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Mariages forcés : l'Europe peine à garantir la protection aux femmes afghanes

info migrant

En Afghanistan, la persécution des femmes par le mariage forcé est une réalité quotidienne. Si certaines parviennent à s'échapper pour partir en Europe, obtenir le droit d'asile pour cette raison n'est pas évident.

Nous sommes en 2009, lorsqu'au terme d'une longue lutte des défenseurs des droits de l'homme, le Parlement afghan vote une loi condamnant les violences faites aux femmes. L'ambition était alors de s'attaquer aux crimes comme les viols, les agressions à l'acide et les mariages forcés. 10 ans plus tard, des jeunes filles sont toujours mariées de force, des femmes peuvent servir de remboursement pour des dettes de la famille et les "crimes d'honneur" font partie du quotidien dans le pays.

Les mariages forcés et les mariages de mineures sont qualifiés de "pratiques traditionnelles néfastes" par les Nations unies et sont contraires au droit international et à la loi en Afghanistan.

Pour autant, en Europe, obtenir l'asile en invoquant la menace d'un mariage forcé ne va pas de soi. Dans certains cas, les autorités manquent de connaissances sur ces violations des droits de l'homme. Dans d'autres cas, elles estiment qu'une femme ne court pas de risque réel si elle est renvoyée en Afghanistan.

Souvent, la décision dépend du niveau de qualification des personnes qui la prennent, affirme Abdul Wahab Wahedi, un avocat basé à Darmstadt en Allemagne. "Il y a des cas dans lesquels les autorités vont dire 'je ne vous crois pas, ça ne peut pas être aussi dangereux que ce que vous prétendez."

 

Gul Meena

En 2017, le monde apprenait l'existence de Gul Meena, une jeune femme pachtoune victime d'un crime d'honneur, qui a réussi à échapper à la mort de justesse. Les images de son visage marqué de cicatrices avaient fait le tour du monde. Son propre frère avait mutilé son visage avec le tranchant d'une hache.

Gul Meena a été mariée de force au Pakistan à l'âge de 13 ans, devenant la troisième femme d'un homme qui la frappait quotidiennement. Mais lorsqu'elle raconte ce qui lui arrive à sa famille, elle est à nouveau passée à tabac.

Après cinq années d'horreur, Gul Meena finit par rencontrer un jeune Afghan qui lui permet de prendre la fuite et de traverser la frontière pour rejoindre l'Afghanistan et la ville de Jalalabad. C'est sans compter sur son frère, qui la traque, la frappe à l'aide d'une hache et tue son ami.

Gul Meena passera deux mois à l'hôpital avant de se retrouver dans un refuge pour femmes à Kaboul. Sa famille la renie. Cinq ans plus tard, âgée de 18 ans, elle prend ses affaires, obtient le statut de réfugié de l'ONU et part en Suède pour y refaire sa vie.


Rohullah

Si Gul Meena a réussi à demander la protection de l'ONU au Pakistan, la plupart des femmes en Afghanistan n'ont aucune porte de sortie et aucun moyen de faire une demande d'asile.

Rollullah, 25 ans, fait partie des rares femmes qui sont parvenues à se lancer sur la route vers l'Europe. Elle est arrivée au Danemark en 2015 après avoir échappé à un mariage forcé avec son oncle qui la violait en Afghanistan.

Au Danemak, Rohullah raconte cette histoire aux services d'immigration, mais sa demande d'asile est d'abord rejetée. Il faudra attendre deux ans avant qu'une cour d'appel danoise se prononce en faveur de la jeune femme. La justice danoise confirme alors que Rohullah court le risque d'être maltraitée si elle rentre en Afghanistan et que l'Etat afghan n'est pas en mesure de la protéger.

 

Lima

Lima est une autre jeune femme afghane a connu les mêmes difficultés pour prouver qu'elle peut prétendre au statut de réfugiée en Europe. Elle a "commis l'erreur" de se marier avec l'homme qu'elle voulait au lieu d'attendre que la famille ne décide à sa place de l'identité de son futur époux.

Puis, "les choses ont très mal tourné", selon un témoignage recueilli par Asylos, une petite organisation caritative qui a aidé les avocats de Lima lors de sa demande d'asile.

" La pression sociale sur les jeunes femmes de se conformer à ce qui est vu comme un devoir envers la famille est énorme. Les femmes n'ont à la fin que deux options : s'y plier ou s'enfuir."
_ _ Asylos, Novembre 2019

Lima et son petit-ami avaient réussi à convaincre un mollah, un religieux local, à les marier en secret en échange d'une certaine somme d'argent. Mais lorsque sa famille l'apprend, sa vie est en danger. C'est là que Lima décide de tout quitter.

Son plan est de rejoindre son frère, qui vit déjà aux Pays-Bas. Mais celui-ci, apprenant la nouvelle sur son mariage, menace Lima de la renvoyer en Afghanistan.

La jeune femme part alors en Belgique. Là aussi, elle se retrouve devant une impasse. Son dossier est rejeté puisque le règlement de Dublin prévoit que la demande d'asile ne peut se faire que dans le pays par lequel une personne est entrée en Europe. Dans le cas de Lima, ce sont donc les Pays-Bas.

Tout comme Rohullah, Lima fait appel de cette décision avec le soutien d'un avocat. On apprend pendant les auditions que les autorités belges qui avaient mené les entretiens avec Lima étaient à peine au courant des risques encourus par les femmes afghanes qui s'opposent à leur famille.

Les autorités belges finissent par être convaincues du danger que représente un retour en Afghanistan. Lima finira par obtenir le droit d'asile.

 

InfoMigrant, par Marion MacGregor, traduction et adaptation : Marco Wolter, publié le : 01/03/2020

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