fbpx
Main menu

Australie : le bateau de la honte

afp

Quarante-huit personnes sont présumées mortes, après le naufrage mercredi d'un bateau chargé d'immigrants irakiens et iraniens près de l'île australienne de Christmas Island, a indiqué lundi le Premier ministre australien Julia Gillard.

"Nous ne saurons peut-être jamais le nombre exact de victimes, mais d'après les informations dont on dispose, il y avait au moins 90 personnes à bord du bateau", a déclaré Julia Gillard aux journalistes.

Quarante-deux personnes ont été récupérées vivantes, avait indiqué le gouvernement australien vendredi dernier.

"Cela signifie qu'il y a environ 18 personnes qui manquent", en plus des 30 morts comptabilisés en fin de semaine dernière, a ajouté le chef du gouvernement australien.

L'embarcation de fortune, qui s'est fracassée mercredi sur les rochers de Christmas Island dans une mer démontée, transportait selon les premières estimations une centaine d'immigrants, irakiens, iraniens et kurdes, des familles pour la plupart.

L'île Christmas est un territoire australien, situé dans l'océan Indien à 2.600 km des côtes nord-ouest de l'Australie et quelque 300 km des côtes indonésiennes.

Elle abrite le principal centre de rétention d'Australie, où sont placés les demandeurs d'asile arrivant par bateau, pendant l'examen de leur dossier.

La police australienne a interrogé trois Indonésiens, des membres de l'équipage de l'embarcation qui ont survécu, et elle devrait les inculper, a-t-elle indiqué, sans préciser le chef d'inculpation.

En 2010, quelque 6.000 demandeurs d'asile en provenance d'Iran, d'Irak et du Sri Lanka ont atteint les côtes australiennes à bord d'embarcations de fortune, parties d'Indonésie.

En 2001, un bateau transportant 353 immigrants à destination de l'Australie avait coulé au large de l'Indonésie. Personne n'avait survécu.

AFP, le 20/12/2010


courrier-international

Le bateau de la honte

Si les autorités avaient sciemment retardé les opérations de secours ? L'insinuation formulée par le quotidien The Age au lendemain du naufrage meurtrier d'un navire transportant des demandeurs d'asile kurdes vient alimenter un débat sur l'immigration toujours aussi vif.

Les falaises de l’île Christmas sont meurtrières. Tous ceux qui vivent ici, commercent avec l’île ou surveillent ses eaux savent que lorsque le vent se lève, le port de Flying Fish Cove peut rester inaccessible pendant plusieurs semaines. Le véritable mystère de cette tragédie est de savoir comment ce bateau a pu arriver si près des falaises avec une météo aussi mauvaise ? L’île Christmas est une lugubre montagne qui jaillit d’une mer [au large de l'île indonésienne de Java] continuellement sillonnée par les bâtiments de la Marine australienne et des Douanes. Il est extrêmement rare qu’un bateau parvienne à proximité de Flying Fish Cove sans être détecté. Certaines embarcations sont autorisées à accéder au port, mais la plupart sont interceptées en haute mer et leurs passagers transférés sur un autre navire avant d’arriver sur l’île. Ce n’est pas ce qui s’est passé cette fois.

Le bateau s’est retrouvé à un kilomètre de l’entrée du port et est venu se fracasser sur les rochers en contrebas de la Tampa View Road. Il y a dix ans, les habitants s’étaient rassemblés sur cette falaise pour applaudir le capitaine Arne Rinnan qui tentait de faire débarquer les 438 hommes, femmes et enfants qu’il avait sauvés d’un navire en perdition dans l’océan Indien. Canberra s’en était mêlé. Avec l’arrivée d’autres bateaux, l’affaire avait dégénéré en bras de fer entre Canberra, qui souhaitait interdire ou retarder les opérations de sauvetage, et la Marine, qui tenait à respecter à la lettre les règles du sauvetage en mer. Il y avait eu des morts à l’époque, et le drame d’hier laisse penser que Canberra fait peut-être de nouveau pression pour retarder les opérations de secours.

Victimes et rescapés voyaient probablement il y a une semaine la mer pour la première fois, alors qu'ils étaient rassemblés sur une plage quelconque en Indonésie. Ces traversées racontent toute la même histoire. Les demandeurs d’asile sont terrorisés. Ils ne savent pas nager. Ils sont malades tout au long du voyage, arrivent à destination déshydratés et épuisés — certainement pas en mesure de faire face à la tragédie qui les a frappés hier. Leurs appels à l’aide ont réveillé les occupants des maisons le long de la falaise. Ceux-ci, tout en lançant des cordes et des gilets de sauvetage à la mer, ont tenté de prévenir le bateau qu’il ne fallait pas se diriger vers les eaux tumultueuses de Flying Fish Cove. Quand le navire a heurté les récifs, son moteur vomissait de la fumée. Il s’est retourné et a commencé à couler. La mer était trop agitée pour que des bateaux de sauvetage puissent quitter la crique. Grâce à l’intervention de propriétaires de boutiques de plongée, il a été possible de lancer d’autres gilets de sauvetage depuis la falaise. Mais, se sont demandés les habitants de l’île, où étaient les centaines de gilets dont disposent les services de l’immigration, stockés à quai ? Tout cela a été filmé. Ce n’est pas une catastrophe invisible, comme le naufrage du Siev X [dans lequel, en 2001, 353 demandeurs d'asile avaient péri, déclenchant une importante polémique en Australie]. Cette fois, rien n’excusera que l’on n’ouvre une enquête impartiale sur ce qui s’est passé.

Courrier international, le 20/12/2010