Main menu

ANGOULÊME: FOOT SOLIDAIRE À MA CAMPAGNE

 

charente libre 

 

Des joueurs d’Emmaüs, de L’Eclaircie, du Centre d’accueil de demandeurs d’asile. Samedi, le club de Ma Campagne a organisé un tournoi de foot pour «apprendre à se connaître malgré les différences».

 

a ma campagne samedi des joueurs de tous horizons unis autour du plaisir de taper dans un ballon rond

A Ma Campagne, samedi, des joueurs de tous horizons, unis autour du plaisir de taper dans un ballon rond.

C’était un peu la Coupe du Monde à Ma Campagne, samedi après-midi. Albanais, Togolais, Géorgiens, Afghans, Congolais, et Français bien entendu. Sur les terrains indoor du Foot Park, les joueurs sont venus du monde entier, avec pour trait d’union le ballon rond.
Et pour seul but «d’apprendre à mieux se connaître malgré les différences», comme le résume le président du club de foot de l’US Ma Campagne, Abdelrani Bouazza, initiateur de ce tournoi soutenu par la Ville, qui rassemblait 48 joueurs.
Il y avait là des équipes des Centres de demandeurs d’asile (Cada) de Saint-Cybard et de Cognac, de L’Eclaircie, d’Emmaüs et des régionaux de l’étape, l’US Ma Campagne. Quelques matches pour rien, sinon le plaisir et quelques lots gracieusement offerts par l’Intermarché du quartier. C’est ça le foot pour tous.
«On est avant tout un club de foot, mais si on peut faire un peu de social aussi, c’est pas plus mal», affirme le souriant Abdelrani Bouazza, 27 ans.
Il y a trois ans, il a remonté le club du quartier. Le niveau est modeste –«On se bat pour la montée en troisième division de district»–, mais l’esprit est là, affirme-t-il. «On veut dégager une bonne image, s’amuser sans faire d’histoires, à l’inverse de ce qui s’est passé avant», résume-t-il, dans une allusion aux matches agités d’il y a quelques années.
C’est «un gars du club» qui a un jour amené Mourad Abassi à l’entraînement. «Il était hébergé à L’Eclaircie. On a vu qu’il se débrouillait bien avec le ballon.» Il est resté, licence en poche.


Défouloir, exutoire, un peu d’espoir


L’attaquant, «auteur de sept buts cette saison», a convaincu Mamadi et Mohamed Fofana, deux copains de L’Eclaircie, le foyer d’hébergement d’urgence, de rejoindre le club. «Ils sont super sympas, s’intègrent bien. Chaque mardi et jeudi, ils viennent à l’entraînement, et le dimanche, ils se déplacent avec nous dans les petits coins de Charente. ça les sort de leur quotidien».
Ces mêmes mots reviennent aussi dans la bouche de Nicolas Barcouzareaud, médiateur social chez Omega. Depuis cinq ans, à la faveur de ses maraudes dans les rues de la ville, il invite marginaux et résidents de L’Eclaircie à venir taper le ballon, une fois par mois, «en fonction des disponibilités dans les salles». «Il faut casser un peu leur routine, voire pour certains leurs addictions
Samedi, sifflet en bouche, il faisait l’arbitre sur les terrains du Foot Park, sous le regard de Delphine Paulus de L’Eclaircie, ravie de voir ses résidents s’éclater sur le terrain. Shorts et maillots sont aussi variés que les nationalités.
Coups d’épaule virils, petites prises de becs: enjeu ou pas, des footeux restent des footeux. Derrière les barrières, atmosphère de tournoi de foot: on encourage, on fait tourner les paquets de chips, on sort s’en griller une. On se mélange, on chambre, on discute.
Avec 21 joueurs, le Cada, qui a un pied à Saint-Cybard et un autre à Cognac, fournit le gros des troupes. Là aussi, le ballon gomme un peu les aspérités du quotidien. «Chaque semaine, la Ville de Cognac nous laisse disposer d’un terrain», tient à rappeler Amel Zghidi, la directrice.
Un défouloir, un exutoire, un peu d’espoir: parfois le monde tourne un peu plus rond avec un ballon.


Des tranches de vie, de Togo ou de Géorgie


Discuter avec des joueurs aux origines aussi diverses, c’est partager des tranches de vie épaisses, fournies. Dans chaque équipe, des trajectoires tout sauf rectilignes.

Comme Hantz, 39 ans et des sourires: «Oui je sais, je les fais pas». Verbe haut, maillot du Togo sur le dos. Clin d’œil à ce pays quitté il y a cinq ans. Là-bas, «c’est comme le poisson, quand la tête est pourrie, le reste suit». Du poisson, encore, pour illustrer la situation: «Qu’est-ce que vous voulez faire avec un Smig à 50 francs quand la boîte de sardines se vend un franc?»
Alors l’arrivée en France, c’est comme un espoir. La région parisienne, d’abord. Puis Angoulême. «Ici, tout est plus calme.» Des premiers pas chancelants. Soutenu par l’association Baobab, hébergé à L’Eclaircie qui lui a filé «un bon coup de main pour les paperasses», Hantz vole aujourd’hui de ses propres ailes. Un appart’ en ville. Un diplôme d’ambulancier en poche. Et des ambitions de lendemains qui chantent.
Dans l’équipe d’Emmaüs, le capitaine, c’est Sergo, 27 ans. Il vient de Géorgie, pays de rugby. Mais le talent, lui, il l’a dans les pieds. Son toucher de balle et sa condition physique tapent dans l’œil. Pas un hasard que lui, Hassan, Blendi, Sam et Ika aient remporté le tournoi.
Le lendemain, Sergo remettait ça «avec l’équipe de La Couronne», où il évolue «défenseur ou milieu». Les gars de L’Eclaircie, il connaît. «On les accueille pour du bénévolat. Ils sont sympas.» Le Cada, il y a fait ses premiers pas charentais. «C’est moi qui me suis occupé de meubler les logements des migrants à Montbron et Ma Campagne.» Manière de boucler la boucle.

Par la Charente Libre, le 17/04/2017