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Le combat de Domdom et Nana

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Et si on offrait Internet aux migrants de la jungle de Calais ?

 

Danser dans la jungle ? A Calais, les conditions de vie se sont considérablement détériorées pour les migrants depuis que les autorités ont fermé voire détruits leurs espaces de vie, l'été dernier. Nombreux sont ceux qui se sont réfugiés dans l'une des "jungles" au pourtour de la ville, sans eau, ni électricité. Depuis plus d'un mois, un couple de retraités calaisiens a décidé de les aider à"écouter de la musique, leur musique, stockée sur leurs téléphones", grâce à un "générateur voyageur".

 

C'est l'histoire d'un couple de Calaisiens, Domdom et Nana (oui oui, des paronymes de Tom-Tom et Nana, les célèbres enfants terribles de la littérature pour enfants, ça ne s'invente pas).

En juin dernier, pour protester contre la destruction de leurs campements, des migrants entamaient une grève de la faim,.

Nana avait reçu sur Facebook une invitation à se rendre sur la place d'Armes, "pour la dignité des migrants". Elle a discuté et dansé avec eux, leur a apporté de l'eau, comme elle le raconte sur l'audioblog de Passeur d'hospitalités, l'une des meilleures sources d'information que je connaisse pour qui s'intéresse aux conditiojns de (sur)vie des migrants à Calais.

Une amie, bénévole à Médecins du Monde, lui expliqua qu'ils avaient aussi besoin de "moyens de détente", afin de pouvoir mettre de côté la misère, les odeurs, ce que Nana qualifie d'"odeur de misère".

 

domdom-nanaDomdom et nana

 

Artiste, Nana leur apporta donc papier et crayons, afin qu'ils puissent s'exprimer en dessinant. Aujourd'hui, elle a accumulé une centaine de dessins. Mais surtout, elle a passé des heures à discuter avec ces migrants, et découvert à quel point leur parler leur faisait du bien -et à elle aussi.

 

"oublier la merde dans laquelle ils sont"

 

Quelques temps plus tard, Domdom et Nana se sont retrouvés à héberger un migrant qui s'était blessé. Il ne parlait pas français, mais l'amharique, et le tigrigna, des langues parlées en Ethiopie et en Erythrée. En discutant avec son interprète leur vient l'idée d'aller remonter le moral de ses camarades en leur apportant de quoi écouter leur musique. Direction la jungle, avec des enceintes, mais ça n'allait pas du tout. Trop de bruits. Il fallait faire péter le son.

Grâce à un pote, Domdom récupère un groupe électrogène, plus une vieille chaîne HiFi qui traînait dans la cave. Et ça a changé leur vie. Le succès est tel que le lendemain, il file dans un magasin pour s'acheter son propre groupe électrogène. Coup de bol : il y trouve un modèle d'exposition à moitié prix, 99€. "On est croyants, on est chrétiens, j'ai vu un signe".

Sa chaîne HiFi avait 40 ans, elle en est morte. Il en a racheté une, d'occasion, pour 80€. Depuis début novembre, Domdom & Nana parcourent une centaine de kilomètres, quasiment tous les jours, entre l'hôpital et la maison des femmes, mais aussi et surtout pour parcourir les trois jungles de Calais avec générateur et ampli, afin de "mettre un peu d'ambiance" et redonner le sourire aux migrants pour qu'ils puissent "écouter de la musique, leur musique stockée sur leurs téléphones", et "oublier la merde dans laquelle ils sont".

 

 

 

 

 

 

 

Domdom et Nana ne rechargent "que" 150 à 200 portables en même temps

 

Sauf qu'ils ont découvert que ce qui redonnait aussi vraiment le sourire aux migrants, c'était précisément de pouvoir recharger leurs téléphones portables ("ça, c'est un vrai besoin"). Il pourrait en recharger 500, mais n'a pas assez de multiprises et de rallonges. Alors il n'en recharge "que" 150 à 200 en même temps.

Un pote lui a promis 150 multiprises supplémentaires. Mais le succès est tel qu'il a prévu d'acheter un, voire deux générateurs supplémentaires.

En décembre, Domdom lançait sur Ulule un appel aux dons pour financer ce qu'il qualifie de générateur voyageur, des rallonges et des prises multiples, les frais d'essence et d'huile (300€/mois, parce qu'en plus, "il faut vidanger le groupe électrogène toutes les semaines"), voire des abris transportables pour les jours pluvieux ("le générateur supporte la pluie, mais pas les prises électriques")...

 

"On essaie de transformer leur vie de merde en des moments de bonheurs"

 

C'est pas forcément facile tous les jours : quand il pleut, quand les jungles sont pleines de boue, quand la tempête détruit les tentes et campements de fortune, inonde les vêtements et affaires des migrants, quand les policiers se plaignent que leur musique fait trop de bruit, quand ils apprennent le décès d'un jeune Soudanais, écrasé sous les pneus du camion où il s'était caché, et alors qu'il avait réussi à atteindre la Grande-Bretagne... mais "quand on voit le bonheur qu'on leur apporte, c'est fantastique".

 

"On essaie de transformer leur vie de merde en des moments de bonheurs. Ce sont des gens que j'admire : quand tu vois comment ils vivent... Je ne suis qu'un pauvre petit citoyen, je fais ce que je peux avec ce que j'ai et ils me le rendent aussi, avec leurs sourires. Ils me disent on ne sait pas comment vous remercier : mais leur sourire, c'est ma récompense."

 

Avant, les migrants n'avaient pas de problèmes pour recharger leurs portables : il y avait de l'électricité dans les squatts et bâtiments qu'ils occupaient. Mais depuis la destruction de leurs campements, l'été dernier, ceux qui se sont réfugiés dans les jungles n'ont plus d'accès à l'électricité : "ils avaient bien piqué de l'électricité sur un lampadaire, mais tous les lampadaires ont été débranchés".

 

"Ce qui me frustre le plus c'est qu'à chaque évacuation ils (les "forces de l'ordre" -NDLR) détruisent tout, alors que s'ils négociaient avec les associations on démonterait tout pour remonter ailleurs."

 

Quand j'avais entendu parler de leur projet, en décembre dernier, sur Passeurs d'hospitalités, j'avais trouvé l'idée géniale. Quand je les ai eu au téléphone, Domdom et Nana n'arrêtaient pas de rigoler. A les écouter, je les voyais sourire, j'entendais à quel point ils étaient heureux de donner un peu de bonheur à ces migrants que les autorités n'ont de cesse de maltraiter.

 

Objectif : relier les jungles de Calais au net

 

Et si on leur apportait un accès au Net ? L'idée est venue en discutant avec Domdom. La majeure partie des migrants ont des téléphones portables basiques, mais certains ont des smartphones ordiphones. "Ce que j'ai du mal à trouver c'est un routeur WiFi avec carte SIM qui prenne plus de 10 connexions", me confie Domdom, qui envisage d'opter pour un abonnement à 20Go/mois (quelqu'un a une idée ?)

Dans un billet intitulé Fabriquer son internet, on apprend qu'il serait par ailleurs possible d'acheter deux antennes, d'en relier une à un accès Internet à haut débit, et de mettre l'autre dans la jungle... de quoi relayer le signal sur 15 km sans problème, ce qui suffirait largement à connecter les jungles de Calais au Net, et permettre à 15-20 personnes de s'y connecter en simultané. Encore faudrait-il trouver un moyen de fixer l'antenne facilement dans la jungle pour pouvoir la démonter rapidement...

A ce jour, 42 personnes ont contribué à l'appel à don, à hauteur de 1113€. S'il arrive à 1800€, Domdom pourra acheter un troisième générateur voyageur, voire plus si affinités. Ne restera plus qu'à trouver un troisième larron pour le ballader.

La collecte dure jusqu'à ce 18 janvier. Faites tourner, je compte sur vous.

 

 

Jean-Marc Manach, Arrêt sur Images, 14 janvier 2015

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