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Suisse : le rapport de tous les dangers

Expulsions, aide sociale, clandestinité... le débat actuel des réfugiés est miné, Aldo Brina le sait bien. Coordinateur de l'Observatoire romand du droit d'asile et des étrangers, qui existe depuis 2008, c'est lui qui présentait, hier matin, le rapport annuel de l'organisation.

«Nous voulons alimenter, par des cas réels publiés sur notre site internet, un débat sur l'immigration totalement investi par les politiciens» précise-t-il. Relatant l'évolution de la gestion de l'asile dans notre pays de septembre 2009 à août 2010, l'Observatoire souligne plusieurs problèmes dont celui posé par les accords de Dublin, qui stipulent qu'un requérant peut être renvoyé vers le premier pays dans lequel il a formulé sa demande. «Résultat: jusqu'au 30 septembre de cette année, 5090 non-entrées en matière ont été prononcées, et seules 615 personnes venant d'un autre pays ayant signé l'accord ont été acceptées!» souligne Aldo Brina.

A l'entrée en Suisse, d'autres problèmes se posent encore. «Le débat sur la vraisemblance est central dans le domaine de l'asile. Il repose sur une question cruciale: est-ce que ce que dit le requérant est vrai?» affirme le coordinateur. Et pour le vérifier, les critères sont si stricts qu'ils virent, selon lui, à l'excès. Une fois en Suisse, une politique restrictive achève de dissuader ceux qui auraient encore des illusions: depuis 2006, les requérants d'asile déboutés sont exclus de l'aide sociale. Ce qui fait sourire jaune Aldo Brina. «On se trompe en imaginant que les requérants sans ressources quitteront le pays: la plupart sont prêts à tout pour rester».

Se taire pour rester


Mais c'est surtout aux questions touchant les femmes et des sans-papiers que s'attaque le rapport 2009. En effet, selon l'Observatoire, un nombre important de personnes vit sans autorisation de séjour en Suisse; or, «on refuse de reconnaître leur utilité économique, pourtant ces gens travaillent!» Et les critères, flous selon lui, de régularisation, ne les poussent pas à franchir le pas. Et puis il y a les femmes migrantes, victimes de violences conjugales: elles risquent l'expulsion si elles décident de divorcer... «La jurisprudrence s'est récemment adoucie sur ce point mais elles n'ont pas encore la garantie d'être protégées. Enormément de femmes préfèrent donc se taire» déplore-t-il. Le rapport de l'Observatoire, qui survient à quelques jours à peine de la votation sur le renvoi des étrangers criminels, est en tout cas assuré de provoquer le débat. La réaction d'Oskar Freysinger sur le sujet était, d'ailleurs, explosive. «Le constat de cet Observatoire, c'est l'Evangile selon la gauche, mais un Evangile idéologique sans équité. C'est tellement gros que ça en devient ridicule: il y aurait donc une méchante Suisse et des gentils étrangers? Laissez-moi rire...» Aldo Brina, lui, ne rit pas. «L'image que les gens se font d'une Suisse bonne poire est une manne évidente pour l'UDC, mais ses discours sont toujours plus éloignés de la réalité. On est en pleine dérive».

Le Nouvelliste, le 27/10/2010