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Itinéraires

Sellou, prendre racine après l’exil

Sellou Diallo
- Pays d'origine: Guinée-Conakry
Né le 20 août 1989
- Arrivé en France à 16 ans en juin-juillet 2005
- Pris en charge par un dispositif de France terre d’asile en août 2005
- Âge actuel : 28 ans
À 16 ans, Sellou Diallo est victime de maltraitance et quitte son pays d’origine, la Guinée-Conakry. L’adolescent rejoint le Maroc avant d’arriver dans la cité phocéenne.

Mon passeur me laisse à Marseille avec des papiers d’identité et un peu d’argent. Je suis persuadé qu’avec ça, je pourrais vivre comme tout le monde. Je ne sais même pas ce qu’est un titre de séjour.

Réapprendre à faire confiance

Je décide d’aller à Paris, j’ai la chance de parler français. Je veux aller à l’école pour rendre mon père fier de moi: il n’y a jamais été. Après quelques jours à errer dans la capitale, je rencontre Sylvain. C’est la première fois que je parle à un homme blanc. La première fois qu’une personne m’aide sans rien attendre en retour. À France terre d’asile, il m’explique la différence entre le fait d’être mineur ou majeur, et s’occupe de toutes les démarches. Pendant ce temps, j’ai le métro de Paris dans la tête: le soir j’appelle le 115, la journée je reste dans les locaux de l’association. J’ai qu’une envie, c’est de rentrer. Mais ce qui m’attend là-bas n’est pas bon. Heureusement, Sylvain s’inquiète de mon sort. J’apprends à lui faire confiance.

Le juge reconnait ma minorité et je suis pris en charge par le dispositif d’Aide Sociale à l’Enfance. Logé dans un foyer du 15e arrondissement, je passe un BEP Vente. Mon père me disait que je pouvais vendre tout et n’importe quoi quand j’étais petit! On n’a pas de rêve professionnel au pays: s’en sortir c’est déjà bien. Je me lance donc dans cette voie et convaincs mes éducateurs de passer le brevet des collèges en même temps ; c’est ma première réussite.

À cette époque, je revis, sans savoir si j’ai vraiment vécu avant. Je me fais des amis à l’école. Bien sûr, ils ont une famille, celle qui me manque énormément. J’ai aussi une petite amie. Mais tous me reprochent de ne pas me confier. C’est vrai, je suis fort pour faire parler les autres mais j’ai été habitué à résoudre mes problèmes sans l’aide de personne. Sauf qu’au fond, je me sens très seul. Je fais la connaissance de Béchir, mon éducateur référent au foyer. La personne la plus importante pour moi, un père de substitution. Il me présente ses proches. J’apprends à cuisiner le pot-au-feu et le gratin dauphinois en observant Jacqueline faire, la mamie. Aujourd’hui, on a lancé une procédure d’adoption. J’ai vraiment trouvé une deuxième famille grâce à lui.

Cœur de Breton

J’obtiens mon BEP en 2007. À cette époque, je ne pense presque plus au passé, ni aux papiers. Je me dis qu’au pire, si je suis expulsé, j’aurais au moins mon diplôme. Mais la vente en magasin ne m’intéresse pas. Dans mon dialecte, Sellou signifie «celui qui guérit». À croire que j’étais prédestiné à entamer une carrière dans le secteur hospitalier! Je passe donc une formation d’aide-soignant grâce au contrat jeune majeur. Je travaille aujourd’hui en CDI à l’Institut Gustave Roussy, un centre de cancérologie à Villejuif. C’est parfois difficile mais je me sens utile et je fais de belles rencontres. Les enfants me donnent de vraies leçons de vie. Depuis que j’y suis, je ne me plains plus, je relativise.

J’ai des projets pour l’avenir. L’année prochaine, je préparerai le concours d’infirmier. J’aimerais ensuite m’installer en Bretagne. J’adore ce coin, c’est le seul endroit en France où je me sens vraiment chez moi! Je l’ai découvert lors des premières vacances organisées par le foyer. On est allés dans le Finistère. J’aime le ciel gris et pluvieux!

Ce que je veux? Vivre ici tranquillement, sans dépendre de personne. Être libre. Je ne connais pas d’autre pays où tu arrives sans rien, et où on se plie en quatre pour t’aider. Ma situation est désormais régularisée. Je ne me sens pas ici comme chez moi ; je suis chez moi! On n’est pas forcément du pays où on nait. Je ne suis d’ailleurs jamais retourné en Guinée. Pour quoi faire ?