Main menu

Migrants : les drames se multiplient au large de la Libye

 

france culture1

Les naufrages de migrants et de réfugiés qui fuient l'Afrique depuis la Libye se succèdent. D'après le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, 6 600 personnes ont été récupérées en détresse par des navires de secours entre vendredi et dimanche ! Et l'on déplore des dizaines de morts.

 

738 migrantsnov2016

Migrants et réfugiés en attente d'être secourus au large des côtes libyennes, en novembre 2016 • Crédits : Andreas Solaro - AFP

 

Migrants et réfugiés en attente d'être secourus au large des côtes libyennes, en novembre 2016

Depuis vendredi, plus de 6 000 femmes, hommes et enfants sont partis de Libye pour l'Italie et au moins 75 personnes ont été retrouvées sans vie. Les corps de 10 femmes et d'un enfant ont ainsi été découverts lundi sur une plage de Zawiya, à 50 km à l'ouest de Tripoli, selon un responsable du Croissant Rouge libyen. Ce bateau transportait 170 migrants, dont 35 femmes et 9 enfants, ont affirmé des survivants. Ces survivants évoquent des embarcations de fortune de plus en plus chargées par les passeurs : entre 100 et 150 personnes en moyenne. Le chef du HCR, Filippo Grandi, s'est dit "profondément choqué par la violence de certains passeurs, et notamment par le meurtre sans merci d’un jeune homme il y a quelques jours, qui a été rapporté à mes équipes par les survivants." Et de déplorer que les traversées se font de plus en plus sur de fragiles canots pneumatiques, sans moyens de communication à bord, au lieu de bateaux de bois.

Quelque 37 000 réfugiés et migrants sont arrivés de Libye en Italie depuis janvier, soit une hausse de près de 30% par rapport à la même période l’an passé, selon le ministère italien de l’Intérieur. Alors que l'an dernier, 90% des 181.000 migrants arrivés en Europe via les côtes italiennes, chiffre record, venaient de Libye. Une Libye en proie au chaos depuis la chute du régime Kadhafi, en 2011. 

Selon le Haut commissariat aux réfugiés, depuis le début de l'année, une personne sur 35 est morte en tentant la traversée entre la Libye et l'Italie. Ces populations quittent un pays qui peine à contrôler ses 5.000 kilomètres de frontière avec notamment le Soudan, le Tchad et le Niger, mais aussi d'autres pays du continent africain, pour des raisons politiques ou économiques. Céline Schmitt, porte-parole de l'UNHCR, le Haut commissariat pour les réfugiés, répond à Nadine Epstain : "Ces personnes fuient des conflits ou des persécutions, très souvent aux mains des passeurs et subissent des violences sur la route et pour embarquer

La Cour pénale internationale a aussi annoncé ce lundi envisager d'enquêter sur les centres de rétention pour migrants en Libye. "Les crimes, y compris meurtres, viols et actes de torture, sont présumés monnaie courante", a déclaré aux Nations unies la procureure de la CPI. Fatou Bensouda s'est dite "consternée par les informations crédibles selon lesquelles la Libye est devenue un marché pour le trafic d'êtres humains".

L'association européenne SOS Méditerranée précise dans une lettre ouverte à l'Europe publiée ce mardi un quotidien libyen pour les migrants et réfugiés fait d'"arrestations et enlèvements arbitraires, extorsion de fonds et travaux forcés, abus physiques et torture dans les centres de détention, violence sexuelle et meurtres" :

"Les hommes sont vendus entre 325 et 3250 euros selon ce qu'ils savent faire. Les femmes sont vendues entre 150 et 1 500 euros. Ils sont maltraités, violés, parfois ils organisent des scénarios devant nous et nous obligent à regarder. Parfois, sous la menace armée, ils forcent certains d'entre nous à violer ces femmes, ils font des vidéos qu'ils envoient aux familles. Ou ils vendent ces femmes dans les réseaux de prostitution, ce qu'ils appellent les maisons de connexions ... Quand je parle de femmes, j'inclus des très très jeunes filles ...", explique Sofiane, un rescapé qui a témoigné dans le premier ouvrage de SOS Méditerranée (Les naufragés de l’enfer, Digobar Editions).

 

L'Italie tente de faire face à un afflux inédit

Située à 300 kilomètres des côtes libyennes, l'Italie n'a jamais autant accueilli de naufragés. Les chiffres record de 2016 sont déjà en train d'être dépassés, et elle doit affronter cet afflux de personnes à loger, soigner et accompagner juridiquement, sans qu'aucun signe de ralentissement ne pointe à l'horizon. Depuis des mois, beaucoup en Europe pointent l'absence de réponse politique à la hauteur du défi, et la faible solidarité des états membres de l'Union pour travailler à une solution. 

 

738 001 o78tr png retina

• Crédits : John Saeki - AFP


L'Italie et la Libye ont décidé d'accentuer ces derniers mois leur collaboration pour lutter contre l'immigration clandestine. Le but du gouvernement italien, exprimé dans un accord signé en février avec la Libye, est d'apporter un soutien humain et technique aux gardes-côtes libyens. L'Italie vient ainsi d'annoncer la livraison le 21 avril de deux vedettes à la Libye. Il en est prévu huit autres d'ici à la fin juin.

En attendant, sur son compte Twitter, la journaliste de la RAI Angela Caponnetto raconte que parmi les gens qu'elle a vu débarquer ce lundi à Lampedusa figurait un nouveau-né sans maman. Sa mère était morte en lui donnant naissance sur une plage libyenne.

 

L'Italie accusée d'avoir tardé face à un naufrage

La presse transalpine évoque aussi longuement le destin de cet enfant de trois ans dont le cadavre a été débarqué ce matin à Salerne. Ainsi qu'un enregistrement radio remontant à 2013 qui révèle que les autorités italiennes pourraient avoir laissé des dizaines de migrants se noyer en repoussant toute intervention. La responsabilité du sauvetage aurait été renvoyée à Malte et 268 Syriens mourront dans ce drame, dont 60 enfants. 

Le chef du HCR, Filippo Grandi, souligne malgré tout "les efforts inlassables des garde-côtes italiens, en coopération avec Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, ainsi que des ONG. En 2016, les ONG ont sauvé plus de 46 000 personnes en Méditerranée centrale, ce qui représentait plus de 26% de toutes les interventions de secours. Cette tendance se poursuit et, depuis début 2017, ce chiffre a atteint 33%".

 

"Arrêtez la criminalisation des ONG"

Dans sa lettre publiée aujourd'hui, l'association européenne de sauvetage en mer, SOS Méditerranée déplore toutefois des "attaques diverses à l'égard des ONG émanant de Frontex, du procureur général sicilien Carmelo Zuccaro, de différents médias italiens ou bien encore des « garde-côtes » libyens". Jointe par Nathanaël Charbonnier, Sophie Beau, co fondatrice de l'association, dénonce "toute une campagne extrêmement nocive" : "Comme si les bateaux de sauvetage étaient la raison pour laquelle les gens prennent la mer depuis les côtes libyennes pour aller en Italie !

Et d'exhorter les autorités européennes à :

- "appuyer et augmenter drastiquement les moyens de recherche et sauvetage maritimes en Méditerranée centrale. La présence d'ONG est un apport limité, et nous ne pouvons constituer l’unique solution ;
- veiller à ce que les personnes secourues soient amenées dans un port de sécurité conformément à la réglementation internationale ;
- stopper la criminalisation des ONG dont le seul objet est de sauver des vies en Méditerranée ;
- accorder la priorité à la protection et à la préservation de la vie humaine et de sa dignité, y compris en mer".

Par France Culture, le 10/05/2017