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Migrants : la Méditerranée redevient un cimetière

le monde


Depuis le mois de janvier, plus de dix-sept personnes par jour ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée. On compte au total près de 3 500 victimes, soit 20 % de plus qu’en 2015.

 

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Un gilet de sauvetage sur une plage de Libye, à proximité d’une route fréquentée par les migrants
qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant la mer Méditerranée. HANI AMARA / REUTERS

 

Un an après, dans le même décor macabre, le même drame est en train de se rejouer en Méditerranée. Alors que les flux migratoires s’étaient concentrés, pendant l’hiver 2015-2016, sur la « route de l’Est », passant par la Turquie, la Grèce et les Balkans, le retour du printemps a poussé des milliers de migrants à entreprendre la traversée de la Méditerranée entre l’Afrique du Nord et l’Italie.

 

Plus de 17 morts par jour


Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), plus de 3 500 personnes ont déjà perdu la vie sur les routes migratoires méditerranéennes sur les neuf premiers mois de l’année 2016, malgré le sauvetage de milliers de personnes par les marines italienne et grecque. Cela représente 17,1 morts chaque jour depuis janvier, et plus de 90 % des morts que l’OIM a pu documenter sur l’ensemble des routes migratoires du monde en 2016.

 

 

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Nombre de migrants morts par région du monde de janvier à mai 2016, selon l'OIM. OIM

 

C’est 20 % de plus que le bilan en Méditerranée à la même période en 2015, année qui avait vu périr un nombre record de 3 770 migrants (chiffre considéré comme sous-estimé en raison de la difficulté à retrouver les corps à l’issue de naufrages).
Par comparaison, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que 204 000 migrants ont survécu à la traversée maritime vers l’Europe depuis le début de l’année.

 

 

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Source : Organisation internationale pour les migrations

 


Les départs de Libye se poursuivent alors que la route de l’Est se tarit


Si les arrivées en Grèce ont été considérablement freinées par l’accord Europe-Turquie du printemps 2016, la route de la Méditerranée centrale (menant de l’Afrique subsaharienne vers l’Italie, en passant par la Libye, la Tunisie ou l’Egypte) est redevenue le premier point d’accès vers l’Europe, comme au début de la crise migratoire.
Non que les migrants se détournent d’une route pour l’autre, mais le chemin de la Méditerranée centrale est traditionnellement moins emprunté l’hiver. Il ne fait donc que retrouver le niveau de fréquentation constaté l’année dernière à la même période.
On y retrouve beaucoup de migrants venant d’Erythrée, pays dont le régime totalitaire a développé une surveillance de masse de la population et une répression systématique de toute forme de contestation. Beaucoup de ceux qui ont entrepris la traversée ces derniers mois étaient bloqués depuis un certain temps en Libyepays dans lequel quelque 400 000 migrants seraient en transit, selon un récent rapport d’Interpol et Europol.

 

Multiplication des « super-naufrages »


Outre la recrudescence des traversées, l’augmentation du nombre de drames s’explique par le fait que les passeurs recourent de plus en plus à des bateaux de pêche, parfois même sans moteur, gageant que les migrants seront secourus à leur arrivée dans les eaux internationales.
Les données récoltées par les contributeurs du projet « The Migrant Files », qui s’efforce de documenter toutes les morts et disparitions des migrants sur les routes d’Europe à partir de sources fiables, jettent une autre lumière sur ce drame. Elles montrent qu’au-delà d’une multiplication des naufrages, le drame a gagné ces dernières semaines en ampleur. Le 15 avril et le 26 mai, les naufrages de deux attelages de deux bateaux surpeuplés ont provoqué la noyade de près de 500 personnes à chaque fois.

 

 

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Maxime Vaudano, Le Monde, le 04/10/2016