangibles. Pour la première fois depuis des années, la question des migrations n’est pas inscrite dans le programme officiel du prochain sommet de l’UE à la fin du mois.

Compte tenu de l’impasse, un diplomate de l’UE a déclaré qu’il « considère comme un soulagement » le fait que la réforme de l’asile ne soit pas à l’ordre du jour : « Nous n’avons rien à nous dire de toute façon. »

 

Euractiv, par Alexandra Brzozowski, traduit par Marion Candau, le 11 mars 2019