fbpx
Main menu

La question migratoire au XXIe siècle

Sud/Nord ou Sud/Sud, les enjeux de l'immigration au XXIè siècle

Affrontements sanglants en Argentine, entre nationaux et sans-abri immigrés le lundi 13 décembre 2010. Le 15, naufrage meurtrier de "boat people" au large de l'Australie. Le 16, réactivation du débat sur l'identité nationale en France. Pas une semaine, sans son lot d'actualités liées au sort des immigrés, sur tous les continents.
Avec le développement des moyens de communication, l'augmentation des migrations est l'une des constantes de ce début de XXIème siècle. L'éclairage de Catherine Withol de Wenden, directrice de recherche au Centre d'études et de recherche internationales.

Propos recueillis par Christelle Magnout

Vous parlez de la question migratoire au XXIè siècle. Immigre-t-on plus aujourd’hui qu’autrefois ?

C’est le cas en ce qui concerne les migrations internationales. Les flux migratoires internationaux ont été multipliés par 3 en 40 ans. Parce que aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’incitations à bouger, qui sont liées au développement des moyens modernes de communication (téléphone portable, Internet…). Les gens sont mieux informés. Les médias, et notamment la télévision, ont favorisé la visibilité des modes de vie des pays vers lesquels les migrants veulent aller.
Certains facteurs comme les transferts de fonds ont également encouragé les gens à vouloir se déplacer pour mieux gagner leur vie à l’étranger. Cela dit, les migrations ont toujours existé. On les connaissait moins auparavant, on les recensait moins. Mais le phénomène d’exode rural qu’on observe en Afrique a aussi existé en Europe de façon massive il y a un siècle.

Le questionnement aujourd’hui est tout à fait nouveau par rapport à celui qu’on avait au XXè siècle, où on a surtout considéré la migration comme une solution au développement, et non comme un problème, ce qui est le cas de nos jours. Ce livre « la question migratoire au XXIè siècle » s’intéresse surtout à la façon dont les migrations transforment les relations internationales, il aborde la question migratoire telle qu’elle est posée à l’échelle mondiale. 

Vous dites que le paysage migratoire s’est considérablement transformé en 20 ans. Décrivez-nous les mouvements migratoires de ces deux dernières décennies.

D’une part, la chute du mur de Berlin, devait selon certains experts provoquer des invasions massives à l’ouest. Cela ne s’est pas produit, mais la chute du mur a quand même transformé considérablement les migrations à l’est. On a observé des migrations ethniques comme celle des Allemands qui vivaient  en Russie depuis 300 ans et qui sont repartis en Allemagne (environ deux millions). Il y a eu d’autres formes de désenchevêtrement des nationalités à l’est : certains Hongrois qui étaient devenus Roumains après la première guerre mondiale sont retournés en Hongrie et des Bulgares d’origine turque  sont repartis en Turquie.

D’autre part, le conflit en Yougoslavie dès 1991, la crise des Grands lacs en Afrique en 1993, la crise politique algérienne de 1995, et aussi d’autres conflits dans d’autres points du globe ont mis des milliers de personnes sur les routes de l’exil et ont provoqué explosion des demandes d’asile dans les années 1990.

Ce sont autant de bouleversements qui ont cours depuis 20 ans. Il faut aussi noter que l’Europe est devenue l’une des plus grandes régions d’immigration au monde. Et c’est plutôt un fait nouveau, car l’Europe qui était un pôle de départ dans le passé est devenue une région d’accueil comme les États-Unis, l’Australie et le Canada. Ce phénomène est vécu comme un traumatisme par les Européens qui se sentent envahis et voient l’immigration comme un danger.

Les raisons qui motivent les migrations sont souvent économiques, politiques et on parle aujourd’hui de migrants climatiques. Y a-t-il d’autres raisons qui entrainent ces mobilités ?

Il y a le regroupement familial qui est un élément très important de la migration à l’heure actuelle. Les migrations de travail ont été gelées pendant 30 ans en Europe et les migrations pour raisons familiales ont augmenté pendant ces trois décennies, l'immigration pour aller suivre des études se développe aussi beaucoup,  et le tourisme international plus présent dans le cadre des migrations  nord-sud se prolonge sous forme de repos au soleil pour les retraités.

On parle moins des migrations nord-nord ou sud-sud. Sont-elles moins problématiques ?

Elles sont plus problématiques entre les pays de l’hémisphère sud, parce ces pays en général n’ont pas de politique en matière d’immigration. Ils ne sont pas signataires de grandes conventions internationales de protection des individus. Il  y a beaucoup de sans-papiers et la protection des droits sociaux a beaucoup de mal à s’imposer.  On compte à peu près 61 millions de migrants sud-sud, pour 62 millions de migrations sud-nord. On n’en parle pas beaucoup mais c’est un phénomène très important dans les pays du Golfe en Asie, en Amérique latine et en Afrique.  

Que doit-on faire ? Ouvrir les frontières ?

Il faut ouvrir les frontières d’avantage, sinon on a des phénomènes d’endiguement de la pauvreté dans les pays du sud. Le rapport 2009 du PNUD indique que la mobilité est un facteur essentiel du développement humain. Si on  regarde les politiques migratoires, notamment celles de l’Europe, et des Etats-Unis, on s’aperçoit que le contrôle très renforcé des frontières a tendance à aggraver les décalages, plutôt qu’à faciliter l’échange entre riches et pauvres, entre pays jeunes et pays vieux. Les migrations ont toujours été un moyen d’atténuer les écarts.

Les pays du nord ne doivent pas voir uniquement la dimension sécuritaire des migrations.  Il y a une dimension humaine, qui implique à la fois le respect des droits de l’homme et aussi l’utilisation des capacités humaines que représentent les migrants.

TV5 Monde, le 15/12/2010