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Australie : la situation des demandeurs d’asile inquiète les ONG

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La réactivation en septembre 2012 de camps de rétention australiens de Nauru et de Manus et les conditions de vie qui y affèrent provoquent l’inquiétude de nombreuses associations de protection des droits de l’Homme. En cause notamment, un mouvement de grève de la faim et plusieurs tentatives de suicide.

Le camp de l’île de Manus avait été mis en place en 2001, à la demande du gouvernement conservateur australien du Premier ministre John Howard qui avait également activé un autre camp dans le cadre de sa « Pacific Solution », celui de Nauru. Si les deux camps avaient été fermés avec l’arrivée au pouvoir des travaillistes en 2007, l’afflux massif de réfugiés a fini par convaincre l’Australie de durcir sa politique de lutte contre l’immigration. En août 2012, un rapport rédigé à la demande du gouvernement de la Première ministre australienne Julia Gillard recommandait, entre autres, la réactivation de ces camps extraterritoriaux, en insistant sur le caractère dissuasif de cette réponse forte à l’immigration clandestine et au trafic d’êtres humains.

Septembre 2012 a vu la réactivation des deux camps océaniens. Un premier groupe d’une vingtaine de personnes avait alors été acheminé sur Manus. Pour le ministre australien de l’Immigration et de la Citoyenneté, Chris Bowen, ce premier transfert marque le point de départ d’une série visant à acheminer vers Manus environ quatre cent pensionnaires, tous demandeurs d’asile interceptés au large des côtes australiennes.

Cependant, le camp de l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, n’est toujours pas opérationnel et fait toujours l’objet de travaux de réfection et de mise à niveau de la part des autorités australiennes, civiles et militaires. De plus, la perspective de réouverture de ce camp, entérinée par un récent accord bilatéral entre Canberra et Port-Moresby (capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée), avait alors suscité de vives protestations au plan local, notamment de la part du gouverneur de la province hôte, malgré une enveloppe d’aide annoncée de l’ordre de huit millions de dollars US (dans les domaines de l’éducation et de la santé, principalement).

Ces derniers jours, le gouvernement australien a finalement signé un contrat avec une société de construction basée à Brisbane, Canstruct, qui devrait être chargée de la construction de bâtiments permanents sur l’île de Nauru pour remplacer les tentes et porter la capacité de ce site à plus de neuf cents personnes. Chris Bowen affirme que dans le camp de Manus, les pensionnaires pourront bénéficier de conditions assouplies avec des regroupements familiaux et des séjours au sein de la communauté locale.

Le 11 novembre, plus de deux cent personnes, pensionnaires du camp de rétention mis en place par l’Australie sur l’île de Nauru ont cessé la grève de la faim qu’ils menaient depuis plus d’un mois afin de protester contre leur déportation vers cet État océanien du Pacifique et la durée « indéfinie » de leur séjour en attendant le traitement de leurs dossiers de demande d’asile. Plusieurs de ces grévistes avaient suscité de vives inquiétudes de la part des autorités médicales sur place, qui envisageaient une alimentation forcée. Fin octobre, plusieurs tentatives de suicide avaient été signalées.

Le Haut-commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés souligne les conséquences de ce genre de détention insulaire sur l’état de santé psychologique des personnes. La commission australienne chargée des droits humains s’est elle aussi prononcée en défaveur de ces arrangements. Gillian Triggs, Présidente de la Commission australienne aux droits humains depuis juin 2012, a notamment évoqué une nouvelle fois, le 7 novembre 2012, une « atteinte aux lois internationales sur les droits humains ».

Le 23 novembre, Amnesty International a indiqué dans un communiqué qu’une « situation de plus en plus explosive, résultant d’un mélange toxique d’incertitude, de détention illégale et de conditions de vie inhumaines » s’installait dans le camp de rétention de l’île de Nauru, et « illustre le manquement spectaculaire du gouvernement à son devoir de protection ». À l’issue d’une visite de trois jours sur Nauru, des chercheurs d’Amnesty International ont conclu que ce centre de traitement de demandes d’asile était totalement inadapté et mal équipé. « La situation à Nauru est inacceptable. La détention illégale et arbitraire de ces hommes dans de telles conditions de dénuement est cruelle, inhumaine et dégradante », a résumé Graham Thom, spécialiste de la question des réfugiés à Amnesty International. L’organisation appelle les pays voisins de l’Australie à respecter les droits des réfugiés mais également l’Australie à développer son accueil humanitaire.

Affaires stratégiques, le 03/12/2012