cp/Roms,gens du voyage : attention à une dérive « à l’italienne »

Mercredi, 28 Juillet 2010 15:35

Roms, gens du voyage : attention à une dérive « à l’italienne »

Dans une démocratie républicaine, la loi s’impose de la même manière à tous, sans considération de nationalité ou d’origine. Que reste-t-il de ce principe, fondement de la République française, lorsqu’au sommet de l’Etat, une réunion exceptionnelle est convoquée pour décider d’un plan de lutte contre la « délinquance » des Roms et des gens du voyage ?

L’appareil répressif et pénal français, sous l’égide de la justice, sert à sanctionner toute infraction à la loi, sans qu’il soit besoin d’énoncer des règles spécifiques ne visant qu’une seule communauté. Il est d’ailleurs étonnant d’entendre des membres du gouvernement transmettre des données sur la délinquance et les reconduites à la frontière des Roms dans un pays qui proscrit officiellement les statistiques ethniques. A l’inverse, nous pensons que la réunion élyséenne pourrait être utile si elle se penchait sur les manquements des élus de la nation au regard de leur obligation de prévoir des aires d’accueil pour les voyageurs. Fin 2008, seules 42 % des communes de plus de 5 000 habitants avaient mis en place de tels emplacements.

Nous rappelons qu’il y aurait 10 à 12 millions de Roms en Europe dont la grande majorité serait des ressortissants communautaires depuis l’élargissement de l’Union européenne en 2004 et 2007. En d’autres termes, rien ne les distingue juridiquement du retraité anglais du Périgord ou de l’étudiant suédois à Paris, en ce qui concerne la liberté de circulation.

La parole présidentielle est un symbole. Fallait-il vraiment l’engager sur un fait divers, aussi grave soit-il ? Devons-nous y voir les prémisses d’une dérive « à l’italienne », où populisme et démagogie annoncent une porosité croissante entre une droite radicalisée et l’extrême-droite ?

Paris, cp/France terre d'asile, le 28/07/2010

DANS LA PRESSE...


Hortefeux entend démanteler les camps illégaux de gens du voyage

Le gouvernement entend démanteler dans les trois mois la moitié des 300 camps illégaux installés en France par des gens du voyage et des Roms, a annoncé mercredi 28 juillet le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux. Les autorités françaises procéderont parallèlement à la reconduite "quasi immédiate" en Roumanie et en Bulgarie des Roms ayant commis des atteintes à l'ordre public, a ajouté le ministre.

Ces annonces interviennent dans le cadre de la réunion interministérielle à l'Elysée, consacrée mercredi aux "problèmes que pose le comportement de certains ressortissants des communautés au regard de l'ordre public et de la sécurité". Lancé par Nicolas Sarkozy à l'issue d'un week-end de violences les 17 et 18 juillet commises par des membres de la communauté gitane après la mort de l'un d'entre eux, lors d'une course-poursuite à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), ce rendez-vous a été dénoncé par l'opposition et les associations, comme une stigmatisation des gens du voyage.

"SANCTIONNER LES COMPORTEMENTS ILLÉGAUX"

A la fin de cette rencontre à l'Elysée en présence de François Fillon et de cinq membres du gouvernement, Brice Hortefeux a assuré dans une déclaration lue devant le perron que l'exécutif ne voulait pas "stigmatiser une communauté" mais "sanctionner des comportements illégaux".

Le ministre de l'intérieur a chiffré à environ 300 le nombre de "camps ou squatts" qui devront être démantelés d'ici à trois mois. Dans un communiqué, l'Elysée parle de 200 camps pour les seuls Roms, originaires de l'est de l'Europe. Plusieurs de ces camps sont, selon le gouvernement, "des sources de trafics illicites, d'exploitation des enfants à des fins de mendicité, de prostitution ou de délinquance".

La France va également solliciter l'envoi d'une vingtaine de policiers roumains et bulgares en région parisienne, où sont souvent situés ces camps. De façon symétrique, il sera proposé que des policiers français soient affectés en Roumanie et en Bulgarie afin de renforcer la lutte contre les trafics.

Le ministre de l'intérieur a enfin promis que le gouvernement allait "poursuivre la politique de développement des aires d'accueil" des populations nomades, inégalement réparties sur le territoire national. Pour les associations, le problème central des gens du voyage reste en effet celui de l'habitat. Si une loi a créé l'obligation pour toute commune de plus de 5 000 habitants de réaliser des aires d'accueil pour les "voyageurs", fin 2008, seules 42 % avaient effectivement été mises en place.

"FESTIVAL DE CLICHÉS"

Depuis une semaine, le PS, les Verts, le PCF, les associations représentatives des gens du voyage et des militants des droits de l'homme n'ont cessé de dénoncer ce qu'ils considèrent comme une mise à l'index d'une communauté à des fins électoralistes. SOS Racisme a dénoncé mercredi soir, après les annonces du gouvernement, un "festival de clichés les plus éculés" laissant notamment entendre que ces populations "fraudent avec le fisc".

"Il n'y a rien de nouveau : cela fait huit ans que ces démantèlements (de camps illégaux) existent", a fait valoir de son côté France terre d'asile. Plusieurs camps de Roms, notamment dans le département déshérité de la Seine-Saint-Denis au nord-est de Paris, ont ainsi été démantelés ces derniers mois.

Réunis dans la matinée en Seine-Saint-Denis, des représentants de l'Union française des associations tziganes avaient demandé à être reçus à l'Elysée, pour instaurer un dialogue, tout en dénonçant une "déclaration de guerre" du gouvernement.

Plus de 400 000 gens du voyage sont recensés en France selon un rapport de 1990 : 95 % d'entre eux sont des Français et un tiers nomades. Les Roms, qui sont des Tziganes de nationalité roumaine, bulgare et d'Europe centrale, forment une minorité. En 2009, plus de 10 000 Roms ont été expulsés de France, dont 8 000 en Roumanie. Près des deux tiers d'entre eux sont revenus ensuite, selon les estimations. 

Le Monde, le 28/07/2010

 

Roms: les mesures annoncées critiquées

France Terre d'Asile (FTA) et SOS Racisme ont été très critiques à l'égard des mesures concernant les Roms prises aujourd'hui à l'issue d'une réunion à l'Elysée

La première a jugé sans nouveauté la politique marquée par des démantèlements de camps depuis huit ans, la seconde dénoncé un "festival de clichés".

"Il n'y a rien de nouveau: cela fait huit ans que ces démantèlements existent, avec parfois des destructions de caravanes, et que les expulsions se font", a répondu le directeur général de FTA, Pierre Henry, interrogé par l'AFP. Il a demandé s'il fallait une réunion à l'Elysée pour "annoncer la permanence de cette action". "En réalité, il y a un problème de gouvernance de l'union Européenne" qui, selon lui, "serait bien avisée de rappeler à un certain nombre de pays, comme la Roumanie, qu'il y a des discriminations contre les Roms".

La moitié des camps illégaux de Roms et de gens du voyage seront démantelés d'ici trois mois, a annoncé mercredi le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Il a promis aussi des reconduites à la frontière "quasi immédiates" pour les Roms qui auraient commis des délits (9.875 expulsés en 2009).

L'exécutif va en outre "affecter 10 inspecteurs du fisc afin de contrôler la situation des occupants de ces camps illicites et illégaux, car en effet beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes", a dit le ministre.

"On est face à un festival de clichés les plus éculés", a dit SOS Racisme. Des formules, qui, selon l'association, laissent entendre que ces populations "fraudent avec le fisc", se mettent "hors la loi en vivant des camps illicites" et "commettent des délits qui doivent conduire à leur expulsion". "On est face à une vision de stigmatisation et racialisée de la société", a dit le président de l'association, Dominique Sopo. "L'Elysée veut susciter la peur pour déployer ses mesures de sécurité, et sa société de surveillance", a-t-il dit.

La "facilitation des expulsions sous couvert de fait divers obéit à une politique d'affichage" et "relève d'hypocrisie puisque les personnes expulsées reviennent en France quelques jours après", a ajouté le président de SOS racisme. M. Sopo juge "assez étonnant" que l'on parle de camps illégaux qui, selon lui, "procèdent d'un délit constitué des autorités de la République qui n'appliquent pas la loi" Louis Besson obligeant les mairies de plus de 5.000 habitants à viabiliser des sites pour les gens du voyage .

Sollicité par l'AFP, le collectif des associations tziganes a refusé de réagir immédiatement annonçant une réunion pour les "prochains jours".

Le Figaro, le 28/07/2010

 

Roms et gens du voyage : "Un festival de clichés les plus éculés"

Les mesures très fermes annoncées par le gouvernement, mercredi 28 juillet, à l'issue de la réunion à l'Elysée consacrée aux gens du voyage et aux Roms suscitent l'indignation de l'opposition et de nombreuses associations, tandis que l'UMP a salué un dispositif "juste" et qui "doit s'avérer efficace".

"On est face à un festival de clichés les plus éculés", a réagi le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo, fustigeant "une vision de stigmatisation et racialisée de la société". Il juge, en outre, "assez étonnant" que l'on parle de camps illégaux qui, selon lui, "procèdent d'un délit constitué des autorités de la République qui n'appliquent pas la loi" obligeant les mairies de plus de 5 000 habitants à viabiliser des sites pour les gens du voyage.

"Il n'y a rien de nouveau : cela fait huit ans que ces démantèlements existent, avec parfois des destructions de caravanes, et que les expulsions se font", a déclaré de son côté le directeur général de France terre d'asile, Pierre Henry. "En réalité, il y a un problème de gouvernance de l'Union européenne", qui, selon lui, "serait bien avisée de rappeler à un certain nombre de pays, comme la Roumanie, qu'il y a des discriminations contre les Roms", a-t-il ajouté.

De son côté, le Parti socialiste a dénoncé "la dérive sécuritaire et xénophobe du gouvernement" et appelé à un "travail de fond" avec les collectivités locales et les associations. "L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité", a déploré Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme. Selon le PS, "les incidents du Loir-et-Cher auraient dû rester ce qu'ils sont, une affaire de vandalisme à traiter par la justice comme telle. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy a retrouvé ses accents les plus populistes et démagogiques pour faire un amalgame scandaleux entre gens du voyage, Roms, immigration clandestine et violences de tous types".

PLUSIEURS ASSOCIATIONS SE RÉUNIRONT EN SEPTEMBRE

L'Union des étudiants juifs de France a affirmé dans un communiqué avoir appris "avec consternation que le gouvernement entend reconduire en Roumanie et en Bulgarie les Roms ayant commis des atteintes à l'ordre public". L'UEJF "rappelle que la majorité des Roms sont français : ces conclusions instaurent une loi d'exception et bafouent le principe d'égalité républicaine".

L'UEJF, SOS-Racisme et la Fnasat (Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les gens du voyage) organiseront d'ailleurs une réunion début septembre sur ces décisions qui "donnent du crédit aux préjugés les plus primaires et éculés", a précisé à la présidente de l'UEJF, Arielle Schwab.

Mercredi matin, des représentants de l'Union française des associations tsiganes avaient demandé à être reçus à l'Elysée, pour instaurer un dialogue, tout en dénonçant une "déclaration de guerre" du gouvernement.

Face à ces critiques, le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, a estimé que le PS et les Verts "préfèrent nier la réalité" concernant "les problèmes que pose le comportement de certains" chez les gens du voyage, comme ils le font "pour les questions d'immigration".

Le Monde, le 29/07/2010

Commentaires  

 
#1 29-07-2010 11:49
Il est écrit dans cet article que "En réalité, il y a un problème de gouvernance de l'union Européenne" qui, selon lui, "serait bien avisée de rappeler à un certain nombre de pays, comme la Roumanie, qu'il y a des discriminations contre les Roms".

Est-il sous-entendu que l'union européenne devrait rappeler à la Roumanie qu'elle devrait lutter contre les discriminations faites envers les Roms ou plutôt la rappeler à l'ordre du fait de ses propres discriminations ?

Le sens de cette phrase n'apparait pas clairement dans l'article mais je me dois de vous rappeler que s'il existe un pays dans le monde où la discrimination envers les roms est omniprésente et plutôt extrême, c'est bien en Roumanie...
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#2 29-07-2010 14:19
Cher Charles,
Vous avez raison il faut rappeler à l'ordre la Roumanie pour sa politique envers les roms et brice hortefeux pour ses propos de bistrot
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