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Enfants migrants : l'école en première ligne.

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Ils sont déracinés. Ils ne parlent pas le français. Pour eux, l’Éducation nationale met en place des unités pédagogiques spécialisées. Exemple à Tours.

Ce jour-là, Nawar (8 ans) et Rami (6 ans) mettaient pour la première fois les pieds dans une école française. A peine débarqués d'Irak. Au programme, petit atelier pratique pour découvrir le sens des mots qui peuplent le quotidien de tout écolier : écrire-stylo, dessiner-crayon, découper-ciseaux… « Notre mission, c'est de leur donner rapidement des bagages suffisants pour qu'ils puissent comprendre et se faire comprendre en classe. En moyenne, il faut compter une année pour les rendre à peu près autonomes », indique Michèle Burkhardt.

 " Souvent ils dorment à la rue "

Depuis sept ans, cette professeure des écoles (qui a repris des études pour passer un Master de didactique des langues) apporte un enseignement aux élèves allophones primo arrivants. Autrement dit des petits étrangers qui débarquent en France sans parler un seul mot de français.
En Indre-et-Loire, près de 120 enfants sont ainsi accueillis chaque année dans les écoles du département. Ils sont directement intégrés dans les classes mais, suivant leur âge et leur niveau scolaire, ils bénéficient de l'assistance spécifique d'un enseignant spécialisé ; à raison de deux ou trois séances de 45 minutes par semaine (pendant 18 mois au maximum).


« Plus ils arrivent âgés, plus ils ont besoin d'une intervention importante pour les rendre opérationnels, surtout à l'écrit », note Michèle Burkhardt en soulignant les difficultés de sa mission : l'évaluation du niveau des enfants dans leur langue d'origine, les blocages psychologiques, les conditions d'accueil matérielles des familles… « Souvent, nous avons des enfants de demandeurs d'asile qui dorment à la rue ou qui ne mangent pas forcément à leur faim. Ils sont fatigués, fragiles. Il faut savoir doser les exigences dans l'apprentissage », témoigne l'enseignante qui met souvent à profit ses origines croates et une licence de russe pour surmonter les obstacles.
Michèle Burkhardt parle de son métier comme « un travail très prenant », un challenge permanent : « Cette année, j'assiste 23 élèves. Ce sont 23 cas particuliers. » Dans le même temps, elle témoigne de réussites exemplaires. « Les enfants sont souvent très curieux, très demandeurs, et ils ne posent aucun problème de discipline », souligne l'enseignante en évoquant des liens privilégiés, souvent affectifs, avec ces enfants déracinés en quête de repères et de réconfort. C'est aussi cela l'école de la République.

repères

Onze enseignants spécialisés

Chaque année, 120 enfants allophones sont accueillis dans les écoles primaires du département, essentiellement dans l'agglomération de Tours. Un nombre comparable est scolarisé dans les collèges et les lycées. 45 jeunes âgés de plus de 16 ans sont également pris en charge. Ces élèves non francophones viennent d'une trentaine de pays différents ; d'Afrique, d'Europe de l'Est, du Moyen Orient, mais aussi d'Italie, de Grèce, d'Espagne ou d'Algérie. Ils sont confiés à onze enseignants spécialisés FLS (Français langue seconde) ; cinq en classes élémentaires, dix dans le second degré. Deux assistants d'éducation interviennent également dans les écoles.

 

La Nouvelle République, le 20 janvier 2014.

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