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Les migrants bloqués en Méditerranée ont débarqué à Malte

le monde

A l’issue de longues négociations ayant impliqué des responsables au plus haut niveau dans les Etats membres, la majorité des rescapés vont être répartis dans neuf pays de l’Union européenne.

Il aura fallu près de dix-neuf jours. Jamais une négociation européenne pour se répartir un groupe de migrants sauvés par des ONG en Méditerranée n’aura été aussi longue.

Mercredi 9 janvier, Malte et la Commission européenne ont annoncé que les quarante-neuf personnes bloquées à bord du Sea-Watch 3 et du Professor-Albrecht-Penck, depuis leur sauvetage au large de la Libye les 22 et 29 décembre 2018, sont autorisés à débarquer à La Valette, la capitale maltaise. Ce qu’ils ont fait en début d’après-midi.

A l’issue de longues négociations ayant impliqué des responsables au plus haut niveau dans les Etats membres de l’Union européenne (UE), la majorité des rescapés seront désormais répartis dans neuf pays. Après un long bras de fer, Malte a aussi obtenu d’ajouter 131 migrants sauvés par ses garde-côtes dans les derniers jours de décembre 2018.

Si un retournement diplomatique est toujours possible dans ce dossier sensible, ce sont donc près de 180 migrants qui devraient être répartis, dont soixante en France et autant en Allemagne. Le Portugal devrait en prendre vingt et l’Italie quinze, confirmant que Rome maintient discrètement une politique d’accueil, malgré les provocations du ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini. Les Pays-Bas et le Luxembourg devraient en accueillir six chacun.
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La Belgique a finalement renoncé, a confirmé au Monde le porte-parole du premier ministre, Charles Michel. Parce que son gouvernement en est réduit aux affaires courantes, et surtout parce qu’elle ne juge pas utile de soulager Malte « alors que la situation est bien plus difficile en ce moment pour l’Espagne et l’Italie ».

« C’est un miracle »

Les services d’asile des pays respectifs devraient se rendre dans les prochains jours en centre d’accueil fermé à Malte, pour sélectionner les demandeurs d’asile. Le premier ministre maltais, Joseph Muscat, a par ailleurs assuré lors d’une conférence de presse, mercredi matin, que « l’UE va envoyer ses experts pour faciliter un retour expéditif dans leur pays après un processus en bonne et due forme de quarante-quatre Bangladais qui faisaient partie des 249 personnes qui sont déjà dans notre pays ».

Le renvoi dans leur pays des rescapés ne relevant pas d’un besoin de protection internationale, a été un point important des négociations pour Malte. Ces derniers mois, l’île a, en effet, dû gérer des personnes secourues en mer auxquelles les Etats membres de l’UE n’avaient, finalement, pas souhaité accorder l’asile. Toutefois, présumer de la non-légitimité des Bangladais à l’obtenir, avant même d’avoir examiné leur situation individuelle, peut surprendre du point de vue du droit. En 2017, le taux de protection des ressortissants de ce pays d’Asie s’est élevé en première instance à 18 % dans l’UE.

Ces dernier jours, au large des côtes maltaises, la situation à bord des deux bateaux affrétés par des ONG allemandes se dégradait, alors qu’ils étaient dans l’impossibilité d’accoster. « On a des cas de personnes qui refusent de s’alimenter ou de boire, certains menacent d’entamer une grève de la faim, un homme ne prend plus son traitement médical alors qu’il a besoin de soins, énumérait, mardi, Giorgia Linardi, porte-parole de l’ONG Sea-Watch, qui a recueilli trente-deux migrants au large de la Libye le 22 décembre. C’est un miracle que la situation tienne toujours. » Parmi les trente-deux personnes secourues par le Sea-Watch 3, majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne, mais aussi de Libye et d’Egypte, figurent sept mineurs, dont un enfant de onze mois.

Après les sauvetages, ni l’Italie, ni l’Espagne, ni Malte n’avaient accepté de les laisser accoster. Depuis l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Italie, en juin 2018, les activités des ONG sont considérablement entravées. L’Aquarius, navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontière, a dû jeter l’éponge début décembre.
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Même si d’autres ONG continuent leur activité, chaque bateau de sauvetage ou presque doit désormais attendre que l’Europe parvienne à s’entendre pour être autorisé à accoster. Depuis la fermeture des ports italiens, Malte, le plus petit pays de l’UE, se retrouve en première ligne et s’estime débordé, avec 1 500 arrivées pour 460 000 habitants.

L’Espagne dit atteindre ses limites

Alors même que les flux migratoires ont plongé en 2018 du fait notamment d’accords contestés avec la Libye, chaque sauvetage se transforme en mini-crise diplomatique européenne. Les solutions adoptées à Bruxelles en juin n’ont, en effet, jamais pu être mises en place faute de pays candidats pour accueillir les « plateformes de débarquement » et les « centres coordonnés » destinés à héberger les personnes recueillies en mer avant qu’elles soient réparties ailleurs en Europe.

La Commission européenne en est réduite à négocier d’arrache-pied pendant des heures avec chaque exécutif européen pour obtenir une solution. Dans les pourparlers, l’Espagne, qui était jusqu’alors parmi les pays les plus ouverts, a ainsi fait savoir qu’elle atteignait ses limites alors que le détroit de Gibraltar est devenu la première voie d’entrée des migrants vers le Vieux Continent ; pas moins de 138 882 sont arrivés en Europe en 2018, le chiffre le plus bas des cinq dernières années. Dans le même temps, 2 275 personnes sont mortes ou ont disparu en mer.

Le Monde, par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) , Jean-Baptiste Chastand , Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen) et Julia Pascual, le 9 janvier 2019 

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