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Arrêtons de maltraiter les migrants !

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Tribune d'Alain Le Cléac'h, Membre du Conseil d'administration de France terre d'asile

Le 1er février 2018, quinze jours après le passage du président de la République à Calais, des affrontements entre migrants d’origines ethniques différentes, faisaient 22 victimes parmi lesquelles 4 personnes dont le pronostic vital est engagé.

Dans le même temps, un bateau, affrété par des passeurs, coulait près des côtes libyennes laissant environ 90 disparus en mer. Quelques survivants ont indiqué que les migrants venaient du Pakistan ! Imaginons le parcours et pensons un instant au destin de ces jeunes gens qui espéraient trouver chez nous, en Europe, une terre d’accueil et d’espoir.            

Nous avons au travers de ces deux évènements dramatiques l’illustration des conséquences de la politique migratoire européenne et de celle de la France.

Les portes de la Méditerranée sont fermées aux migrants. La surveillance de la porte libyenne a été confiée aux milices et les garde-côtes ont pour mission de ramener sur leurs côtes, les embarcations qui s’aventurent encore en mer. Nous sommes passés de Mare Nostrum (l’opération courageuse de Enrico Letta pour le sauvetage en mer et l’accueil sur les côtes italiennes) à l’abandon des migrants aux pires geôliers de la terre.

Le président Macron est venu à Calais en annonçant un nouvel examen du traité du Touquet, cet invraisemblable accord qui fait la part si belle aux Britanniques. Quel pays au monde empêcherait les migrants de quitter son territoire? Quel pays au monde souverain et démocratique accepterait que la frontière du pays maritime voisin soit transférée sur son propre territoire? Le président Macron et la 1ère ministre Teresa May n’ont rien trouvé à redire à cet accord inique. Ils se sont contentés de demander l’application effective de l’accord conclu, pour le regroupement familial des mineurs, au moment du démantèlement de la Jungle. Et, pour ce qui concerne le retour des migrants à Calais on ne retient du passage du Président à Calais que son soutien aux forces de la police et l’admonestation aux associations dont certaines "encourageraient (les migrants) à s’installer dans l’illégalité, voire à passer clandestinement de l’autre côté de la frontière".

Empêchés de sortir, empêcher d’entrer, que feront les migrants ?

Rien ne dissuadera un homme, une femme dont la vie est en jeu, de quitter son pays pour trouver une protection dans un pays plus hospitalier, rien ne dissuadera un migrant qui a déjà fait des milliers de kilomètres dans des conditions inhumaines, de finir son chemin quand il est si près du but, qu’il en voit les côtes par temps clair.

Nous ne crions pas pour autant "No Border" et il n’est pas souhaitable que de nouveaux camps ou "jungle" se reconstituent à Calais. En s’y opposant, l’État et ses forces de police ne doivent cependant pas rendre impossible les conditions de vie élémentaires des migrants qui tentent à nouveau de s’y installer. L’État doit par contre poursuivre avec la plus grande fermeté les passeurs qui prolifèrent comme à chaque renforcement des frontières.

De la même façon dans sa volonté d’affirmer que le passage entre la Libye et Lampedusa est désormais impossible aux migrants, l’UE a été conduite à se compromettre dans des arrangements déshonorants avec les garde-côtes libyens. Elle est là aussi, indirectement responsable des noyades en Méditerranée.

Il est question de mettre de l’humanité dans la question migratoire.

Nous en sommes arrivés à traiter les migrants comme des sous hommes. Ce que nous acceptons tacitement qu’ils subissent, ce que nous leur faisons subir, jamais nous ne supporterions qu’aucun de nos concitoyens n’ait à le vivre.

Notre conscience est anesthésiée dès qu’il s’agit du sort des migrants.

Sur la route entre l’Afrique et l’Europe on n’arrêtera jamais les embarcations du désespoir mais on peut en limiter l’usage et on peut appliquer le corpus du droit de la mer, du droit maritime et du droit des réfugiés pour sauver et protéger ceux qui continuent de s’y aventurer. La lutte contre les passeurs doit évidemment être implacable mais leur existence ne doit servir de paravent à une politique de fermeture des frontières.

Maintenant que l’Union européenne a mis en œuvre le blocage du passage par la Méditerranée pour les migrants et en attendant qu’un meilleur équilibre se mette en place entre les deux continents, il faut mettre résolument en place les programmes de réinstallation en créant sur le territoire africain, dans des pays volontaires, un dispositif de regroupement aux normes internationales, contrôlé par le Haut-Commissariat chargé des Réfugiés. Au-delà des programmes existants qui ne sont pas à la mesure du problème, il doit s’agir de l’ouverture de canaux de migration légale donnant la priorité à tous les demandeurs d’asile mais ouvrant aussi la voie à des projets pilotes de migration économiques comme le suggère la Commission Européenne dans son État de l’Union 2017.

Quoiqu’il en soit et que l’on soit pour une immigration généreuse ou que l’on considère que l’on doit favoriser le retour aux pays d’origine des migrants, il n’est plus tolérable que l’on maltraite les migrants dans leur parcours de migration ou quand ils arrivent sur nos territoires.

Mettons un terme à cette maltraitance permanente et systématique dont les États ne semblent plus prendre la mesure. À nous, citoyens, associations, de rappeler qu’il s’agit d’êtres humains en situation de précarité et en recherche de protection.

 

Article issu de notre Newsletter de février 2018.