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A peine sortie de sa révolution, la Tunisie mobilisée pour les réfugiés

afp

Tout sourire, un groupe d'étudiants offre eau et réconfort à deux Somaliens qui arrivent épuisés de Libye. Ils viennent à peine de faire "leur" révolution mais les Tunisiens font preuve d'une solidarité sans faille depuis trois semaines.

Devant le poste-frontière de Ras Jdir, franchie par des grappes de migrants hagards, Wahid Abbes, 29 ans, propose tous les matins ses services au Croissant-Rouge, dont le stand grouille de volontaires.

"Aider les réfugiés, pour nous c'est un examen des principes qui ont guidé notre révolution: la dignité, le respect de la personne humaine", explique cet étudiant en troisième cycle d'anglais, un "vétéran" de la Kasbah, la place gouvernementale au coeur de Tunis et haut-lieu des manifs qui ont fait tomber le président Ben Ali à la mi-janvier.

"C'est une manifestation de citoyenneté", assure-t-il devant une petite tente où il campe avec quelques amis rencontrés à Tunis pendant les "sit-ins" organisés pour faire chuter l'ancien régime.

Ils sont là depuis quelques jours, ils sèchent tous les cours mais "c'est pour la bonne cause". Depuis le 20 février, plus de 110.000 personnes ont quitté la Libye pour la Tunisie.

"On étudie pour servir notre pays. Ici, c'est ce qu'on fait aussi", assure Ibrahim Moussa, 21 ans, étudiant en aquaculture à Bizerte, dans le nord du pays.

A quelques kilomètres, au camp de Choucha, d'autres jeunes Tunisiens montent des tentes et distribuent des repas chauds à d'interminables files de réfugiés. Une aide précieuse pour l'armée tunisienne et l'ONU qui gèrent ce camp de 16.000 personnes. Essentiellement des travailleurs bangladeshis coincés là faute de moyens pour les rapatrier.

"Je suis là depuis dix jours. Des locaux paient notre chambre d'hôtel", explique Oussama Mrassi, 28 ans. Son groupe de bénévoles attend des renforts ce soir pour aider à ramasser les déchets qui jonchent le sol du camp: une trentaine de jeunes de Tunis, armés de pelles et de balais.

Entre deux coups de main, il tourne des vidéos destinées à Facebook, "pour illustrer les efforts des Tunisiens" et contrecarrer selon lui les "informations fausses" d'Al Arabiya, une chaîne de télévision saoudienne qu'il accuse de dénigrer les efforts humanitaires du pays à la frontière.

Ici, la vague de générosité dépasse même les besoins, assurent les volontaires.

"Les boulangers du coin donnent tellement de pain qu'il en reste. Les gens des environs le récupèrent pour nourrir leurs animaux", explique l'un d'entre eux, tout en épluchant des carottes.

Plus loin, à Ben Guerdane, la ville la plus proche de la frontière, les deux garages de Salah Jennifen regorgent de cartons remplis de lait, de pâtes, de couches pour bébé. Jusqu'au plafond, les matelas s'empilent. "Un fabricant de literie de Monastir en a envoyé tout un semi-remorque", explique ce pré-retraité de 61 ans.

Lui aussi veut apporter sa pierre: il a mis ses locaux à disposition pour entreposer une partie des dons qui affluent de tout le pays. A l'étage, il prête quatre appartements aux employés du Croissant-Rouge algérien.

Même les plus démunis y vont de leur contribution. "Dans un carton de dons récoltés dans un village voisin, il y avait un tout petit sac plastique contenant de la farine. C'est une femme pauvre qui a donné ce qu'elle pouvait", raconte-t-il.

Depuis fin février, le Croissant-Rouge de Ben Guerdane, 80.000 habitants, a reçu des dizaines de tonnes d'aide humanitaire et récolté autant de dons financiers en trois semaines qu'au cours des deux dernières années, selon ses responsables.

"Les Tunisiens font preuve d'un fantastique élan de solidarité, alors que ce pays n'est pas habitué aux crises humanitaires", salue Gérard Lautrédou, responsable Afrique du Nord de la Fédération internationale de la Croix Rouge.

 AFP, le 09/03/2011

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