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Veille Europe L'actualité européenne sur l'asile et l'immigration vuepar France terre d'asile
du 1er au 15 mars 2020

Se disant inquiètes de l’augmentation des arrivées sur l’île depuis l’annonce du président turc de ne plus retenir les réfugiés sur son territoire, les autorités chypriotes ont annoncé vouloir modifier leur politique d’asile.

 

Article Chypre c Christopher Rose

© Christopher Rose

 

L’île de Chypre, située dans la partie la plus orientale de la Méditerranée – au large des côtes turques et syriennes – est divisée en deux depuis 1974 : la République de Chypre, située au sud de l’île, est la seule reconnue internationalement et est membre de l’Union européenne depuis 2004, tandis que le nord est occupé par l’armée turque depuis l’autoproclamation de la République turque de Chypre du Nord en 1983, dont seul Ankara reconnait l’existence. Les deux territoires sont séparés par la « ligne verte », une zone démilitarisée contrôlée par les Nations unies.

 

Dans ce contexte particulier, et compte-tenu de la récente décision du président turc Recep Tayyip Erdoğan d’ouvrir les frontières, de nombreux demandeurs d’asile tentent de rejoindre ce territoire européen. Le ministre de l’Intérieur chypriote Nicos Nouris a déclaré que 223 personnes étaient arrivées à Chypre par la mer entre le 29 février et le 2 mars puis que 101 Syriens avaient été secourus au large des côtes le 3 mars. Alors que ce nombre est bien inférieur à celui enregistré à la frontière terrestre gréco-turque – selon Ankara, 76 000 personnes y seraient passés entre le 28 février et le 3 mars – le ministre affirme que « le nombre de migrants économiques n’est plus gérable, simplement parce que [nos] limites ont été dépassées ». La République de Chypre est, selon des chiffres de 2019, l’État membre de l’UE qui accueille le plus de primo demandeurs d’asile par rapport à son nombre d’habitants (13 650 demandes de protection y ont été enregistrées en 2019, contre 7 765 un an plus tôt).

 

Après avoir fermé 4 postes frontières le 28 février en prétextant des mesures sanitaires face au coronavirus, à l’instar d’autres pays européens, Nicos Nouris a dévoilé un nouveau plan d’action. Celui-ci prévoit une accélération des expulsions – en coopération avec Frontex, le doublement du nombre de fonctionnaires examinant les demandes d’asile, la construction de nouveaux centres d’accueil ainsi que le raccourcissement des délais : les personnes venant de pays d’origine sûrs verront leur demande traitée dans un délai de 10 jours et n’auront que 3 jours pour faire un recours, alors que la période entre la demande et l’entretien variait entre de deux semaines à deux mois en 2018.

Nicosie a accusé la Turquie, qui soutient le gouvernement du nord de l’île, d’inciter les personnes migrantes à aller vers le sud, dans l’objectif de « modifier [s]a composition démographique ». Le président chypriote Níkos Anastasiádis a même accusé le président Erdoğan de faire du « chantage » et « d’utiliser les réfugiés pour collecter [d]es fonds ».

 

Voir ici notre dernier article sur Chypre publié en septembre 2019 et ici notre dernier article sur l’ouverture des frontières turques publié le 10 mars 2020.

Article publié le 13/03/2020