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Veille Europe L'actualité européenne sur l'asile et l'immigration vuepar France terre d'asile
du 1er au 15 mars 2020

Pour obtenir le soutien de l’Union européenne (UE) dans son offensive en Syrie, le Président turc Recep Tayyip Erdoğan a décidé de ne plus retenir les personnes réfugiées présentes en Turquie en ouvrant les frontières, déclenchant l’indignation des autorités et des citoyens grecs.

 

Article Grèce Julian Nyča

© Julian Nyča

Le poste-frontière d’Edirne à la frontière gréco-turque

 

Des milliers de personnes réfugiées en Turquie tentent, dans la précipitation, de rejoindre l’UE en passant par la Grèce depuis la matinée du 28 février et l’annonce du Président turc d’ouvrir la frontière avec la République hellénique. Alors qu’Ankara affirme que 76 000 personnes ont d’ores et déjà traversé la frontière, les autorités grecques disent en avoir arrêté près de 10 000 dans les premières 24 heures suivant la décision turque, principalement sur les rives du fleuve Evros, au nord-est du pays. Par ailleurs, 13 000 personnes attendraient du côté turc de la frontière dans l’espoir de passer en Grèce, selon des chiffres de l’OIM. Entre le 1er et le 2 mars, 1 000 personnes seraient également arrivées par la mer sur les îles de Lesbos, Chios, Leros, Kos et Samos. Compte-tenu de la situation, le gouvernement grec a renforcé la surveillance à la frontière en réquisitionnant l’armée et a fait appel à l’agence de protection des frontières de l’UE, Frontex, qui s’est également déclarée en « état d’alerte ».

Inquiète, Athènes a déclaré le 1er mars qu’aucune demande d’asile ne serait acceptée au cours du prochain mois, en invoquant l’article 78.3 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et en appelant à la solidarité européenne. De plus, les personnes ayant traversé la frontière illégalement encourent désormais « jusqu’à 4 ans d’emprisonnement, 17 ressortissants afghans ayant été condamnés le 29 février à 3 ans et demi de prison après un procès sommaire. Le 2 mars, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a publié un communiqué de presse dans lequel il condamne la décision du gouvernement grec en affirmant « qu’aucun texte ne fournit de bases juridiques pour la cessation temporaire de la prise en charge des demandes d’asile ».

Cette augmentation des arrivées – « seules » 3 992 personnes avaient rejoint la Grèce par voie terrestre en janvier 2020 – a déjà eu des conséquences tragiques. Les nombreux heurts qui ont éclaté aux abords de la frontière entre les exilés et les forces de l’ordre auraient causé, selon le gouvernement turc, la mort d’un syrien – ce que démentent formellement les autorités grecques – et le naufrage au large de l’île de Lesbos d’une embarcation qui comptait une cinquantaine de personnes à son bord a mené à la mort d’un enfant le 2 mars. La situation est désormais extrêmement électrique : les habitants de Lesbos, qui manifestent depuis plusieurs semaines leur mécontentement face à la surpopulation des îles égéennes, ont notamment empêché un bateau de 50 personnes d’accoster et ont mis le feu à un centre d’accueil inoccupé le 1er mars.

Alors que l’Allemagne a rappelé au Président Erdogan ses engagements pris dans le cadre de l’accord avec l’UE en 2016, plusieurs pays de la route des Balkans ont affirmé leur intention de rendre leurs frontières encore plus hermétiques, à l’image de l’Autriche, de la Hongrie, ou de la Serbie. De son côté, l’UE s’est dit prête à aider inconditionnellement la Grèce ainsi que la Bulgarie, également en première ligne du fait de sa frontière partagée avec la Turquie. Le 3 mars, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis 700 millions d’euros à Athènes pour « faire face à l’afflux de milliers de migrants », tandis que le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la sécurité Josep Borrell a annoncé la tenue prochaine d’un Conseil des Affaires étrangères de l’UE extraordinaire à la demande du ministre des Affaires étrangères grec.

Voir ici notre dernier article publié le 28/02/2020 sur la situation à la frontière entre la Grèce et la Turquie.

Article publié le 03/03/2020