Sur l’avenue du président Wilson à Saint-Denis, à la lisière de la porte de la Chapelle, un nouveau centre d’accueil vient de voir le jour. Sa vocation : recevoir les migrants, qui vivent dans des conditions extrêmement précaires dans les nombreux camps de fortune et les squats, dans le nord de la capitale. Gérée par la Fondation de l’Armée du salut, la structure est ouverte sept jours sur sept de 8 heures à 19 heures. L’espace qui sent encore la peinture fraîche s’étend sur 2 000 m2. Il est constitué d’un accueil thé, café, d’une salle de repos et d’animation, et de permanences associatives. Dix toilettes et une douzaine de douches, ainsi qu’un service de buanderie, visent à assurer les besoins élémentaires du quotidien.

France terre d’asile, le Samu social de Paris, l’association Aurore ou encore Action contre la Faim, ont prévu d’apporter des aides sociales, des soutiens aux démarches administratives ainsi que des consultations en matière de santé ou d’addiction.

 

«Le plus autogéré possible»

Marie Cougoureux, coordinatrice pour la Fondation de l’Armée du salut, est au travail pour organiser au mieux la réception des nouveaux arrivants. Sur une table, à côté des kits d’hygiène et des produits de première nécessité, des petits sandwichs sont disposés. «Nous ne faisons pas de distribution alimentaire, mais parfois des bénévoles viennent nous apporter des surplus, des gâteaux.» Les capacités d’accueil sont fixées pour l’instant à une centaine de personnes par jour. «L’idée est que ce lieu soit le plus autogéré possible. Il faut qu’ils l’agencent comme ils le souhaitent. Hier, nous avons reçu beaucoup de réfugiés somaliens. Environ 150 tickets pour les douches ont été distribués. Aujourd’hui les réfugiés afghans commencent à arriver», poursuit la coordinatrice qui fait un appel aux bénévoles. «Toutes les associations sont invitées à partager ce lieu d’accueil inconditionnel pour les migrants les plus vulnérables. Nous allons mettre en place des cours de français, de musique ainsi qu’une cellule psychologique pour que ce soit un lieu d’apaisement.» 

En fin de matinée, la délégation de la mairie de Paris conduite par Anne Hidalgo arrive au centre, accompagnée d’élus du XVIIIarrondissement, de Saint-Denis et d’autres acteurs associatifs. «Malgré les interpellations que j’ai pu faire à l’Etat, la situation continue, déplore la maire de Paris. Chaque semaine, je viens Porte de la Chapelle, avec des élus, des associations et des riverains, pour faire le point. L’indignité n’est pas possible. La rue ne peut pas être une solution.» Selon la Ville de Paris, qui finance à hauteur de 170 000 euros ce projet (10 000 euros pour la Ville de Saint-Denis), entre 700 et 1 200 réfugiés dorment actuellement dehors, à proximité du périphérique. «Entre 15% et 20% de ces personnes sont des réfugiés statutaires. Ils ont le titre de réfugié, mais leur accompagnement n’est pas réalisé, faute de moyens mis en œuvre par l’Etat.»

Au début du mois d’avril, un camp d’au moins 400 personnes installé sous une bretelle de l’autoroute A1 a été évacué. Dans la foulée, Anne Hidalgo et douze autres maires de l’Hexagone lançaient un appel à l’Etat pour dénoncer la situation indigne des migrants à Paris et dans d’autres grandes villes françaises. «Cet accueil est le minimum, mais il va permettre aux personnes de gagner en liberté et en apaisement. Je me réjouis qu’il y ait à Paris et dans notre pays de la solidarité et des bénévoles qui tendent la main et qui refusent d’être dans une vision d’affrontement, poursuit la maire de Paris. Beaucoup de riverains souffrent de cette situation inacceptable, mais il faut jeter des ponts, et au lieu d’une réponse violente, répondre par l’humanisme.»

 

«Une logique de gestion au coup par coup»

Les locaux de la halte humanitaire inaugurée ce vendredi appartiennent à la Compagnie de Phalsbourg, un propriétaire immobilier privé. L’entreprise a permis l’installation de la halte d’accueil jusqu’à la fin du mois d’août. La mairie de Paris et les acteurs associatifs s’efforcent déjà de trouver un nouvel endroit pour prendre le relais dès la fin de l’été. Madjid Messaoudene, conseiller municipal délégué à l’égalité des droits à Saint-Denis : «Ça coûte beaucoup plus cher d’ouvrir une structure pareille que de mettre en place des logements d’accueil pérennes. Nous sommes dans une logique de gestion au coup par coup. Avec la drogue, la prostitution, la pollution du périphérique, ne pas aider ces personnes relève de la non-assistance en danger. C’est bien que Paris et Saint-Denis se bougent, mais ce n’est pas suffisant.»

La halte humanitaire ne propose pas d’hébergement, mais apporte des conseils juridiques et administratifs pour mieux diriger les familles vers les structures adaptées. «La vraie question, c’est "que se passe-t-il pour ces personnes après 19 heures quand la halte ferme" ? Et malheureusement on sait très bien ce qu’il se passe», regrette l’élu en montrant d’un signe de tête la colline du crack, située à seulement quelques centaines de mètres du centre d’accueil. Adossé au périphérique, le bidonville, régulièrement évacué, est devenu un lieu de fixation du trafic et de consommation dans la capitale. La mairie de Paris a d’ailleurs prévu l’ouverture avant l’été d’un Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de Drogues (Caarud) et annoncé le 27 mai la mise en place d’un plan pour «accompagner les usagers» dont l’objectif est de lutter contre le trafic de crack.

 

Par Libération, Charles Delouche, le 31 mai 2019