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À Lesbos, les mineurs, femmes enceintes et victimes de torture sont abandonnés, selon un rapport d’Oxfam

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Oxfam a publié, mercredi, un rapport alertant sur le nombre croissant de personnes vulnérables livrées à elles-mêmes sur l’île de Lesbos en Grèce. Femmes enceintes, mineurs ou encore victimes de trafic d’êtres humains sont littéralement “abandonnés”, selon l’ONG.

Joysin, un Camerounais de 28 ans souffrant de graves troubles psychologiques, est arrivé à Lesbos par bateau depuis la Turquie. "Ils m’ont juste demandé si j’avais subi une opération récemment et j’ai dit non. C’est le seul contrôle médical que j’ai eu avant d’être mis en prison à Moria".

Ce qu’il appelle "prison" est en réalité le camp de migrants de Moria, hotspot de l’île de Lesbos, en Grèce. Joysin y passera trois mois avant d’être identifié comme “vulnérable” par les autorités grecques puis autorisé à vivre ailleurs. “Bien trop de personnes ont des problèmes psychologiques ici, mais il n’y a qu’un seul psychologue officiel, il n’a pas le temps de nous soigner”, raconte le jeune Camerounais qui vit désormais dans l’attente d’un logement plus adapté à ses besoins.

Les ONG estiment que Moria abrite environ 7 500 personnes, soit près de trois fois plus que sa capacité maximale. Régulièrement, les associations font pression sur les autorités pour fermer ce camp insalubre et surpeuplé.
Dans le camp de Moria, Joysin se souvient que son état psychologique s’est fortement dégradé : “Je ne dormais plus, j’étais malade, angoissé, j’avais de mauvaises pensées. J’avais besoin d’aide, mais ça m’a pris un mois avant de réussir à voir un psychologue”. À sa sortie du hotspot, après avoir été identifié comme “vulnérable”, il n’a reçu que des médicaments qui l’ont désorientés plutôt qu’aidés. “Je ne me souviens même plus où j’ai dormi les premières nuits après la détention. J’avais encore plus besoin d’aide mais n’avais personne à qui parler”.

Un médecin pour des milliers de migrants

Des témoignages comme celui de Joysin, Oxfam en a recueilli des dizaines. Ils ont été retranscrits dans un rapport publié le 9 janvier. Intitulé “Vulnérables et abandonnés”, le document d’une dizaine de pages fait état de centaines de femmes enceintes, d’enfants non accompagnés et de victimes de torture actuellement livrés à eux-mêmes. “Sur la majeure partie de l’année écoulée, seul un médecin a été nommé par le gouvernement à Lesbos, en charge de répondre aux besoins de jusqu’à 2 000 nouveaux arrivants chaque mois. En novembre, il n’y avait même pas de médecin du tout et aucun contrôle médical n’a donc été effectué pour identifier les personnes les plus vulnérables”, peut-on lire.


Pour Jon Cerezo, responsable de campagne humanitaire Oxfam France, joint par InfoMigrants, “il est irresponsable et imprudent de ne pas identifier les personnes les plus vulnérables ni répondre à leurs besoins. Nous avons rencontré des femmes qui dormaient avec leur nouveau-né sous une tente et des adolescents qui ont été enfermés après avoir été enregistrés comme adultes par erreur. Identifier ces personnes et subvenir à leurs besoins est assurément le devoir le plus élémentaire du gouvernement grec et de ses partenaires européens.”

Publiant une série de recommandations, Oxfam appelle en priorité le gouvernement grec et les États membres de l’UE à “déployer davantage de personnel spécialisé, à commencer par des médecins et des psychologues. Il y a également un grand manque de traducteurs”, souligne Jon Cerezo. Autre chantier urgent : mettre en place un vrai système de dépistage et de contrôle sanitaire. Dans le cas des personnes les plus vulnérables, un transfert vers la Grèce continentale s’impose.

Des procédures de demande d’asile anormales

Pour faire valoir les droits des personnes vulnérables, Oxfam s’appuie sur la législation grecque et européenne. “Être vulnérable a une vraie définition juridique. Il s’agit de personnes appartenant à huit catégories différentes : les enfants non accompagnés, les personnes handicapées ou malades, les femmes enceintes ou ayant récemment accouché, les parents seuls avec des enfants mineurs, les personnes âgées, les victimes de torture, de viol ou d'autres formes graves de violence ou d'exploitation psychologique, physique ou sexuelle, les personnes avec un trouble de stress post-traumatique, en particulier les survivants [des naufrages] et enfin les victimes de trafic d’êtres humains”, précise Jon Cerezo.

Toutes ces personnes devraient avoir accès à “la procédure normale de traitement des demandes d’asile au lieu de faire l’objet d’une procédure accélérée visant à les renvoyer en Turquie”, poursuit-il, reconnaissant que les autorités locales et les groupes humanitaires s’efforcent d’améliorer les conditions de vie sur place. “Malheureusement les politiques soutenues par le gouvernement grec et l’UE, qui retiennent les migrants et les réfugiés sur les îles pour une durée indéterminée, réduisent ces efforts à néant”, conclut-il.

Selon Oxfam, aucun chiffre comptabilisant le nombre de personnes vulnérables sur l’île de Lesbos n’est actuellement disponible. Les travailleurs sociaux du Greek Council for Refugees (GCR) rapportent qu’environ un quart des personnes qu’ils prennent en charge aurait dû être reconnu comme vulnérable mais ne l’est pas.

InfoMigrants, par Anne-Driandra Louarn, le 9 janvier 2019 

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