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Structures d'accueil : un blocage dissuasif

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La saturation du système et le manque de logements pourraient expliquer le faible nombre de demandes d'asile.
Malgré les promesses faites à la mi-septembre par Laurent Fabius et aussi François Hollande d'accueillir davantage de réfugiés syriens sur le sol français («Nous prendrons notre part»), le statu quo se poursuit.

 

Dans les associations spécialisées sur les questions migratoires, le même chiffre d'environ 750 demandes d'asile accordées depuis janvier à des personnes arrivant de Syrie tourne en boucle. En fin de semaine dernière, des ONG ont appris de façon officieuse que Paris serait prêt à faire un geste pour les Syriens bloqués dans plusieurs pays d'Europe et qui auraient de la famille vivant dans l'Hexagone, mais l'information n'a pas été transmise aux consulats, limitant ainsi les chances que les migrants en aient connaissance…


Dans les structures spécialisées dans l'hébergement des sans-abri, qui accueillent souvent des personnes fuyant des pays en guerre, on n'a pas davantage observé d'afflux de Syriens. «Pour l'instant on n'a rien noté à ce niveau-là», indique l'association Emmaüs-solidarité, qui gère une trentaine de centres d'hébergement en région parisienne. Propos à peu près analogue au Cèdre (XIXe arrondissement de Paris), un centre du Secours catholique d'aide aux demandeurs d'asile. «Depuis le début de l'année nous avons reçu deux ou trois ressortissants syriens», indique une porte-parole. Pas de «chiffre significatif» non plus à la Croix-Rouge.


La France semble donc partie pour rester parmi les moins généreux des pays européens : depuis le début du conflit, l'Allemagne et la Suède ont accueilli 18 000 et 11 000 Syriens. L'argument utilisé par Paris tient à la saturation du système de l'asile en France, liée à l'augmentation de 70% des demandes entre 2007 et 2012 (plus de 61 000 sur cette dernière année), au manque de logements. «Nous sommes contactés tous les jours, mais le blocage se poursuit, déplore Pierre Henry, le directeur de France Terre d'asile. Nous attendons l'arbitrage entre l'Elysée, Matignon et l'Intérieur pour connaître la réponse de la France au plan du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.» Ce plan de réinstallation du HCR, qui prévoit une prise en charge totale des réfugiés par l'État hôte, a pour objectif l'octroi de l'asile à 10 000 Syriens dans l'Union européenne. L'Allemagne, par exemple, s'est déclarée favorable à la prise en charge de 5 000 demandeurs, l'Autriche 500. Côté français, c'est toujours le silence.

Dans l'Union européenne, l'Italie est le pays où l'afflux semble le plus fort. Depuis le début de l'été, 10 000 Syriens ont débarqué sur la côte orientale de la Sicile, partis d'Egypte où la plupart s'étaient réfugiés au cours des derniers mois. Ils sont désormais pourchassés par le nouveau régime militaire du Caire, car suspectés d'être proches des rebelles islamistes. En Italie, ils accostent après une traversée périlleuse de la Méditerranée. Pour échapper aux bombardements et fuir un conflit dont ils ne voient pas l'issue, ils émigrent en famille, avec parfois des enfants en très bas âge et des personnes âgées. Arrivés et identifiés en Italie, la très grande majorité repart immédiatement vers le nord, en car ou en train. Destination prioritaire : la Suède.

Libération, le 01/10/2013