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Obama : programme sur l'immigration "trop ambitieux"

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Aujourd’hui, quelque 12 millions de personnes, dont 2 millions de jeunes, vivent illégalement aux États-Unis. Barack Obama avait promis d’améliorer le système existant et de régulariser des millions d’étrangers en situation illégale, tout en souhaitant des contrôles frontaliers renforcés et des sanctions pour les entreprises embauchant des personnes en situation irrégulière. Un programme « trop ambitieux » selon certains.

Les États-Unis sont une terre d’immigration depuis quatre siècles. La politique des quotas instaurée au début des années 1990 et les attentats du 11 septembre 2001 ont eu pour conséquence de réduire de manière drastique l’entrée légale des étrangers sur le sol américain.

Aujourd’hui, quelque 12 millions de personnes, dont 2 millions de jeunes, vivent illégalement aux États-Unis. « Nous sommes tous et toutes des enfants issus de l’immigration. C’est la composante même de la société américaine », souligne James Griffin. Professeur de droit à l’Université de Détroit, il s’indigne de la lente évolution des mentalités américaines. « Il est impensable d’imaginer que dans la plus grande démocratie du monde, douze millions de personnes, dont deux millions de jeunes vivent aujourd’hui illégalement. »

PROMESSES

Barack Obama avait fait de la réforme des lois sur l’immigration l’un des thèmes forts de sa campagne et s’était engagé à s’attaquer à ce dossier dès la première année de sa présidence. Il avait promis d’améliorer le système existant et de régulariser des millions d’étrangers en situation illégale tout en limitant les tracasseries administratives auxquelles ils sont confrontés.

Dans le même temps, il voulait que les contrôles frontaliers soient renforcés et que les entreprises qui embauchent des personnes en situation irrégulière soient sanctionnées. Le Président américain a été « trop ambitieux » dans ses promesses de campa­gne, estime James Griffin : « Il a cru qu’il allait parvenir à un compromis là où ses prédécesseurs avaient échoué. »

Deux ans après sa prise de fonction et faute d’une réelle majorité électorale, certains États fédérés ont décidé d’adopter leur propre loi. Ainsi, l’Arizona, depuis avril dernier, a été le premier État à donner l’autorisation à ses policiers d’interpeller tout étranger soupçonné d’être sans-papiers.

« L’immigration est un sujet sensible aux États-Unis. En juin dernier, un sondage réalisé par la chaîne de télévision CNN indiquait que 57 % des Américains approuvaient la loi promulguée en Arizona, poursuit James Griffin. Les sénateurs et les représentants de la Chambre refusent de se prononcer sur une mesure qu’ils jugent impopulaire et qui pourrait entraver leur réélection. »

Eva Patterson (1) est une avocate spécialiste de l’immigration. Elle constate : « Il est vrai que la situation des sans-papiers est difficile, mais beaucoup moins qu’en Europe. » Originaire de Hongrie, elle a débarqué, il y a vingt ans, sur le sol américain sans papiers.

« Dans ce pays, nous ne sommes pas obligés de nous cacher, confie-t-elle. L’immigrant illégal peut conduire un véhicule, ouvrir un compte en banque. La plupart d’entre eux paient des impôts, d’autres sont propriétaires de leur maison ou ont créé leur entreprise. Certains cotisent pour l’assurance santé ou la retraite. La seule entrave réside dans le numéro de sécurité sociale, sésame du citoyen légal. »

La juriste poursuit sa des­cription de la situation : « À l’exception d’un excès de zèle de la part de certains policiers, il est interdit pour un agent de sécurité d’arrêter une personne sans-papiers. Les contrôles sont limités à l’identité. »

RÉFORME

L’an dernier, Eva Patterson a défendu un jeune clandestin de l’Est, arrêté pour avoir consommé de l’alcool dans un parc public. Cet acte est considéré comme un délit aux États-Unis.

« Il a été conduit au poste de police puis libéré après avoir dessoûlé sans qu’à aucun moment on ne lui demande ses papiers, raconte-t-elle. Quelques jours plus tard, il a dû se présenter devant le juge pour son délit. Condamné à payer une amende pour consommation d’alcool dans un lieu public, le juge, à l’issue de l’audience, lui a gentiment conseillé d’être un peu plus vigilant en lui disant : “ Vos papiers ne sont pas en règle et vous enfreignez la loi, faites attention jeune homme”. »

Elle réfute l’idée répandue de la « traque aux migrants », produit selon elle « de l’imagination collective ». Qu’il s’agisse des PME, des grandes exploitations du Texas ou encore des restaurants de New York ou de Washington, les employeurs sont friands de cette main-d’œuvre illégale, bon marché, flexible et prête à travailler à n’importe quelle condition.

« Si selon la loi un employeur doit être sanctionné pour embaucher une personne sans-papiers, dans les faits la situation est plus complexe. Il est interdit pour un policier de procéder à un contrôle sur un lieu de travail, sauf si une plainte a été déposée pour travail illégal », précise l’avocate.

Porte-voix des sans-papiers, Eva Patterson milite pour qu’une réforme soit rapidement adoptée. « L’absence d’un cadre législatif crée un malaise dans la société. » Ces derniers mois, les actes de violence à l’encontre de la population musulmane ou hispanique se sont multipliés.

« Chaque nouvelle vague d’immigration aux États-Unis a semé le doute, l’inquiétude et un sentiment de crainte », précise l’historienne Hasia Diner. Terre d’immigration, de diversité ethnique et de pluralité culturelle, « les États-Unis ont peur de l’inconnu, de la nouveauté, de l’autre », explique-t-elle.

Les colons britanniques ont été effrayés de voir les Irlandais débarquer. La première vague de migrants italiens a semé un vent de panique, tout comme l’arrivée massive d’Asiatiques ou d’hispaniques. « Les Américains doivent apprendre à vivre avec leur passé afin de pouvoir appréhender leur futur, juge Hasia Diner. L’immigration est la composante de base de la société américaine. » 

1. Son nom a été modifié à sa demande.


Dream Act : le rêve reporté

En juillet 2010, lors de son premier discours sur la réforme de l’immigration, Barack Obama a annoncé son intention de faire passer le Dream Act ( texte sur le développement, l’aide et l’éducation pour les mineurs étrangers ).

Ce projet de loi, également défendu par George Bush, devait permettre de régulariser quelque 2 millions de jeunes immigrés sans-papiers, arrivés avant l’âge de 16 ans, présents sur le sol américain depuis plus de cinq ans et sans casier judiciaire. Ces jeunes devaient en outre avoir suivi deux années d’étude universitaire ou s’être engagés dans l’armée.


Après avoir été validé par la Chambre des représentants le 8 décembre dernier, le Sénat a, quelques jours plus tard, rejeté le texte. À l'issue du vote, les sénateurs républicains ont dénoncé ce qu’ils ont considéré être une mascarade, « une amnistie généralisée pour tous les jeunes sans-papiers ». 

Témoignage chrétien, le 24/01/2011