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L'impact de l'immigration sur le budget de l'État est positif

nord-eclair 

Xavier Chojnicki, maître de conférence à Lille 2, a étudié le coût de l'immigration sur les finances françaises.

Bilan : si les migrants sont surreprésentés dans les risques liés au chômage et dans les aides familiales, ils rapportent néanmoins près de 4 milliards d'euros par an au budget de l'État.

Dans votre étude, qu'appelez-vous « migrant » et « autochtone » ?

Est « migrante » toute personne née en dehors du pays qu'elle habite, et « autochtone » celle qui vit dans le pays où elle est née. Les générations descendantes des migrants en France sont donc considérées comme autochtones. Notre étude, commandée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, s'est appuyée sur les chiffres de l'Insee de 2005, indiquant que la France compte 5 millions de migrants.


Quel est le profil du migrant en France ?

L'âge de la population migrante se situe entre 25 et 60 ans. Le niveau de diplôme est faible, sauf chez les plus jeunes. Les migrants installés viennent du Maghreb, et plus récemment de l'Afrique subsaharienne et de l'Asie. Leur répartition géographique en France n'est pas homogène, avec une forte présence en Île-de-France, dans le bassin méditerranéen et dans le Nord - Pas-de-Calais, et une absence dans l'Est et en Bretagne.

L'immigration était perçue comme une ressource après la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi est-elle aujourd'hui source de tension ?

À l'époque, la France avait besoin d'une main d'oeuvre que sa propre population ne pouvait pas combler. Elle s'est donc tournée vers la population migrante. Mais aujourd'hui, avec un taux de chômage élevé, la perception de l'immigration a changé. Les autochtones pensent que les migrants viennent prendre leur travail. Or ce n'est pas vrai : d'une part, les migrants se spécifient souvent pour des emplois dont les autochtones ne veulent pas, comme les métiers du bâtiment ou dans le médical. D'autre part, seuls 11 % des migrants viennent en France pour chercher un travail. Les tensions dues à l'immigration sont aussi étroitement liées à la conjoncture économique et politique, par exemple aux temps de crise ou à l'approche d'élections importantes.


Quel est le premier motif d'immigration en France ?

Le regroupement familial. Cela concerne 49 % des migrants en France. 26 % viennent pour leurs études, et 8 % pour une protection humanitaire.
Vous expliquez que les migrants nécessitent davantage de protection sociale, mais qu'ils rapportent en même temps 4 milliards d'euros à l'État français...
Moins qualifiés et plus féconds que les autochtones, les migrants sont en effet surreprésentés dans les postes de chômage et d'allocations familiales. Par contre, ils sont sous-représentés dans les risques sociaux liés à la santé et au vieillissement, car ils sont plus jeunes. Mais ils participent aux recettes de l'État avec les divers impôts, les cotisations sociales et les taxes. Cependant, certaines recettes et dépenses, comme les PV et les budgets alloués à l'armée ou à la justice, ne sont pas individualisables et ne peuvent être imputées ni aux autochtones, ni aux migrants. En tenant compte de ces facteurs, notre étude aboutit à un impact positif de l'immigration sur le budget, de 4 milliards d'euros. Ce chiffre, basé sur l'année 2005, n'est pas statique et peut varier.


L'immigration est-elle une solution au problème des retraites ?

C'est la question à laquelle nous avons essayé de répondre. Le déficit augmente d'année en année en France proportionnellement au nombre de personnes âgées. Nous avons calculé que si 50 000 migrants supplémentaires entrent en France par an, on pourrait baisser ce déficit de 0,5 point du PIB d'ici 2050. Mais ce bilan est encore trop faible pour financer les retraites. Et surtout, la France n'a pas un contrôle parfait de son flux migratoire.


Serait-elle tout de même prête à ce scénario ?

Ce n'est pas mon impression, surtout dans un gouvernement de droite à la politique migratoire coercitive.


Qu'est ce qui vous paraît le plus probable pour 2050 ?

L'immigration est imprévisible, et dépend des facteurs répulsifs - le chômage élevé, les salaires bas, la répression... - et attractifs - plus d'employabilité, la protection sociale. La France, par exemple, reste attractive économiquement. Un emploi mal payé ici sera pour un migrant africain dix à quinze fois mieux payé que dans son pays d'origine, ce qui lui permet de nourrir sa famille au pays. Par contre, il risque de vivre plus mal.

Comment avez-vous réagi à l'actualité de l'été dernier ?

On était à la limite de l'inconvenable. La Roumanie est un pays de l'Union europénne, elle ne pouvait être considérée de cette manière. Le problème cet été n'a pas été l'immigration, mais une population entière, les Roms.

Nord éclair, le 18/01/2011