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Veille Europe L'actualité européenne sur l'asile et l'immigration vuepar France terre d'asile
du 1er au 15 janvier 2020

Malgré le renforcement des opérations de surveillance franco-britannique, le nombre d’interceptions dans la Manche a quadruplé au cours de l’année 2019. Cette augmentation traduit les craintes des personnes migrantes à l’approche du Brexit et fait le jeu des filières de passeurs.

 

Article Manche c GrahamAndDairne
© GrahamAndDairne


Selon les chiffres officiels, 2 358 personnes ont été secourues en 2019 en tentant de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, principalement depuis le port français de Calais, contre 586 pour toute l’année 2018. 1 800 personnes seraient quant à elles parvenues à atteindre les côtes britanniques, soit six fois plus que l’année précédente. Cette augmentation survient alors que les opérations de surveillance de la Manche ont été renforcées par un accord signé conjointement par la France et le Royaume-Uni en septembre, qui a mené au doublement des patrouilles sur les plages françaises, au déploiement de drones de surveillance, de véhicules spécialisés et de matériel de détection. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, 55 % des personnes ayant entrepris la traversée auraient ainsi été interceptées en 2019.

Pour François Gemenne, chercheur à l’Université de Liège, l’approche du Brexit, fixé au 31 janvier 2020, et l’incertitude qui l’accompagne, constituent la première cause de l’augmentation des tentatives de passage. Il explique en effet que « beaucoup de migrants craignent qu’il soit plus difficile après de rejoindre l’Angleterre et tentent leur va-tout », malgré la dangerosité des routes qui ont fait leur quatre premières victimes en 2019. Si ce scénario reste selon lui très hypothétique, les filières de passeurs et de trafiquants d’êtres humains s’emploient de leur côté à le diffuser pour inciter davantage de personnes à entreprendre le voyage dans les semaines à venir.

Les mineurs isolés étrangers sont tout particulièrement concernés: le 19 décembre, le Premier ministre britannique Boris Johnson a en effet annoncé devant le Parlement que l’actuel système de réunification familiale prendrait fin après le Brexit, faisant ainsi fi de la promesse faite par sa prédécesseure Theresa May de conclure un accord avec l’UE sur ce sujet une fois le pays sorti de l’Union européenne. Selon des ONG telles que Care4Calais ou Safe Passage, une telle mesure risque d’augmenter le nombre de traversées illégales et dangereuses de mineurs actuellement bloqués dans les camps surpeuplés en Grèce et en Italie et souhaitant rejoindre le Royaume-Uni.


Article publié le 08/01/2020