fbpx
Main menu

SOS Méditerranée demande à la France, à titre exceptionnel, de laisser l'Aquarius accoster à Marseille

 

info migrant

Privé de son pavillon panaméen et donc interdit de facto de navigation, le navire humanitaire de SOS Méditerranée fait actuellement route vers Marseille, son port d’attache. Il lance un appel inédit à la France afin qu'elle laisse débarquer, à titre exceptionnel, les 58 rescapés qui sont actuellement à bord.


À peine était-il retourné en mer Méditerranée centrale que l’Aquarius doit faire demi-tour. Actuellement au large des côtes libyennes pour porter secours aux migrants, le navire humanitaire affrété par l'ONG SOS Méditerranée s’apprête à rejoindre la France et son port d’attache, Marseille.

Officiellement, les autorités françaises n’ont pas encore donné leur accord au débarquement des 58 rescapés à bord du navire. L’ONG SOS Méditerranée espère un geste de Paris, pour raison humanitaire. "Nous faisons une demande à titre exceptionnel à la France : donnez-nous l’autorisation de pouvoir débarquer les 58 rescapés qui sont à bord de l’Aquarius", a lancé Fréderic Penard, le directeur des opérations de SOS Méditerranée-France, lors d’une conférence de presse, lundi 24 septembre.

Pourquoi une telle précipitation ? Parce que depuis ce week-end, le navire humanitaire a appris par communiqué qu'il avait perdu son pavillon du Panama. Or sans pavillon, un navire est hors-la-loi, il n’est pas autorisé à naviguer.

Pour justifier leur annulation, les autorités maritimes du Panama ont évoqué des "pressions italiennes", a expliqué Francis Vallat, le président de SOS Méditerranée-France. "C’est la première fois dans l’histoire maritime récente, qu’un pavillon est retiré d’un navire qui respecte toutes les règles internationales", déplore-t-il. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie, la péninsule multiplie les actions contre les ONG en mer : l’Italie a fermé ses ports, criminalise les activités des humanitaires les assimilant à des trafiquants d’êtres humains, les accuse de non-respect du droit international…

"Acharnement" politique contre l'Aquarius

"Nous sommes le dernier navire en mer", déplore Frédéric Pénard. "Je suis sidéré de voir les moyens déployés, l’acharnement déployé pour empêcher un petit bateau humanitaire de sauver quelques dizaines de vies, quelques malheureuses dizaines de vies".

L'Aquarius, qui avait repris ses activités de sauvetage cette semaine en Méditerranée après une escale forcée de 19 jours, compte actuellement 58 rescapés à son bord, de nationalité libyenne, pakistanaise, ivoirienne, palestinienne, syrienne, soudanaise et algérienne.

Le navire refuse de ramener les personnes secourues vers la Libye. "Le droit maritime est simple : sauver et ramener des rescapés dans un port sûr. Et la Libye n’est pas sûre", a répété inlassablement Francis Vallat.

Une grande partie de la conférence de presse a été également consacrée à dénoncer la campagne de "fake news" lancée contre le navire. "On veut vous faire croire que nous sommes des pirates, des gens qui ne respectons pas le droit, ni les instructions", explique Hassiba Hadj Sahraoui, chargée des affaires humanitaires pour Médecins sans frontières (MSF), ONG partenaire de SOS Méditerranée. "Nous sommes choqués par les procédés que nous voyons, choqués de voir que les États européens ont engagé un bras de fer avec les ONG. Nous ne faisons que sauver des vies !"

Pierre Mendiharat, le directeur adjoint des opérations pour MSF, n'hésite pas, lui, à parler "d'États voyous". "Quand nous voyons que les autorités italiennes font pression sur des pays tiers pour retirer notre pavillon, je me dis que nous sommes face à des États voyous [...] Mais nous sommes plus déterminés que jamais à continuer à secourir les personnes en Méditerranée. Il faut qu’il y ait encore des témoins de ce qu’il se passe en Méditerranée".

Depuis sa première mission en février 2016, l’Aquarius a porté secours à presque 30 000 personnes au cours de 175 missions de sauvetage.

Info Migrants, par Charlotte Boitiaux, le 25 septembre 2018