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Les demandeurs d’asile ne pourront plus effectuer de retrait avec leur carte

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À partir de septembre, la carte de retrait permettant de recevoir l’Allocation pour demandeur d’asile va devenir une carte de paiement. Les associations dénoncent ce changement.

Annoncée au cœur de l’été, la nouvelle a surpris tout le monde. Le 23 juillet, dans une lettre adressée aux gestionnaires d’établissements d’accueil des migrants, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) a annoncé que la carte bancaire permettant le paiement mensuel de l’Allocation pour demandeurs d’asile (ADA) allait changer de fonctionnement de manière assez radicale.

 

Plus de retraits en liquide mais jusqu’à 25 achats par mois

Versée à tous les demandeurs d’asile pendant la durée de la procédure, l’ADA varie selon la composition familiale. Elle se monte à 6,80 € par jour (soit 222 € par mois) pour une personne seule, montant qui peut être abondé si la personne ne dispose pas d’un toit gratuit, pour atteindre 426 € par mois. Selon l’Ofii, en 2018, l’ADA a été versée à 130 000 personnes pour un montant annuel de 417 millions d’euros.

Actuellement, une carte, remise à chaque bénéficiaire, permet de toucher l’argent en effectuant jusqu’à cinq retraits mensuels d’espèces en guichet bancaire. À compter du 5 septembre, a annoncé l’Ofii, cette carte va se transformer exclusivement en carte de paiement et n’autorisera plus que des achats chez les commerçants équipés d’un terminal. « Elle permettra gratuitement 25 paiements, dans la limite de son solde, précise l’Ofii sur son compte Facebook. Au-delà, il sera décompté 0,50 € par opération. »
Pour motiver ce changement des modalités du versement, Didier Leschi, le patron de l’Ofii, explique que « la manipulation d’argent liquide expose le demandeur d’asile à des phénomènes comme le vol ou le racket. » L’emploi possible de l’allocation pour d’autres usages que les besoins quotidiens, comme le remboursement d’une dette aux passeurs ou l’envoi d’argent au pays, apparaît également problématique.
« Il s’agit aussi, complète Didier Leschi, de contourner l’impossibilité pour les bénéficiaires de retirer moins de 10 € en fin de mois car les distributeurs ne délivrent pas de billets inférieurs à cette somme », ajoute-t-il. Il assure que le changement se base sur le « succès » de l’expérimentation de cette nouvelle carte en Guyane, ainsi qu’à Saint-Martin et Saint-Barthélémy.


« Cela va compliquer inutilement la vie des demandeurs d’asile »

« Ce n’est pas sérieux, tempête Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile. On ne peut pas annoncer une réforme comme ça sans concertation préalable car cela va compliquer inutilement la vie des demandeurs d’asile ». Il a cosigné avec les dirigeants de la Fédération des acteurs de solidarité, de Forum réfugiés Cosi, de Coallia et du Centre d’action sociale protestant, une lettre pour dénoncer la réforme.
« Cette mesure va à l’encontre du besoin de liquidités pour les actes de la vie quotidienne (achats alimentaires en marché, boulangerie, paiement à l’unité de tickets de transports, laveries, cantines scolaires, 50 centimes demandés par certains accueils de nuits du 115, etc.) », détaille la lettre adressée à l’Ofii et à la Direction générale des étrangers.
De plus, ajoute le courrier, « dans certains commerces (…), il n’est pas possible de régler ses achats en carte de paiement, ou alors avec un seuil de paiement élevé (en moyenne un minimum de 10 €), ce qui n’est pas compatible avec les faibles ressources de nos usagers et la limitation du nombre de paiement au mois. » C’est pourquoi les associations demandent aux autorités « de surseoir à l’application de la réforme tant qu’une solution alternative n’a pas été trouvée ».


« Sur le principe la décision est prise »

« Depuis que l’info est passée, il n’y a pas une journée sans qu’un demandeur d’asile ne me contacte pour en savoir plus, ils sont tous paniqués par le changement à venir », estime ainsi David Torondel, président de la Ligue des droits de l’homme de Quimper, qui accompagne des migrants. « Près de la moitié des demandeurs d’asile ne se voient proposer aucune solution d’hébergement et ils n’ont pas d’autres choix que d’aller dans des hébergements d’urgence, où il est parfois demandé un paiement symbolique, ou dans des colocations, où le paiement se fait en liquide ». Il a lancé une pétition sur change.org, qui, en deux jours, a dépassé les 2200 signatures, pour demander « d’annuler ce changement de fonctionnement ».
Une réunion avec les associations qui accueillent des demandeurs d’asile est prévue mercredi 7 août après-midi. Toutefois, rappelle Didier Leschi, « l’Ofii suit les orientations fixées par l’État et sur le principe la décision est prise. Toutefois, il faut voir si son application se fera le 5 septembre ou si, pour des raisons techniques, elle doit être retardée. »

La Croix, par Nathalie Birchem, le 07/08/2019

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