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Italie: l’impact du «décret Salvini» se fait sentir sur l’économie locale

RFI presse

 

Aux prochaines élections européennes en Italie, c'est le parti nationaliste de Matteo Salvini qui est favori. La Ligue, dont le ministre de l'Intérieur italien est le chef de file, caracole à plus de 30 % des sondages. À Scanzano Jonico, ville maraîchère du sud de l’Italie, l’Église est entrée en résistance contre la loi sur la sécurité et l'immigration, surnommée « décret Salvini ».

Ici, tout le monde connait Don Antonio, le curé « qui combat », comme il dit. En route vers le petit centre d’accueil pour migrants qu’il a ouvert en 2015, Don Antonio est amer. Le discours anti-immigration de Matteo Salvini s'est enraciné pour plusieurs raisons, selon lui.

« Malheureusement en Italie, les choses ont été très mal gérées. Déjà, il y a de très grands centres qui ont été construits, moi je suis contre cela, parce que c’est impossible d’intégrer 100-150 migrants dans un petit village.
Et puis, il y a des gens qui ont vu dans l’accueil de migrants une opportunité pour en faire un business. Parce que si tu prends les 30 euros par jour qui sont distribués par l’État pour chaque migrant, et que tu multiplies par 150, ça commence à faire beaucoup d’argent, donc forcément il y a des mécanismes pervers qui se sont instaurés avec des conditions d’accueil très dégradées…
En plus de ça, même si la France ou l'Allemagne ont accueilli des migrants, dans plusieurs situations d'urgence humanitaires, l'Italie est restée seule. Donc les Italiens ont eu la perception que l'Europe les abandonnait. Forcément, ça a renforcé Salvini... Si la Ligue fera un bon score aux élections européennes, c'est parce qu'ils ont réussi à surfer sur ces problèmes.
»

 

Les assistants sociaux contraints de travailler bénévolement

Derrière un petit portail en bois, une jolie cour arborée, où sèche le linge et traînent des jouets. Ici sont hébergés 14 migrants, essentiellement des femmes nigérianes et leurs quatre enfants de moins de deux ans.

Liliana est assistante sociale. « On s’occupe de faire les courses, d'accompagner les femmes au centre médical si besoin, en préfecture pour les papier, on aide un peu dans tout, explique-t-elle. Mais depuis qu’il y a eu les nouvelles directives, on a dû redimensionner notre budget. On est plusieurs assistantes sociales et un professeur d’italien… on a tous dû réduire nos horaires. Du coup, aujourd’hui, on fait beaucoup d’heures bénévolement. »

Dans la région, en seulement deux mois, 250 personnes qui travaillaient dans les centres d'accueil ont perdu leur emploi à cause du décret Salvini, qui a réduit de moitié les aides financières. Don Antonio, un bébé dans les bras, dénonce les effets pernicieux de ce décret. « Ce qu'il y a d’encore plus grave avec ce décret, affirme-t-il, c’est que maintenant, tous ceux qui n’ont plus le permis de séjour humanitaire, et qui pouvaient donc travailler légalement, doivent immédiatement quitter les centres d’accueil. Vu qu’ils ne sont pas rapatriés, ils se retrouvent à la merci des réseaux criminels. Maintenant qu’ils sont sans ressources, ils travaillent même pour très peu d'argent et illégalement. »

 

Un impact négatif sur l’économie locale

Non loin du centre, Angelo, ouvrier dans le bâtiment, ferme boutique. « On est la région qui se dépeuple le plus, déplore-t-il. Il n’y a pas beaucoup de travail. Moi j’ai refait tout le système électrique d’un hôtel d’un village voisin qui accueillait 10 migrants. L’accueil des migrants, ça lui permettait de rester ouvert. »

Selon Pietro Simonetti, coordinateur régional de l’Immigration en Basilicate, l’impact du décret Salvini sur l’économie locale commence déjà à se faire sentir. « L’instrumentalisation politique du phénomène migratoire, qui est très positif pour le pays, provoque maintenant des mouvements de protestation de la part des employeurs, surtout des agriculteurs, qui manquent de travailleurs. »

Si la fermeture des frontières européennes reste l'une des propositions phare de Matteo Salvini aux Européennes, il semble ces derniers jours avoir réorienté sa campagne sur les questions économiques. L'Italie est le seul pays de l'Union européenne à être en récession, l'emploi et le pouvoir d'achat sont donc au coeur des préoccupations des électeurs qui iront voter le 26 mai prochain.

 

Par RFI, Carlotta Morteo, le 22/04/2019

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