Main menu

Bosnie : plus de 1 000 migrants transférés dans le camp de Vucjak, l’ONU craint une "urgence humanitaire"

info migrant

Plus de 1 000 personnes ont été emmenées dans le camp informel de Vucjak, dans le nord-ouest de la Bosnie, en deux jours. Lundi, le Premier ministre du canton d’Una Sana a annoncé que tous les migrants se trouvant hors d’un centre d’accueil seraient transférés dans ce centre installé sur une ancienne décharge.

 

La scène rappelle les cortèges de migrants qui traversaient les Balkans durant l’été 2015. Dans une vidéo publiée mardi 16 octobre par le site USK info, des centaines de jeunes hommes marchent en rang deux par deux, au bord d’une route de montagne en direction du camp de Vucjak.

En deux jours – lundi 14 et mardi 15 octobre – 1 500 migrants ont été transférés vers ce camp informel installé en juin 2019 sur une ancienne décharge de produits chimiques à une dizaine de kilomètres de la ville de Bihac.

Lundi, les autorités du canton d’Una Sana, au nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, ont annoncé que tous les migrants se trouvant dans des hébergements non-officiels, des squats ou tout simplement dans l’espace public serait envoyés dans le camp de Vucjak.

"L’objectif de cette mesure est de permettre un retour à la normale pour les citoyens et d’éviter des problèmes que nous avons observé tels que la mendicité, le vagabondage, les actions criminelles et les cambriolages", a indiqué Ale Šiljdedić, porte-parole du Premier ministre du canton d’Una-Sana, cité par le site d’information Dnevnik.

De son côté, Nermin Kljajic, le ministre de l’Intérieur du canton, a assuré au quotidien Avaz que la situation se dégradait "de jour en jour" alors que le flux de migrants arrivant dans le canton est en augmentation. "Nous avons de plus en plus de migrants à l’extérieur des centres d’hébergement car tous les centres sont pleins", a-t-il ajouté.

 

"Proposer Vucjak comme solution, ce n’est pas une solution"

"Il est vrai qu’on a vraiment un manque de lits officiels et la question est devenue très urgente", reconnaît de son côté Peter Van Der Auweraert, représentant de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en Bosnie, contacté par InfoMigrants. Selon lui, l’OIM et Union européenne (UE) sont prêtes à financer de nouveaux centres d'hébergement mais "les décisions politiques au niveau central [autorisant l’ouverture] ne sont pas prises".

"Je comprends le désespoir des autorités du canton d’Una Sana qui sont confrontées au grand nombre de migrants […] Mais proposer Vucjak n’est pas une solution", souligne le représentant de l’OIM.

Situé au milieu d’une forêt, sans eau courante, ni électricité, le campement accueillait déjà début octobre entre 600 et 700 personnes. Depuis son installation en juin par la municipalité de Bihac, l’OIM, les Nations unies et l’UE ont jugé que le camp était "inapproprié à l’accueil d’êtres humains". Le sol du camp contient en effet des poches de méthane et présente un risque d’incendie. Par ailleurs, des champs de mines anti-personnelles datant du conflit des années 1990 se trouvent à proximité du camp.

 

Urgence humanitaire

Les arrivées de mardi ont fait exploser ce nombre et les migrants seraient désormais environ 2 000. Cet afflux de population a contraint la Croix rouge de Bihac, qui gère le camp et assure la distribution de deux repas par jour, à installer des personnes dans les tentes qui servaient jusque-là de cantine, a expliqué à USK info le secrétaire de la Croix-Rouge de Bihac, Selam Midzic.

Mais la présence de la Croix rouge ne va pas durer. Le maire de Bihac Suhret Fazlic a annoncé mardi que la municipalité cessera de fournir de l’aide au camp à partir du 21 octobre. De son côté, Selam Midzic affirme à InfoMigrants que son équipe pourrait également quitter le camp si la situation devient trop délicate par l'arrêt de la distribution d'eau potable et du ramassage des déchets. la décision sera prise dans les prochains jours.

Les Nations unies avaient déjà jugé la situation de Vucjak "particulièrement alarmante" au regard de l’aide nettement insuffisante que recevait les migrants et, ce, bien avant que des centaines de personnes supplémentaires y soient transférés.

"Cette décision, si elle est appliquée, ainsi que la réinstallation de nouvelles personnes [dans le camp], risquent de provoquer une urgence humanitaire sur le site de Vucjak", mettent en garde les Nations Unies.

Depuis janvier 2018, 45 000 migrants ont été enregistrés en Bosnie. Environ 7 500 se trouvent actuellement dans le pays.

 

InfoMigrants, par Julia Dumont, publié le 18/10/2019

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir