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Cognac: l’accueil apaisé des migrants

charente libre


Depuis novembre, Cognac accueille volontiers les migrants. À part une manifestation qui a fait un flop. Un réseau solidaire s’est constitué. Un élan relayé par des communautés religieuses et des bénévoles.

Au premier rang de la messe du matin de Noël dans l’église Saint-Léger de Cognac, une famille serrée. Les parents et leurs deux enfants, visiblement un peu perdus. Ces Arméniens arrivés depuis quelques jours après une longue errance n’ont pas compris ce que leur disait le père Beaudoin, le curé doyen de Cognac, mais ils ont saisi qu’ils étaient les bienvenus.
Cette image d’une communauté prête à ouvrir les bras résume assez bien la réalité de l’accueil des migrants qui s’est organisé à Cognac depuis le mois de novembre.


Les idées sont les bienvenues au Cada

Créé officiellement au cours de l’été, le Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) de Charente, piloté par une association nationale France terre d’asile et dirigé par Amel Zghidi, comprend un lieu à Angoulême (100 places) et un autre à Cognac (45 places). À Cognac, l’accueil a démarré en octobre, le temps de louer les appartements, de les meubler, de trouver un local pour l’équipe. Une trentaine de personnes sont actuellement accueillies, des hommes, des femmes, des couples et des familles.
"On a mis en place des cours de français quotidiens grâce à des bénévoles, à des associations", expliquent les membres de l’équipe, ravis de la mobilisation locale : "On a reçu des vélos que l’on remet en état pour nos résidents. Des coiffeuses vont bientôt venir. On cherche des mécanos pour les vélos, des artistes. Les bonnes idées sont bienvenues…"
Contact au 05 45 80 09 09.


Deux structures distinctes ont été créées.

Un Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) a ouvert en octobre, piloté par une association nationale France terre d’asile.
C’est un dispositif pérenne d’hébergement des demandeurs d’asile durant le temps d’instruction de leur demande. Ils sont trente actuellement, des hommes, des femmes et des familles.
Autre dispositif, le Centre d’accueil et d’orientation (CAO), a été mis en place pour une durée limitée - environ six mois - pour aider des migrants "en situation de grande précarité", notamment ceux qui étaient à Calais, puis Paris. Quinze hommes - quatorze Soudanais et un Érythréen - sont pris en charge par l’Association socio-éducative de la région de Cognac (Aserc).
Ces quarante-cinq personnes vivent dans des appartements loués par France terre d’asile et l’Aserc. Ils touchent l’allocation pour demandeurs d’asile (Ada), ce qui équivaut à environ 200 euros par mois pour une personne seule.
À l’annonce de l’arrivée de migrants, le Front national avait appelé à manifester à Cognac. Quand le parti d’extrême droite attendait 400 personnes, à peine 70 s’étaient déplacées, essentiellement des élus et adhérents du parti de Marine Le Pen. Bref, un flop. Surtout si on le compare au véritable succès de l’appel aux dons lancé par un collectif de 35 associations du secteur.


"Aucun incident négatif"


"Les choses se sont très bien organisées ici à Cognac. Le travail de l’Aserc et de France terre d’asile est exemplaire"", résume Marianne Reynaud, l’adjointe aux affaires sociales, qui relève que depuis l’arrivée des migrants "Il n’y a eu aucun incident négatif. Il y a une véritable mobilisation des associations, des responsables de communautés religieuses, de simples particuliers désireux d’aider."

Le père Beaudoin de Beauvais s’est personnellement et "naturellement" impliqué dans l’accueil des migrants de Cognac, comme Rodolphe Kowal, le pasteur de l’Église réformée ou Johann Del Sotto, pasteur de l’Église évangélique.
"C’est notre rôle. Ma porte et mon coeur seront toujours ouverts", souligne Rodolphe Kowal. À chaque initiative - fête, repas, offices religieux, cours de français... -, les migrants que l’on croise sans les reconnaître dans les rues de la cité le répètent: "Nous sommes très contents d’être à Cognac."

 

Charente Libre, 31/12/2016