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Migrants: « On ne peut pas demander aux travailleurs sociaux de faire un travail de police »

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En prévoyant un recensement des personnes étrangères accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence, l’exécutif a provoqué l'inquiétude des associations. Soutien d’Emmanuel Macron durant la campagne, Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, dénonce le projet du gouvernement.


C’est une circulaire qui a provoqué la colère et l’inquiétude des associations d’hébergement d’urgence qui pointent une « une grave atteinte aux droits fondamentaux ». Le 12 décembre, le document signé du ministère de l’Intérieur et du ministère de la cohésion des territoires, s’inquiète des manques dans « l’évaluation administrative de la situation juridique des personnes accueillies ». Raison pour laquelle, l’exécutif entend désormais déployer des équipes mobiles composées d’agents de la préfecture et de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) dans les centres pour procéder à ces évaluations.

 

 

Sur les migrants et réfugiés : à partir de 56 minutes

 

Dialogue au point mort entre les associations et l’exécutif

 

Quelques jours auparavant, informés de ce projet, plusieurs acteurs associatifs avaient quitté la table de concertation. Emmaüs, la Cimade ou encore la fondation Abbé Pierre estimaient que « ce dispositif détourne l’hébergement d’urgence et les lieux d’accueil de leur finalité (…) « et les utilisent pour mettre en œuvre la politique de gestion des flux migratoires ». « Il y a une attitude de l’État qui confère à de la mésintelligence. L’État a le devoir d’être vertueux et de respecter ses engagements internationaux. On ne peut pas demander aux travailleurs sociaux de faire un travail de police » s’inquiète Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile. Soutien du candidat En Marche durant la campagne, Pierre Henry avait, un temps, été pressenti pour être délégué interministériel à l’immigration. « Ca n’arrivera pas » clôt aujourd’hui le directeur de France terre d’asile qui déplore l'absence de dialogue entre l’exécutif et les associations depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Sur le plateau de Senat360, Jean Fontanieu, secrétaire général de la FEP (fondation d'entraide protestante) s'interroge: « Pourquoi n'y a-t-il pas de dialogue avec les associations sur la question de l'immigration ? Les associations savent très bien qu'elles vont devoir mettre des gens dehors. Ça va être une embolie pour les villes».

 

Ce lundi 18 décembre, Journée internationale des migrants, la Fédération des acteurs de la solidarité (Fas, ex-FNARS) a demandé au Défenseur des droits Jacques Toubon « d'intervenir auprès du gouvernement » pour que ses dernières instructions « portant gravement atteinte aux droits fondamentaux » des étrangers « ne soient pas mises à exécution ». Invité de France Inter, Jacques Toubon a cité « l'article L345.2.2, de l'aide sociale et des familles » qui évoque « ce qu'on appelle l'accueil inconditionnel ».

 

Esther Benbassa : « On parlera d’un gouvernement qui aura fait subir des souffrances exceptionnelles aux migrants »

 


Esther Benbassa, sénatrice membre du groupe communiste et spécialiste des questions d’immigration ne décolère pas quand lui revient en mémoire la promesse formulée en juillet par le chef de l’État. « La première bataille : loger tout le monde dignement. Je veux partout des hébergements d'urgence. Je ne veux plus de femmes et hommes dans les rues » avait déclaré le chef de l’État. « À l’avenir, on parlera d’un gouvernement qui aura fait subir des souffrances exceptionnelles aux migrants. On voit aujourd’hui la face cachée de l’exécutif qui veut faire faire le sale au boulot aux associations. Chaque migrant mérite un accueil digne en accord avec la convention de Genève ». Dans cet objectif, la sénatrice milite pour que les délais de demandes d’asile soient encore raccourcis, et pour que les associations aient davantage de moyens. « On a vu lors de l’examen du budget que les crédits pour l’immigration et l’Asile sont regroupés. C’est inadmissible ce mélange des deux ».

François-Noël Buffet « les déboutés du droit d’asile se retrouvent en très grand nombre dans les centres d’hébergement d’urgence »
François-Noël Buffet, rapporteur LR au Sénat pour le projet de loi finances, asile, immigration, intégration et nationalité estime quant à lui que les procédures d’asile sont détournées par les passeurs pour l’immigration illégale. « Il y a un lien entre les deux, car les déboutés du droit d’asile se retrouvent en très grand nombre dans les centres d’hébergement d’urgence. En outre, la France est faible en termes de moyens alloués aux retours forcés qui sont inférieurs aux deux années précédentes. Nous devons aussi accélérer les procédures d’accord de réadmission dans les pays d’origines ». Si le sénateur LR note « une volonté affichée par l’exécutif de vouloir traiter le problème de l’immigration illégale, il insiste « sur la part d’humanité qui doit l’accompagner ». « Nous avons affaire à des personnes et pas à des colis ».

Sur RTL, ce lundi, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur a estimé que la France « ne pouvait pas accueillir tout le monde, parce qu’autrement ce sont des villes comme Lyon qu’il faudrait construire ».

 

Le 18/12/17, Public Sénat, par Simon Barbarit

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