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Après 19 jours d’attente, les personnes secourues par l’Open Arms ont finalement débarqué à Lampedusa

Dans la soirée du mardi 20 août, le procureur d’Agrigente en Sicile a ordonné le débarquement des 83 personnes encore présentes sur l’Open Arms, alors que la situation à bord devenait « hors de contrôle ».

Cela faisait 19 jours que le navire de l’ONG Proactiva Open Arms était bloqué en mer Méditerranée avec à son bord 147 personnes secourues au large de la Libye. Le navire s’était en effet vu opposer le refus de Matteo Salvini d’accoster dans un des ports italiens, conformément au « décret sécurité bis » adopté début août. Celui-ci prévoie notamment de condamner tout navire de sauvetage pénétrant sans autorisation dans les mers territoriales italiennes à une amende allant de 150 000 à 1 millions d’euros, à la saisie du navire et à l’arrestation de son capitaine.

 

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Le mercredi 14 août, une première sortie de crise semblait se profiler, le navire ayant obtenu l’autorisation de la justice administrative italienne de pénétrer dans les eaux territoriales, et six pays européens – la France, l’Allemagne, la Roumanie, le Portugal, l’Espagne et le Luxembourg – ayant accepté de se répartir les personnes à bord. Pourtant, et malgré ce revers administratif et diplomatique, Matteo Salvini a émis une nouvelle interdiction d’accoster à l’Open Arms. Il ne cédera finalement que sur le cas des 27 mineurs isolés étrangers, autorisés à débarquer le samedi.

La situation à bord était alors devenue « hors de contrôle » selon Pro Activa, l’ONG alertant sur l’exacerbation des tensions entre les personnes restées à bord liées à la promiscuité, l’incertitude et l’état de « stress post-traumatique très élevé ». Inquiets et désespérés, une dizaine de migrants étaient même allés jusqu’à se jeter à la mer ces trois derniers jours afin de tenter de rejoindre les côtes à la nage. Face à l’impasse dans laquelle se trouvait le navire, l’Espagne avait alors proposé au navire d’accoster à Algesiras, solution jugée « irréalisable » par l’équipage compte tenu de la distance à parcourir, avant de décider d’envoyer mardi un navire militaire afin de récupérer les personnes restées à bord.

Mais c’est finalement la décision du procureur d’Agrigente qui mettra fin à ces semaines d’incertitude. Après une inspection de la police judiciaire et de deux médecins effectuée au cours de la soirée du 20 août, celui-ci a en effet jugé que la situation sanitaire à bord avait atteint un niveau inquiétant et exigeait le débarquement immédiat de ses rescapés. Ils ont ainsi pu débarquer la nuit même à Lampedusa, et seront désormais répartis dans l’un des six pays de l’accord de répartition, dont 40 en France. Le procureur a par ailleurs ordonné la mise sous séquestre préventive du navire dans le cadre d’une enquête contre X pour séquestration de personnes, omission et refus d’actes officiels, une enquête qui pourrait cibler Matteo Salvini.

Si l’Open Arms a finalement pu débarquer, un autre bateau de sauvetage attend toujours un port où accoster. L’Océan-Viking, navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières et avec à son bord 356 personnes secourues en Méditerranée, a d’ores et déjà essuyé deux refus de la part de Malte et reste depuis dix jours sans réponse de l’Italie.
 
L’Aquarius, le Sea-Watch 3, l’Open Arms et maintenant l’Ocean-Vikings, les situations se suivent et se ressemblent malheureusement tragiquement. Face à un Matteo Salvini qui « impose le cas par cas à l’Europe » comme le dénonçait le directeur général de France terre d’asile Pierre Henry, l’Union européenne semble plongée dans un profond immobilisme : « Il n’y a plus de force de sauvetage en Méditerranée, […] il n’y a pas d’accord de répartition entre les 27 pays membres ». Alors que la Méditerranée est devenue la route la plus meurtrière du monde avec plus de 800 personnes disparues depuis le début de l’année (OIM), celui-ci exhorte dès lors l’Espagne, Malte, la France et les puissances méditerranéennes à « trouver une réponse commune à cette crise que traverse l’Europe », « sinon ce sont nos valeurs qui se noient en Méditerranée ».

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