La France intègre avec difficulté ses populations d'immigrés

Lundi, 03 Décembre 2012 16:28

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C'est une première. Lundi 3 décembre, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une vaste enquête comparative qui évalue "l'intégration" des immigrés et de leurs enfants dans l'ensemble de ses 34 pays membres.

Ce travail balaie aussi bien les questions d'éducation, de revenu que de logement. La France est plutôt perçue comme un élève moyen : "Elle n'est jamais complètement à la traîne, mais jamais en tête du peloton non plus", selon Georges Lemaître, de l'OCDE.

En matière de revenu, l'Hexagone compte parmi les pays – à l'instar du Danemark et des Pays-Bas – où le taux d'immigrés au sein des ménages les plus pauvres est le plus élevé : 27,8 %, soit 7 à 12 points de plus que dans la plupart des autres Etats de l'OCDE. Le taux de pauvreté des ménages immigrés en France est 4,5 fois supérieur à celui des natifs. Une "situation problématique", pointe l'organisation, même si les écarts les plus forts sont aux Etats-Unis.

En matière d'éducation, les résultats ne sont pas excellents non plus. Les immigrés en France ont des résultats scolaires moins bons que la moyenne : de l'ordre de 20 points de moins dans l'échelle PISA, l'étude qui mesure chaque année les performances des différents systèmes éducatifs des pays de l'OCDE.

LA RÉUSSITE SCOLAIRE DES FILLES D'IMMIGRÉS EST REMARQUABLE

Les écarts entre enfants d'immigrés et enfants de natifs en termes de réussite scolaire sont importants : de l'ordre de 55 points PISA quand la moyenne des pays de l'OCDE est de 36 points d'écart. En cela, la France est dans la même fourchette que la Belgique, l'Italie ou certains pays nordiques qui accueillent beaucoup de réfugiés. Mais elle reste toujours loin derrière le Royaume-Uni, l'Irlande, les Pays-Bas, les Etats-Unis ou encore l'Australie et le Canada.

Toutefois, 26 % des enfants d'immigrés de sexe masculin sont diplômés du supérieur, ce qui correspond à la moyenne OCDE. La réussite des filles d'immigrés, en France, est particulièrement remarquable : 43 % d'entre elles décrochent des diplômes du supérieur. Elles font presque aussi bien que les filles de natifs français (47,9 %) et largement mieux que la moyenne de l'OCDE, qui est à 35 %.

En termes d'insertion sur le marché du travail, la France est toutefois systématiquement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE, où le chômage des immigrés est en moyenne 1,5 fois plus élevé que celui des natifs. Dans ce classement, la France est en bas du tableau. Environ 14,5% des immigrés sont au chômage alors que la moyenne OCDE est à 11,8%.

Même la réussite des immigrés qualifiés n'est pas excellente en France : leur taux d'emploi est inférieur de 10 % à celui des natifs de même niveau de diplôme, ce qui est supérieur à la moyenne OCDE. Les résultats peuvent s'expliquer par les difficultés liées à la reconnaissance des diplômes étrangers, à des problèmes de maîtrise du français, aux discriminations, mais aussi à un marché relativement peu flexible, estiment les experts.

CONCERNANT LE LOGEMENT,  LA FRANCE EST PLUTÔT BIEN PLACÉE

Concernant le logement, en revanche, la France est plutôt bien placée. Moins de 10 % des ménages immigrés vivent dans un appartement très petit. Une difficulté qui concerne, en moyenne, dans les pays de l'OCDE, quelque 20 % des immigrés contre 11 % des natifs.

L'accès aux soins est aussi légèrement meilleur que la moyenne. Environ 6 % des immigrés, en France, ont signalé qu'ils avaient renoncé à se faire soigner faute d'argent. Une performance comparable à celle de l'Allemagne. "Une partie des inégalités sociales est compensée par le système social français", analyse Jean-Christophe Dumont, responsable de la division des migrations de l'OCDE, à Paris.

Ces résultats en demi-teinte s'expliquent en partie par la structure des flux migratoires vers la France. L'Hexagone est l'un des pays de l'OCDE qui a le plus fort pourcentage d'immigrés avec un faible niveau d'éducation : 23 %. Un niveau équivalent à celui de l'Espagne et de la Grèce, et qui n'est pas compensé par un plus fort taux d'immigrés qualifiés : de l'ordre de 25 %, soit moitié moins qu'au Royaume-Uni ou au Canada.

Ce dernier constat peut s'expliquer par la faiblesse de l'immigration de travail en France, puisque seulement 14 % des immigrés sont entrés sur le territoire à ce titre.

Pour l'OCDE, les performances médiocres de la France en matière d'intégration des immigrés sont aussi à aller chercher dans le flux d'entrées permanentes rapporté au pourcentage de la population française : 0,29 %, soit moitié moins que la moyenne des pays de l'OCDE, qui est de 0,54 %. L'immigration en France "est très influencée par les anciennes vagues d'immigration peu qualifiées, du coup, le poids des immigrés récents est faible", décrypte M. Lemaître.

Le Monde, le 03/12/2012

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