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Face à l’échec de Dublin, l’Allemagne propose d’externaliser la politique d’asile de l’UE

Lors du G6 qui s’est déroulé à Munich les 28 et 29 octobre, le ministre de l’Intérieur allemand H. Seehofer a appelé à une réforme de la politique d’asile de l’Union européenne (UE), proposant que les besoins de protection des demandeurs fassent désormais l’objet d’un premier examen aux frontières extérieures de l’Union.

 


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© Mstyslav Chernov


Selon M. Seehofer, qui s’adressait aux ministres de l’Intérieur français, italien, polonais et britannique lors de la réunion du G6, un groupe informel rassemblant les six États les plus peuplés de l’UE, il est désormais urgent que l’Union adopte un nouveau cadre réglementaire capable de réduire efficacement le nombre de demandeurs d’asile entrant en Europe. Constatant « l’échec » du règlement de Dublin, qui ne « peut plus constituer la base de la future politique d’asile de l’UE », il propose ainsi une « nouvelle philosophie », qui commencerait aux « frontières extérieures de l’Europe » où serait directement effectué un premier examen des besoins de protection. Seuls les demandeurs d’asile passant cette première étape seraient alors répartis entre un groupe de pays européens disposés à instruire les demandes, les autres devant être renvoyés dans leur pays d’origine par l’agence Frontex. Le Commissaire européen à la migration et aux affaires intérieures M. Avramopoulos a ainsi parlé de la tenue de « discussions constructives », et les pays européens présents se seraient mis d’accord sur la proposition.

Celle-ci a pourtant fait l’objet de fortes critiques en Allemagne. L’organisation de défense des droits des demandeurs d’asile Pro Asyl a notamment mis en garde contre toute atteinte à l’État de droit : avec la mise en place du système proposé par le gouvernement allemand, les personnes aux frontières extérieures de l’UE ne pourraient pas bénéficier d’une aide juridique, et il serait difficile de déposer un recours. La vice-présidente du Bundestag Claudia Roth (Alliance 90/Les Verts) s’inquiète quant à elle du risque d’aggravation de la situation humanitaire dans les camps déjà surpeuplés aux frontières de l’UE. De nombreuses questions restent par ailleurs en suspens, notamment celles des autorités compétentes et des règles communes qui devront déterminer, aux frontières extérieures, quelles personnes pourraient prétendre à une protection internationale.

 

Article publié le 04 novembre 2019