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Des dessinateurs de presse contraints à l'exil

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Menacés au Tchad ou en Algérie, ils ont fui la censure, la peur, et pire encore. Trois dessinateurs réfugiés en France participent aux Rencontres du dessin de presse, à Carquefou, dès vendredi.

TEMOIGNAGES

Samy Samuel Daina, dit « Samy », 28 ans, dessinateur de presse tchadien.

« J'ai commencé le dessin de presse il y a dix ans. Je suis autodidacte. Je travaillais pour plusieurs journaux politiques tchadiens. Après un nouveau coup d'État, en 2007, la censure sur la presse s'est accentuée. Il n'était plus possible de travailler librement. Les journalistes étaient pourchassés. Moi aussi. Le pouvoir reprochait mes prises de position dans mes dessins. Quand j'étais menacé, j'allais me cacher au Cameroun le temps que cela se calme. Mais en 2008, les menaces sont devenues physiques, on m'a tiré dessus. Pour éviter des répercussions sur ma famille, j'ai définitivement fui le Tchad. Je me suis retrouvé à Paris, accueilli à la Maison des journalistes. J'essaie de travailler comme dessinateur indépendant. Je réponds à des commandes, je fais aussi de l'illustration pour des magazines. Pour moi, le dessin de presse est une « arme » pour « conscientiser » les gens. Mon rêve serait d'exercer mon métier au Tchad, sans contrainte. »


Ahmed Mesli, 51 ans, dessinateur de presse algérien.

« Le dessin de presse n'est pas mon métier. Je n'en vis pas. Je suis agent de sécurité au Grand Palais, à Paris. Je dessine quand l'actualité m'inspire. À l'origine, je suis un artiste. J'ai pris les crayons comme un musicien prendrait sa guitare ! C'est mon moyen d'expression pour faire passer un message humain, toucher les coeurs et les consciences et rendre l'actualité plus digeste. Comme tous les intellectuels, j'ai été pris pour cible par les extrémistes. Il y avait cette atmosphère de peur et d'insécurité. En 2004, le mieux à faire était de sauver ma peau et de partir à Paris. Mais cet exil n'a pas coupé la main qui dessine. J'ai tourné la page... sans rien déchirer. Je veux être jugé sur mes dessins, pas sur mon histoire ! »


Adjim Danngar, dit « Achou », 28 ans, dessinateur tchadien (presse et bande dessinée).

« Avec mon statut de réfugié politique, je suis protégé par l'État français. Ici, je suis libre de dire et d'illustrer ce que je pense, même si j'ai toujours une crainte pour ma famille et mes amis au Tchad. Moi, j'ai dû m'enfuir, en 2004. Mes dessins sur les dérives du gouvernement déplaisaient et n'étaient plus supportés par le pouvoir clanique. J'ai été menacé, agressé physiquement par des paramilitaires. Dans notre pays, la justice se règle dans la rue. J'avais peur pour ma vie. Avec mon exil en France, à la Maison des journalistes, j'ai retrouvé de la sérénité. J'ai un travail d'animateur, et je continue de témoigner sur l'actualité, sur mon blog. Les événements en Tunisie donnent de l'espoir... à moi et à tous ceux qui vivent dans des dictatures. »

Ouest-france, le 21/01/2011