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Hommage à Mohamed Bouaziz et Jan Palach

sud-ouest

L'histoire retiendra ce qui embrasa la Tunisie et provoqua, après plus d'un mois de révolte, le départ du président Zine el-Abidine Ben Ali, autocrate et despote méditerranéen, ne fut pas une simple étincelle.

Ce fut une torche humaine qui alluma l'incendie.

Celle de Mohamed Bouaziz, 26 ans, vendeur ambulant à qui une police corrompue avait saisi sa charrette. Son étal sur roues lui permettait de faire vivre sa famille alors qu'il avait suivi des études supérieures et espérait en un autre avenir.

Il suffit d'un homme et d'un symbole pour provoquer, même après sa mort, très longtemps après son désespoir, une insurrection qui la veille paraissait impossible. Comment ne pas penser ici à une autre immolation ? Celle de Jan Palach à Prague. En janvier 1969, il avait 25 ans. Il s'arrosa d'essence pour protester contre l'invasion de son pays par les chars de l'Union soviétique. Vingt ans plus tard, en 1989, Vaclav Havel, parce qu'il avait déposé une gerbe de fleurs sur sa tombe, fut arrêté et ranima cette même flamme qui fit tomber un vieux régime communiste. Aussi loin qu'ils puissent être dans le temps et dans l'espace, ces deux suicides se ressemblent. Deux jeunes hommes révoltés n'avaient plus que leur violence à retourner contre eux-mêmes. Ce que ne savait pas Mohamed Bouaziz, ce que Jan Palach ignorait, est que leur mort deviendrait inadmissible et que le feu dont ils s'entouraient embraserait également le régime qui les opprimait.

La Tunisie s'est révoltée. Son président a fui. Il est parti comme tous les dictateurs. Depuis un aéroport et dans un vol secret. Il ne comprenait plus son pays et son pays n'en voulait plus. Alors, l'armée et les services secrets ont compris que leur président n'était plus à même de leur garantir les prébendes et les avantages que son régime leur réservait.

Hier, comme il y a plus de vingt ans, en Tchécoslovaquie ou en Roumanie, les hommes de l'ombre ont offert la tête du despote au peuple. Et l'histoire qui s'ouvre aujourd'hui est la même. La Tunisie sera-t-elle dupée par une autre oligarchie ? Ou pourra-t-elle devenir, pour les seules flammes qui ont entouré Mohamed Bouaziz dans sa mort, la terre nouvelle que son peuple mérite ?

Sud ouest, le 15/01/2011