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Intégration des réfugiés : la France à la traîne

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La France veut prendre modèle sur l’Allemagne pour mieux intégrer les étrangers qui obtiennent des papiers. Le Conseil franco-allemand de l’intégration se réunit ce vendredi à Paris.

 

La France accueille de plus en plus de réfugiés mais elle a toujours du mal à les intégrer. L’Hexagone a pris du retard par rapport à l’Allemagne, qui a pourtant reçu plus d’un million de migrants pendant la crise migratoire entre 2015 et 2016. La France a donc beaucoup à apprendre de son voisin. C’est l’un des objectifs du Conseil franco-allemand de l’intégration qui se réunit ce vendredi à Paris.

 

"Seul un étranger sur trois trouve un emploi dans les cinq premières années. La France a une politique d’accueil, pas d’intégration. A l’exil, on ajoute le déclassement", déplorait l’an dernier le député LREM Aurélien Taché, auteur d’un rapport contenant 72 propositions pour mieux intégrer les étrangers à qui la France accorde des papiers.

 

En 2017, 262000 étrangers ont reçu leur premier titre de séjour, 13,7% de plus qu’en 2016. Une immigration d’abord familiale, suivie des étudiants et des réfugiés. L’an dernier, 32000 demandeurs d’asile ont obtenu la protection de la France, soit un peu plus d’un tiers du total des demandes.

 

La France est devenue le deuxième pays européen pour le nombre de demandes d’asile, derrière l’Allemagne et devant l’Italie. Elles devraient être un peu supérieures à 120000 cette année, soit 20% de plus qu’en 2017.

 

L’apprentissage du français et l’accès à une formation puis à l’emploi sont les principaux freins à l’intégration. Selon un rapport du Sénat, la durée moyenne des cours de français dont bénéficient les primo-arrivants est tombée de 240 à 148 heures. Seul un étranger sur deux atteint le niveau minimum requis, pourtant qualifié par les sénateurs de "plus que rudimentaire puisqu’il est équivalent à celui d’un écolier de primaire".


600 heures de langue en Allemagne

En Allemagne, les réfugiés reçoivent 600 heures de cours d’allemand, dont la moitié avant même la fin de l’examen de la demande d’asile. En Suède, les cours de langue à temps plein durent jusqu’à six mois et se combinent avec une formation professionnelle débutant très rapidement.

 

L’exemple à ne pas suivre est celui des Pays-Bas où près de 90% des réfugiés syriens ou érythréens ne travaillent pas et vivent des aides sociales deux ans et demi après leur régularisation.

 

L’Allemagne fait mieux même si le pays a encore du mal à intégrer ses réfugiés malgré un très faible taux de chômage. Seulement un peu plus d’un quart des migrants en âge de travailler ont un emploi. Beaucoup travaillent dans l’hôtellerie-restauration et les services. Pour les experts, ce résultat en demi-teinte est principalement dû à un manque de formation professionnelle.

 

Côté français, le comité interministériel à l’intégration de juin 2018 a décidé de doubler le nombre d’heures de français. Il sera porté en 2019 à 400 heures pour les non-francophones et même à 600 heures pour les 10% à 15% de réfugiés analphabètes. Désormais, le contrat d’intégration républicaine signé par chaque réfugié comprend obligatoirement un volet d’orientation professionnelle.

 

3000 réfugiés orientés vers des emplois non pourvus

Cet été, l’hôtellerie-restauration et les vendanges se sont plaints d’un manque de main d’œuvre. Ces deux secteurs ont parfois été tentés de faire appel dans l’urgence à des réfugiés, avec plus ou moins de succès. Depuis le début de l’année, l’Etat et plusieurs branches professionnelles cofinancent un projet innovant d’intégration des refugiés en les orientant vers des métiers en tension.

Le programme Hope les forme à des emplois non pourvus dans trois secteurs clés de l’économie française : le BTP, les services et l’industrie. Les réfugiés suivent un parcours de huit mois qui combine des cours de français intensifs et l’apprentissage d’un métier en insertion dans une entreprise (sous forme d’un contrat de professionnalisation). Les premiers résultats sont très concluants. Onze réfugiés formés aux métiers de l’automobile ont signé un contrat chez PSA (Peugeot-Citroën). D’autres employés par des entreprises du BTP travaillent sur le chantier du Grand Paris.

D’ici 2020, 3000 réfugiés bénéficieront du programme Hope et seront formés par l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes). Les employeurs sont ravis car ils ne trouvaient pas de candidats pour ces postes. L’occasion également de poser un autre regard sur les migrants et leur apport à l’économie française.

 

L'Alsace.fr par Luc CHAILLOT, le 23 novembre 2018

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