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La France continue d’expulser des ressortissants soudanais vers Khartoum

info migrant

Depuis le début de l’année, cinq Soudanais ont été expulsés de France. En 2018, ils étaient 12. Les ONG et associatifs ne cessent de s’alarmer face à ces éloignements forcés vers un pays où la situation politique, malgré la chute d’Omar el-Béchir, est jugé instable.

Mohamed* attend dans l’angoisse son éventuelle expulsion vers Khartoum. Actuellement enfermé dans le centre de rétention administrative (CRA) de Coquelles, dans le Pas-de-Calais, ce Soudanais d’une vingtaine d’années, sait que son vol retour peut arriver à tout moment.

Le jeune homme, sous le coup d’une OQTF , n’a pas obtenu l’asile. "Il peut donc être renvoyé vers le Soudan à tout moment", explique une militante d’aide aux sans-papiers qui tente de lui venir en aide. "Il a déposé un recours à la CNDA, mais ce recours n’empêchera pas les autorités de le mettre dans un avion […] Il vit dans l’angoisse permanente d’être réveillé et emmené de force à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle", continue la militante qui confesse son désarroi. "On ne sait pas trop quoi faire".

 

En 2018, 12 Soudanais ont été expulsés par la France vers Khartoum

Si son renvoi se confirme, Salah ne sera pas le premier à être renvoyé dans son pays cette année. En cinq mois, l’ONG France terre d’asile a déjà recensé cinq expulsions depuis les centres de rétention administrative français. Un chiffre que ne confirme pas le ministère de l’Intérieur qui déclare ne pas "communiquer de bilan infra-annuel". Tous ont été renvoyés vers Khartoum.

Bien que le régime du dictateur Omar el-Béchir soit tombé en avril 2019, la situation au Soudan ne permet pas de garantir la sécurité des rapatriés de force, s’inquiètent les ONG.

Reste que les expulsions vers le Soudan n’ont jamais été suspendues. Ni pendant le règne d’Omar el-Béchir, ni après sa chute. "Il n’y a jamais eu de moratoire", rappelle Amnesty International.

Ainsi, en 2018, 12 Soudanais ont été éloignés sous contrainte vers leur pays d'origine, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Et ils étaient 10 en 2017.

 

Expulsions "par ricochet"

Si le chiffre de 12 éloignements forcés en 2018 peut paraître faible – en comparaison avec le taux d’obtention d’une protection par les demandeurs d’asile soudanais qui s’élevait à 60% l’année dernière - les ONG considèrent qu’il ne reflète pas la réalité. "Il y a les expulsions directes et les expulsions par ricochet", rappelle la Cimade.

En clair, l’ONG d’aide aux étrangers dénonce les éloignements de centaines de Soudanais vers les autres États de l’Union européenne - responsables de leur dossier en raison de leur statut de dubliné – et qui pratiquent eux aussi les renvois vers le Soudan. C’est notamment le cas de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Italie et la Suède, qui ont signé des accords bilatéraux avec Khartoum.

Ainsi, l’année dernière, 861 Soudanais ont été éloignés vers d'autres États de l’UE, a indiqué le ministère de l’Intérieur. Combien, parmi eux, seront renvoyés au Soudan "par ricochet" ? Difficile de savoir.

"Mon cousin a été expulsé, et aujourd’hui, il a disparu"

Reste que le sujet est sensible. En avril dernier, le New York Times avait révélé qu’un ressortissant soudanais avait été torturé par Khartoum après avoir été expulsé par la France. Le dissident expulsé affirmait également "avoir reçu la visite d’émissaires du régime lorsqu’il était en centre de rétention" en France.

Contactée par InfoMigrants, Lubna Nassar, une avocate spécialisée dans le droit des étrangers, confirme les zones d’ombre qui suivent les expulsions. "Je défends beaucoup de Soudanais à la CNDA. L’un d’entre eux est particulièrement anxieux : il m’a dit que l’un de ses cousins avait été expulsé par la France l’année dernière, et que depuis son retour au pays, il n’a plus de nouvelles. Il a disparu".

Reçu au ministère de l’Intérieur, le mois dernier, l’ONG France terre d’asile a réitéré ses craintes quant à la sécurité des ressortissants soudanais renvoyés dans leur pays d’origine. "Nous avons rappelé au gouvernement que les renvois vers Khartoum n’étaient pas une bonne idée", a déclaré Pierre Henry, son président.

 

Par InfoMigrants, Charlotte Boitiaux, le 17/05/2019

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