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Calais Entre 450 et 500 migrants toujours dans le Calaisis

 la voix du nord

Deux ans après le démantèlement de la « jungle », plusieurs centaines de migrants sont toujours dans le Calaisis. La situation ressemble fort à celle que l’on connaissait il y a quinze ans.

Combien de migrants dans le Calaisis ?

François Guennoc, de L’Auberge des migrants, estime à environ 500 le nombre d’exilés. La préfecture du Pas-de-Calais donne une estimation légèrement plus faible, autour de 450 personnes. Elle rappelle que plus de 8 000 personnes étaient présentes dans la « jungle » au moment du démantèlement.

 

Qui sont-ils ?

Environ 40 % des migrants viennent d’Érythrée et d’Éthiopie, 30 % d’Afghanistan. De nombreuses autres nationalités sont présentes : Irakiens, Syriens, Soudanais… « On est surpris de voir aussi arriver quelques personnes en provenance d’Afrique noire francophone, note François Guennoc. Globalement, il y a peu de femmes, peu de familles. Ce sont souvent des hommes très jeunes. »

 

Pourquoi sont-ils à Calais ?

Souvent, échouent à Calais des migrants qui n’ont pas les moyens de s’offrir un passage plus sûr qui, avec la sécurisation du port et du tunnel, s’organise loin du littoral. Il y a à Calais beaucoup de « dublinés », c’est-à-dire des migrants dont les empreintes ont été prises dans un autre pays européen, vers lequel ils doivent être renvoyés s’ils demandent l’asile en France. Pays qui, en général, ne veut pas les accueillir. Et on trouve également de nombreux déboutés du droit d’asile. Pour eux, l’Angleterre semble être la seule issue acceptable.

 

Où vivent-ils ?

Les migrants dorment pour la plupart dans des petits camps disséminés autour de la ville. C’est la nouveauté par rapport à la période de « l’avant-jungle », il n’y a plus de campements en centre-ville. « On a organisé l’invisibilité des migrants, la municipalité peut dire que ça va mieux », dit François Guennoc. Ces petits camps, se trouvent aux Verrotières (zone des Dunes), autour du rond-point de la zone Marcel-Doret (bois Chico Mendes), aux abords du centre hospitalier, avenue Saint-Exupéry… Les camps sont démantelés quasi-quotidiennement. « Il y a une pression constante, même s’il y a une amélioration depuis cet été. Il n’y a plus de grosses évacuations et les forces de l’ordre laissent plus souvent le temps aux gens de prendre leurs affaires. Reste que les conditions de survie sont très mauvaises, il y a du stress, de la fatigue », constate François Guennoc.

 

L’histoire sans fin ?

La situation vécue à Calais en 2018 est grosso modo la même que celle que l’on connaît depuis vingt ans, l’épisode de la « jungle » constituant une sorte de parenthèse. « Tant qu’une politique d’accueil cohérente ne sera pas menée, et tant que les conflits éclateront un peu partout dans le monde, cela ne devrait pas beaucoup changer, prédit François Guennoc. Rien ne change, c’est un drame routinier. Les exilés, les autorités, les associations, tout ce monde se retrouve comme dans un marais où l’on s’embourbe sans fin. La jungle, c’était terrible, mais le problème, c’est qu’elle a été remplacée par rien. »

 

Un «socle humanitaire» complété par les associations

De nombreuses associations œuvrent quotidiennement à Calais pour venir en aide aux exilés : L’Auberge des migrants, Salam, Secours catholique, Care4Calais, Gynécologie sans frontière, Help Refugees, Utopia 56, Refugee Community Kitchen, Médecins du monde, entre autres. Nourriture, soins médicaux, vêtements, couvertures, abris, toutes contribuent à compléter le « socle humanitaire » assuré par l’État. Ce socle consiste d’abord en une distribution de repas, dont la mise en œuvre a été confiée à l’association La Vie active. 1 200 repas sont distribués quotidiennement (un petit-déjeuner, un repas chaud). L’accès à l’eau est assuré par la mise à disposition de 51 robinets en différents endroits de la ville. La consommation journalière est repartie à la hausse à plus de 3 000 litres par jour, indique la préfecture. 28 douches sont installées dans des locaux route de Saint-Omer, avec 150 passages par jour.

 

Centres d’accueil et d’examen des situations

Des latrines ont été installées dans les différents sites les plus fréquentés par les exilés. Certaines de ces mesures sanitaires ont été prises suite à des injonctions prononcées par le tribunal administratif saisi par les associations.

Par ailleurs, tous les jours, un bus part de Calais vers les centres d’accueil et d’examen des situations, où tous les migrants qui le souhaitent peuvent être pris en charge. 1 152 personnes y ont été accueillies depuis août 2017. Les mineurs sont quant à eux repérés par l’association France terre d’asile et mis à l’abri au centre de protection de l’enfance de Saint-Omer. 571 mineurs ont ainsi été pris en charge de janvier à septembre.

La Voix du Nord, par B.M., le 24 octobre 2018