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Les erreurs de Nicolas Sarkozy sur l'aide médicale d'État

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Les erreurs de Nicolas Sarkozy sur l'aide médicale d'État

 

Nicolas Sarkozy a tenu, mercredi 29 janvier, un discours devant des militants de l'UMP à Tourcoing (Nord), son premier déplacement en France depuis son élection à la tête du parti. Une occasion pour l'ancien chef de l'État de remettre de nouveau en cause le financement des soins aux immigrés en situation irrégulière, tout en commettant quelques erreurs factuelles.

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Nicolas Sarkozy, à Tourcoing le 29 janvier.

Ce qu'il a dit :

«On décide de supprimer une partie des allocations familiales. S'il y a une chose qui marche en France, c'est la politique familiale. Voilà qu'il faut qu'on y touche pour être sûr que ça ne fonctionne plus. Mais je comprends pas : le milliard d'euros qu'on refuse aux familles, on l'a trouvé pour financer l'aide médicale d'urgence pour des gens qui n'ont pas payé un centime d'euros.»

 

Pourquoi c'est faux :

Ce que Nicolas Sarkozy appelle ici «aide médicale d'urgence» se désigne officiellement sous le nom d'aide médicale d'Etat (AME). Une aide qui permet aux immigrés en situation irrégulière de bénéficier de soins médicaux. Pour accéder à celle-ci, il faut résider en France de manière stable et ne pas gagner plus d'un certain montant. Chaque demandeur doit fournir des pièces justifiant de son identité, de ses ressources et de sa résidence.

Contrairement à ce que dit M. Sarkozy, un immigré en situation irrégulière peut par ailleurs avoir cotisé en occupant un emploi. L'employeur peut ne pas savoir qu'il emploie une personne sans papiers ou fermer les yeux sur sa situation. Une situation floue qui est entretenue par la circulaire Valls de 2012 sur la régularisation des sans-papiers, celle-ci demande notamment aux migrants célibataires de fournir des fiches de paye sur les deux dernières années ou d'avoir un employeur qui les soutient dans leurs démarches.

Quand l'ancien chef de l'État avance le chiffre d'un financement d'un milliard d'euros pour assurer l'aide médicale aux étrangers en situation irrégulière, il se trompe clairement. Les dépenses de l'aide médicale n'ont jamais atteint une telle somme depuis sa création il y a 15 ans. Pour 2015, il est prévu que 678 millions d'euros soient alloués au financement de l'AME.

 

Montant et nombre de bénéficiaires de l'Aide médicale d'État depuis 2009

 

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Source : Rapport Parlementaire                                                     Le Monde.fr

 

Avec un nombre de demandes qui ne cesse d'augmenter, les besoins financiers se révèlent depuis quelques années supérieurs au budget de départ alloué à l'AME. Dans un rapport parlementaire rendu en octobre, la députée socialiste Valérie Rabault pointe un écart conséquent entre les 588 millions d'euros budgétés pour 2013 et les 744 millions d'euros finalement utilisés. Dans ce même rapport, les prévisions pour 2014 avaient été revues à la hausse par le ministère de la santé, passant d'un budget de 605 millions d'euros à une estimation de dépenses de 760 millions.

 


Des propos contraires à ses discours de 2012

Nicolas Sarkozy prône depuis quelques mois la suppression de l'AME, un avis qui détonne avec sa dernière campagne présidentielle. Dans son discours au Raincy, le 26 avril 2012, l'ancien président de la République affirmait qu'il était légitime que l'on «soigne les gens quelle que soit leur couleur de peau, quelle que soit leur nationalité, qu'ils aient de l'argent ou qu'ils n'en aient pas».

Il ajoutait : «Et je préfère le dire ici, même si c'est impopulaire parce que c'est la vérité, je ne toucherai pas à l'aide médicale d'urgence.» À l'époque, celui qui était président de la République concluait par une équation simple : «Un homme à la porte d'un hôpital qui souffre, qui est malade et qui a besoin d'être opéré : la République française le soigne et l'opère.»

 

Pour en savoir plus, lire le décryptage : Étrangers, regroupement familial, séjour... Petit lexique de l'immigration

 

Romain Geoffroy, Le Monde.fr, le 29.01.2015

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